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Mars 2013

Tendances de l’évolution des prix alimentaires mondiaux

Les cours des denrées alimentaires sur les marchés internationaux ont poursuivi leur repli entre octobre 2012 et février 2013 (figure 1), pour le sixième mois d’affilée. Au mois de février 2013, l’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale était toutefois inférieur de 9 % seulement à son record absolu d’août 2012. Cela signifie qu’en dépit d’un fléchissement marqué, les prix alimentaires mondiaux restent soutenus et proches de leurs pics historiques.

Graphique 1 : Indice des prix alimentaires de la Banque mondiale

Source: Groupe d’étude des perspectives de développement (DECPG) de la Banque mondiale.
Note: L’indice des prix alimentaires estime le prix à l’exportation de différents produits vivriers
dans le monde, exprimé en dollars nominaux (2005=100).


Tableau 1. Évolution du prix des principaux produits alimentaires
 Produits alimentaires oct 2012-fév 2013
(%)
fév 2012-fév 2013
(%)
Indices
  Céréales -4 1
    Céréales -5 9
    Matières grasses et huiles -4 1
    Autres denrées -3 -10
  Engrais -5 -7
Prix
  Maïs -6 8
  Riz (thaï, 5 %) 1 5
  Blé (dur rouge d’hiver américain) -11 15
  Sucre (monde) -10 -24
  Huile de soja 0 6
  Pétrole brut, cours moyen 4 -4
Source: Groupe d’étude des perspectives de développement (DECPG) de la Banque mondiale.

Les prix des trois principales catégories de denrées ont baissé entre octobre 2012 et février 2013 : -5 % pour les céréales, -4 % pour les matières grasses et les huiles et -3 % pour les autres denrées (tableau 1). Sur la même période, les cours internationaux du blé ont perdu 11 %, contre 10 % pour le sucre et 6 % pour le maïs. Si les prix de l’huile de soja sont restés stables, celui du riz thaï (5 %) a gagné 1 % . Enfin, les cours internationaux des engrais ont reculé de 5 % alors que les prix du pétrole brut progressaient de 4 %.

Les cours internationaux de céréales en février 2013 sont nettement supérieurs à leur niveau d’il y a un an (tableau 1). Les prix du blé étaient ainsi 15 % plus chers qu’en février 2012, les prix du maïs en hausse de 8 % et ceux du riz avaient grimpé de 5 %. Cependant, en raison du repli des cours du sucre (-24 %) et de l’huile de soja (-6 %), qui rentrent également dans la composition de l’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale, la progression des cours internationaux d’une année sur l’autre n’est, globalement, que de 1 %.

Le tassement de la demande sur des marchés internationaux des céréales tendus et l’amélioration des conditions pour les campagnes hivernales actuelles expliquent ce repli des prix alimentaires mondiaux. Les échanges de blé, de maïs et de riz ont diminué en 2012, sous l’effet conjugué du niveau soutenu des prix, d’un recul de la production et d’une baisse des importations de céréales de pays habituellement gros consommateurs . La baisse marquée de l’utilisation du blé pour l’alimentation animale dans le monde et un recul de l’emploi du maïs pour produire de l’éthanol aux États-Unis ont contribué à contenir une flambée de la consommation de céréales à l’échelle planétaire. Tandis que l’Union européenne, les pays de la mer Noire (à l’exception des régions méridionales de la Fédération de Russie), la Chine et l’Inde ont tous bénéficié de bonnes conditions météorologiques ces derniers temps, les États-Unis sont confrontés à la persistance d’une grave sécheresse dans les plaines du Sud . Des conditions favorables dans les grands pays exportateurs de maïs en Amérique du Sud — et en Afrique du Sud — devraient aussi donner d’abondantes récoltes pour le reste de l’année 2013. Les principaux producteurs de riz en Asie de l’Est et du Sud bénéficient aussi de bonnes conditions, comme dans le reste de l’hémisphère Sud . Par conséquent, les prévisions de production mondiale de céréales pour 2012-13 viennent d’être revues à la hausse à la fois par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et par le département américain de l’Agriculture (USDA). Les taux restent néanmoins inférieurs de 3 % environ à leurs niveaux de 2011-12 .

Plusieurs incertitudes planent néanmoins encore sur les cours internationaux . Les stocks mondiaux de céréales se sont contractés de 3 % en 2012, du fait essentiellement du recul des stocks de blé (-9 %) et de céréales secondaires (pratiquement -6 %). Le ratio stocks/utilisation a lui aussi baissé par rapport à la saison précédente, de 22 à 20,6 % pour toutes les céréales au niveau mondial, même si les conditions sont plus tendues pour les céréales secondaires que pour le blé . Chez les principaux exportateurs, les ratios qui mesurent le niveau des stocks par rapport à la consommation intérieure et aux exportations ne cessent de diminuer : 16,4 % pour toutes les céréales, 13,2 % pour le blé et 8,1 % pour les céréales secondaires (une évolution qui reflète là encore le durcissement de la situation pour les céréales secondaires) . Les stocks mondiaux de riz demeurent en revanche à un niveau bien plus confortable.

