publication18 février 2026

Rapport sur le climat et le développement de l’île Maurice (CCDR)

The World Bank

L’île Maurice se trouve à un moment charnière de son histoire. Autrefois pays à faible revenu reposant principalement sur la production sucrière, l’île s’est transformée en une économie à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, dotée d’une base économique diversifiée. Toutefois, le modèle de développement piloté par l’État a atteint ses limites, tandis que le changement climatique fait peser des risques croissants sur la population, l’économie et l’environnement. Le Rapport sur le climat et le développement de Maurice (CCDR) propose une feuille de route pour permettre au pays de poursuivre un développement durable tout en répondant aux défis climatiques. 

En agissant de manière décisive pour réduire les risques climatiques, il sera possible de transformer les défis en moteurs de création d’emplois et de croissance inclusive. Le rapport indique qu’en investissant dans les énergies renouvelables et dans l’utilisation durable des ressources océaniques pour stimuler la croissance économique et améliorer les moyens de subsistance, tout en préservant la santé des écosystèmes marins, Maurice pourrait créer jusqu’à 32 000 emplois d’ici 2030.

L’île Maurice est l’un des exemples de développement les plus réussis en Afrique. Mais en tant que petit État insulaire en développement, le pays est particulièrement exposé aux effets du changement climatique : élévation du niveau de la mer, vagues de chaleur, inondations soudaines et cyclones. Ces menaces fragilisent des secteurs clés comme le tourisme et la pêche, et concernent directement près d’un tiers de la population vivant dans les zones côtières.

Le CCDR propose une analyse approfondie des vulnérabilités climatiques et des défis de développement auxquels l’île Maurice est confrontée. Il montre également comment l’action climatique peut ouvrir de nouvelles perspectives de croissance, créer des emplois et renforcer la résilience du pays.

Principaux constats :

  • Le changement climatique est un risque transversal : il accentue les catastrophes naturelles, perturbe l’agriculture et menace la biodiversité ainsi que les infrastructures.
  • L’île Maurice fait face à des coûts d’adaptation élevés, en raison de sa forte exposition à des aléas climatiques soudains et progressifs, bien que le pays ne contribue qu’à hauteur de 0,01 % aux émissions mondiales. La raréfaction de l’eau constitue un défi majeur, face à des usages concurrents entre le tourisme, l’agriculture et les ménages.
  • Les investissements intelligents face au climat peuvent générer d’importants bénéfices économiques : les mesures d’adaptation et de transition à faibles émissions de carbone offrent des retombées positives en matière de croissance, d’emplois et de sécurité énergétique.

The World Bank

Conceptual framework for development and climate change actions in Mauritius. Source: World Bank

Priorités d’action

Le CCDR identifie trois priorités interdépendantes pour guider l’île Maurice vers un développement plus résilient :

1. Renforcer les fondations macroéconomiques, budgétaires et institutionnelles

  • Mettre en œuvre des réformes budgétaires favorables à la croissance et reconstituer des marges de manœuvre financières.
  • Consolider la gouvernance climatique et améliorer la coordination.
  • Combler le déficit de compétences vertes grâce à des programmes ciblés de formation et d’emploi.
  • Mobiliser les financements privés pour le climat à travers des feuilles de route claires et des mécanismes de réduction des risques.

2. Réorienter les secteurs clés

  • Promouvoir un tourisme durable en diversifiant l’offre à l’intérieur des terres et en appliquant des régimes d’autorisation tenant compte de la résilience climatique.
  • Développer l’économie bleue grâce à la planification de l’espace marin et à des réformes juridiques favorisant la pêche durable et la protection des océans.
  • Accélérer la transition vers les énergies renouvelables à travers la mise à jour des plans électriques et des réformes tarifaires.

3. Réduire l’exposition et la vulnérabilité

  • Investir dans la protection du littoral, renforcer la résilience de Port-Louis et moderniser les transports publics.
  • Améliorer les systèmes de prévention et de gestion des risques de catastrophe, et élargir les dispositifs de protection sociale inclusive.
  • Réformer la gestion et la tarification de l’eau afin d’en garantir la durabilité à long terme.

Le CCDR formule dix recommandations de politiques publiques à fort impact, allant de la réforme budgétaire et du financement climatique à la protection du littoral et à la transformation du secteur de l’eau.

La mise en œuvre de ces recommandations nécessitera 5,6 milliards de dollars USD d’investissements supplémentaires sur les 25 prochaines années (en valeur actuelle nette). Avec un déficit annuel estimé à 213 millions de dollars, les finances publiques devront jouer un rôle catalyseur pour mobiliser les capitaux privés. Les banques locales, les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les mécanismes de paiement pour services écosystémiques peuvent contribuer à combler ce déficit, à condition que le secteur public joue un rôle moteur dans la réduction des risques liés aux investissements.