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Au Viet Nam, la ville de Can Tho pare aux inondations et renforce sa résilience

09 décembre 2014


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LES POINTS MARQUANTS
  • Can Tho, quatrième plus grande ville du Viet Nam, est le principal nœud de transport et foyer de croissance du delta du Mékong.
  • La métropole est cependant exposée à des inondations saisonnières qui occasionnent des pertes économiques substantielles et l’empêchent d’exploiter tout son potentiel.
  • Grâce au programme « CityStrength », Can Tho bénéficie désormais d’une méthode de diagnostic qui lui permet de renforcer ses capacités face aux inondations.

CAN THO, Viet Nam – À cinq heures du matin, Can Tho, la plus grande agglomération du delta du Mékong et quatrième plus grande ville du Viet Nam, est déjà en pleine effervescence. Au célèbre marché flottant, les bateaux remplis de fruits et légumes bloquent presque totalement le Bassac, le bras du delta qui baigne la ville. Non loin de là, les gens se lavent dans le fleuve ou bien font leur lessive sur la terrasse d’une des nombreuses maisons sur pilotis. La vie quotidienne des habitants et leurs moyens de subsistance s’organisent autour du fleuve et de son vaste réseau de canaux.

Une heure plus tard, le quartier de Ninh Kieu, situé au cœur de Can Tho, est sous les eaux.

« À marée haute, les rues sont inondées. Souvent, l’eau pénètre dans les maisons et les boutiques. Nous devons protéger nos meubles et nos biens », témoigne Cao Van Buon, un commerçant. « Il faut attendre quatre heures avant que le niveau de l’eau ne baisse. Personne ne vient faire ses courses pendant ce temps-là », se désole-t-il.

Les enfants qui vont à l’école à pied pataugent dans la boue et les nombreuses motos doivent se frayer un chemin dans des rues dangereusement inondées.

Hua Viet Than est lycéen. Comme ses camarades, il est habitué à cette situation : « Qu’il pleuve ou non, il y a des inondations ». Comme il arrive souvent, les enfants trébuchent sur le chemin de l’école, et leurs vêtements et leurs livres sont alors tout trempés.

Pourtant, au marché de la ville, les affaires continuent. Les inondations représentent un problème chronique pour la ville qui a appris à y faire face au point qu’elles sont aujourd’hui considérées comme faisant partie du décor. Moins de 5 % du territoire de la ville est situé à plus de 2 mètres au-dessus du niveau de la mer et les niveaux d’inondation annuels les plus élevés dépassent déjà ce seuil.

Une catastrophe réelle, mais sourde et permanente

Deux heures plus tard, l’eau s’est retirée. Durant la saison des pluies, de mai à novembre, la ville est inondée en moyenne deux fois par jour, et pendant deux heures à chaque fois. Ce sont les marées hautes associées au débit fluvial qui sont en cause dans les inondations. En raison de l’activité économique présente en amont du fleuve, de l’élévation du niveau de la mer et des affaissements de terrain, le niveau des marées hautes a augmenté de 20 à 30 centimètres environ au cours des 10 ou 15 dernières années.

Contrairement aux catastrophes violentes comme les ouragans qui causent des dégâts massifs, ces inondations saisonnières se manifestent de manière plus sourde. Elles occasionnent pourtant des pertes économiques indirectes considérables en raison de la suspension des activités commerciales, des retards dans le transport de biens, des difficultés qu’elles génèrent pour se rendre au travail et de leurs répercussions sur la santé.

« Patauger dans cette eau nous donne des démangeaisons aux jambes », confie Huynh Van Son, un habitant du quartier de Cai Rang, en se penchant pour balayer la saleté laissée par la dernière inondation.

Mais la ville de Can Tho, qui subit depuis longtemps non seulement ces inondations saisonnières chroniques mais également des inondations ponctuelles dues à des épisodes de précipitations extrêmes, doit désormais faire face à de nouveaux défis liés à la transition économique et à une urbanisation rapide : une main d’œuvre inadaptée aux industries de haute technologie et une population urbaine croissante qui exige des infrastructures et des services publics de qualité.

Tous ces problèmes sont enchevêtrés — les empiètements sur les canaux et le lit de la rivière augmentent les risques d’inondation tandis que les inondations et l’expansion galopante affectent la sécurité et la qualité de la vie dans les zones urbaines – et ils mettent en péril le potentiel de croissance et le bien-être de la ville. 



« « CityStrength » est une méthode de diagnostic qualitatif et rapide qui associe des entretiens dirigés, des exercices et un examen des études disponibles, afin d’émettre des recommandations visant tous les secteurs de la gestion municipale  »

Catherine Lynch

Spécialiste de l’urbanisme à la Banque mondiale


« CityStrength » : une méthode de diagnostic pour renforcer la résilience des villes

Si elle veut s’affirmer en tant que moteur économique et nœud de transport régional, Can Tho doit transformer ces défis en opportunités en s’engageant sur la voie d’un développement résilient. Grâce à une nouvelle méthode de diagnostic mise au point par la Banque mondiale, des spécialistes ont travaillé de concert avec les pouvoirs publics de la ville et ses partenaires afin de déterminer les actions prioritaires à mener et les investissements à réaliser en vue de renforcer sa résilience aux difficultés actuelles et à venir.  

« ‘CityStrength’ est une méthode de diagnostic qualitatif et rapide qui associe des entretiens dirigés, des exercices et un examen des études disponibles, afin d’émettre des recommandations visant tous les secteurs de la gestion municipale », explique Catherine Lynch, spécialiste de l’urbanisme à la Banque mondiale, qui a supervisé l’élaboration de cette nouvelle méthode d’évaluation. « Le but est de renforcer la résilience des villes aux chocs importants. À Can Tho, ce sont les inondations et l’urbanisation débridée qui sont en cause, mais les facteurs peuvent varier d’une ville à l’autre. »

Le diagnostic a révélé qu’à Can Tho l’aménagement urbain et l’expansion industrielle devront s’accompagner d’infrastructures de transport et d’assainissement, tandis que de nouvelles routes pourraient orienter l’expansion urbaine vers des zones situées à une altitude plus élevée. Les pertes économiques liées aux inondations devront également être prises en compte dans les plans budgétaires afin de prendre des décisions adéquates en matière de planification et de développement urbains.

Une approche plus globale et intégrée de l’aménagement urbain permettrait également à la ville de Can Tho de tirer plus pleinement parti des perspectives de croissance et de développement qui s’offrent à elle.


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