Si les prévisions météorologiques semblent depuis peu plus favorables au Brésil, il est encore trop tôt pour se prononcer avec certitude sur les rendements estimés des récoltes à venir. La sécheresse qui s’installe aux États-Unis et qui n’épargne pas non plus l’Argentine, l’Afrique du Sud et l’Australie, suscite des inquiétudes sur le niveau de l’offre dans les prochains mois . Une ponction dans les stocks de riz de la Thaïlande — estimés à 12 millions de tonnes, soit l’équivalent d’un tiers du riz commercialisé dans le monde — pour alimenter les marchés mondiaux pourrait avoir des effets déstabilisants . Du côté de la demande, l’annonce par la Chine de besoins supplémentaires de céréales importées (en particulier de maïs) laisse présager une concurrence accrue sur les marchés internationaux au moment même où la demande dans les autres grands pays importateurs (Mexique, Indonésie, République de Corée et Turquie) augmente elle aussi .

Les cours du pétrole ont été sur une trajectoire haussière pendant trois mois d’affilée, franchissant le seuil des 107 dollars le baril en février. Comme le soulignait le rapport Food Price Watch de novembre 2012, cette augmentation n’a pas eu d’effet sur le prix des engrais . Pourtant, les cours de brut ont atteint en février 2013 leur plus haut niveau depuis avril 2012. D’autres facteurs renforcent les incertitudes, comme la difficulté croissante de respecter les nouvelles obligations relatives aux normes sur les carburants renouvelables aux États-Unis. Ces volumes obligatoires ont fortement augmenté, puisqu’ils devront passer de 16,55 milliards de gallons en 2013 à 20,5 milliards en 2015, alors même que les prix du maïs flambent et que la production a souffert de la sécheresse durant l’été 2012 . Tous ces facteurs soulignent par conséquent la nécessité de poursuivre les efforts de suivi des cours alimentaires sur les marchés internationaux.

Tendances des prix intérieurs

Les prix intérieurs des céréales ont continué de suivre les variations saisonnières attendues dans la plupart des régions. En Afrique de l’Ouest et de l’Est, les prix sont stables ou en recul du fait de la mise sur le marché de volumes supérieurs provenant des récoltes en cours ou tout juste achevées. À l’inverse, les prix continuent d’augmenter en Afrique australe, en pleine période de soudure. En Amérique centrale et dans les Caraïbes, les prix sont aussi calés sur les variations saisonnières — en hausse pour le maïs, en baisse pour les haricots — et, du fait de la dépréciation de certaines monnaies, en hausse pour le riz importé . Dans les pays importateurs de blé d’Asie centrale, les prix restent à un niveau très élevé, reflétant le coût exorbitant des exportations au sein de la région. En Asie de l’Est et du Sud, les prix à l’importation sont stables ou en recul, grâce à une offre abondante . Outre ces influences saisonnières anticipées, plusieurs facteurs intérieurs ont également pesé sur les prix locaux : la dépréciation ou l’appréciation de la monnaie nationale ; l’arrêt des subventions aux carburants ; l’introduction des programmes publics de soutien aux intrants ; la constitution de stocks publics ou, au contraire, la mise à disposition de stocks stratégiques ; les perturbations commerciales liées à un conflit ou une insécurité grandissante ; le renchérissement des coûts de transport ; un essor de l’aide alimentaire humanitaire ; et la grande variabilité des conditions météorologiques.

Tableau 2. Principales variations de prix sur les marchés intérieurs
 Variations trimestrielles : octobre 2012-février 2013
Blé variation
en %
Maïs variation
en %
Bélarus, Minsk, blé (farine), prix de détail, rouble du Bélarus/kg 17 Malawi, Lilongwe, prix de détail, kwacha/kg 43
Inde, Bombay, prix de détail, roupie indienne/kg 14 Zambie, moyenne nationale, maïs (blanc), USD/kg 32
Pakistan, Karachi, prix de détail, roupie du Pakistan/kg 13 Équateur, Quito, prix de gros, maïs (jaune), USD/kg 21
Brésil, moyenne nationale, prix de gros, réal brésilien/local 13 Nicaragua, moyenne nationale, maïs (blanc), prix de gros, cordoba oro/kg 20
Bolivie, La Paz, blé (décortiqué), prix de gros, boliviano/local 11 Ouganda, Kampala, prix de gros, USD/tonne 19
Moldavie, Chisinau, prix de détail, leu moldave/kg 10 Honduras, San Pedro Sula, maïs (blanc), prix de gros, USD/kg 15
Ukraine, moyenne nationale, classe 3 (à l’achat, EXW, traité), prix de gros, hryvnia/tonne 9 Éthiopie, Addis-Abeba, prix de gros, birr éthiopien/local -8
Afrique du Sud, Randfontein, prix de gros, rand/tonne -2 Afrique du Sud, Randfontein, maïs (blanc), prix de gros, rand/tonne -14
Équateur, Quito, blé (farine) prix de gros, USD/kg -3 Kenya, Nairobi, prix de gros, USD/tonne -19
Éthiopie, Addis-Abeba, blé (blanc), prix de gros, birr éthiopien/local -7 Somalie, Baidoa, maïs (blanc), prix de détail, shilling de Somalie/kg -44
Riz variation
en %
Sorgho variation
en %
Inde, Chennai, prix de détail, roupie indienne/kg 10 Soudan, Kadugli, sorgho (feterita), prix de gros, livre soudanaise/local 32
Myanmar, Rangoon, riz (emata Manawthukha FQ), prix de gros, kyat/kg 9 Niger, Maradi, sorgho (local), prix de gros, franc CFA/local 22
Niger, Niamey, riz (importé), prix de gros, franc CFA/local 8 Éthiopie, Addis-Abeba, sorgho (blanc), prix de gros, birr éthiopien/local -9
Mozambique, Maxixe, prix de détail, metical/kg 7 Éthiopie, Addis-Abeba, sorgho (blanc), prix de gros, birr éthiopien/local -17
Malawi, Lilongwe, prix de détail, kwacha/kg 7 Somalie, Baidoa, sorgho (rouge), prix de détail, shilling de Somalie/kg -53
Bangladesh, Dhaka, riz (paddy), prix de détail, taka/kg 7
Somalie, Mogadiscio, riz (importé), prix de détail, shilling de Somalie/kg -6
Pérou, Lima, riz (concassé supérieur), prix de détail, nouveau sol/kg -6
Mali, Bamako, riz (local), prix de gros, franc CFA/local -12
Rwanda, Kigali, prix de gros, USD/tonne -16
 Variations annuelles : février 2012-février 2013
Blé variation
en %
Maïs variation
en %
Bélarus, Minsk, blé (farine), prix de détail, rouble du Bélarus/kg 46 Fédération de Russie, moyenne nationale, maïs (EXW), prix de gros, rouble russe/tonne 75
Brésil, moyenne nationale, prix de gros, réal brésilien/local 45 Malawi, Lilongwe, prix de détail, kwacha/kg 47
Moldavie, Chisinau, prix de détail, leu moldave/kg 43 Haïti, Port-au-Prince, maïs (local), prix de détail, gourde/local 42
Inde, Bombay, prix de détail, roupie indienne/kg 33 Zambie, moyenne nationale, maïs (blanc), USD/kg 32
Afghanistan, Kaboul, blé (farine), prix de détail, afghani/kg 33 Somalie, Borama, maïs (blanc), prix de détail, shilling de Somalie/kg 29
Soudan, Khartoum, prix de gros, livre soudanaise/local 32 Afrique du Sud, Randfontein, maïs (jaune) prix de gros, rand/tonne -13
Ukraine, moyenne nationale, classe 3 (EXW, traité), prix de gros, hryvnia/tonne 31 Mexique, Mexico, maïs (blanc), prix de gros, peso mexicain/kg -13
Bolivie, La Paz, blé (décortiqué), prix de gros, boliviano/local) -3 Kenya, Kisumu, prix de gros, USD/tonne -23
Riz variation
en %
Sorgho variation
en %
Inde, Chennai, prix de détail, roupie indienne/kg 55 Soudan, Port Soudan, sorgho (feterita), prix de gros, livre soudanaise/local 31
Mexique, Mexico, riz (morelos), prix de gros, peso mexicain/kg 40 Niger, Niamey, sorgho (local), prix de gros, franc CFA/local 26
Brésil, moyenne nationale, riz (paddy), prix de gros, réal brésilien/local 30 Éthiopie, Addis-Abeba, sorgho (rouge), prix de gros, birr éthiopien/local 13
Malawi, Lilongwe, prix de détail, kwacha/kg 29 Haïti, Port-au-Prince, prix de détail, gourde/local 11
Myanmar, Rangoon, riz (emata Manawthukha FQ), prix de gros, kyat/kg 26 Guatemala, Guatemala City, sorgho (blanc), prix de gros, USD/kg -15
Équateur, Quito, riz (grains longs), prix de gros, USD/kg 13 Somalie, Mogadiscio, sorgho (rouge), prix de détail, shilling de Somalie/kg -15
Mali, Bamako, riz (local), prix de gros, franc CFA/local -12 Mali, Bamako, sorgho (local), prix de gros, franc CFA/local -20
Niger, Agadez, riz (importé), prix de gros, franc CFA/local -14
Ouganda, Kampala, prix de gros, USD/tonne -17
Somalie, Mogadiscio, riz (importé), prix de détail, shilling de Somalie/kg -33
Source: Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et Système mondial d’information et d’alerte rapide (GIEWS).

Entre octobre 2012 et février 2013, ce sont les marchés observés en Europe de l’Est — Bélarus, Moldavie et Ukraine — qui ont connu les plus fortes augmentations du prix du blé (tableau 2) (respectivement +17 %, +10 % et +9 % [moyenne nationale]), sous l’effet d’une baisse de l’offre et, dans le cas du Bélarus, de l’inflation et de l’assouplissement de la réglementation régissant les prix alimentaires . Les prix ont aussi flambé en Amérique du Sud dans les pays dépendant des exportations argentines, comme le Brésil (moyenne nationale, +13 %) et la Bolivie (+11 % à La Paz) . Le renchérissement du prix du blé sur certains marchés observés au Pakistan (+14 % à Karachi) et en Inde (+15 % à Bombay) découle du niveau soutenu d’achats par le gouvernement et d’une forte demande d’exportation. À l’inverse, les baisses du prix du blé ont été inférieures à 10 % dans certains marchés d’Éthiopie et d’Afrique du Sud, en raison d’une offre suffisante dans les deux cas, et en Équateur, en partie du fait de l’introduction récente du contrôle des prix . Les prix intérieurs du maïs ont fluctué davantage, avec des hausses de 43 % sur les marchés observés au Malawi (Lilongwe), consécutives à des déficits de production, à une forte demande d’exportation émanant des pays voisins et à la dévaluation de la monnaie , et de la Zambie (moyenne nationale, +23 %), essentiellement à cause de facteurs saisonniers. De fortes hausses (entre 15 et 20 %) ont été enregistrées sur certains marchés d’Ouganda, à la suite de l’augmentation des importations et des achats publics, ainsi qu’au Honduras et au Nicaragua, sous l’effet de facteurs saisonniers . Le recul des prix du maïs a atteint 44 % sur les marchés des grandes zones productrices en Somalie et sur les marchés observés au Kenya, en Afrique du Sud et en Éthiopie, sous l’effet dans tous les cas d’une augmentation de l’offre . Toujours entre octobre 2012 et février 2013, les prix du riz ont progressé de 10 % sur certains marchés en Inde et entre 7 et 9 % sur certains marchés observés au Bangladesh, au Malawi, au Mozambique, au Niger et au Myanmar. Ces hausses des prix intérieurs reflètent l’augmentation des prix à l’exportation, des achats publics et des carburants et des coûts de transport. Les plus forts replis du prix du riz ont été enregistrés dans les capitales du Mali (12 %) et du Rwanda (16 %), grâce à une offre en progression.

Les variations des prix intérieurs entre février 2012 et février 2013 sont conformes aux importants écarts annuels habituellement enregistrés, les céréales les plus consommées connaissant d’importantes hausses de prix. En février 2013, le prix du blé était supérieur de 46 % à son niveau de l’année précédente au Bélarus, de 45 % au Brésil et de 43 % en Moldavie. Des hausses de prix annuelles supérieures à 30 % ont été observées en Inde, en Afghanistan, au Soudan et en Ukraine . Pour les marchés pour lesquels nous disposons d’informations, le seul à annoncer une baisse du prix intérieur du blé (-3 %) est celui de La Paz, en Bolivie .De fortes variations annuelles de prix du maïs ont été enregistrées en Russie (moyenne nationale, +75 %) et sur certains marchés observés au Malawi (47 %) ; en Haïti (42 %), à cause du renchérissement des importations depuis les États-Unis et de la forte contraction de la production intérieure en 2012 ; en Zambie (32 %), sous l’effet des programmes d’achat, d’une forte demande d’exportation et de la dévaluation de la monnaie ; et en Somalie (22 %), à cause de perturbations d’approvisionnement et de l’appréciation continue du shilling somalien . Grâce à une augmentation de la production, le prix du maïs a reculé au cours des douze derniers mois sur certains marchés d’Afrique du Sud, du Mexique et du Kenya. Le prix du riz sur certains marchés intérieurs observés en Inde a gagné 55 % au cours des douze derniers mois, sous l’effet conjugué de l’ampleur des volumes négociés, d’exportations soutenues et de la hausse des prix des carburants. De fortes augmentations ont aussi été notées sur certains marchés du Mexique (+40 %) et du Brésil (moyenne nationale, +30 %), du fait d’une demande accrue pour le riz thaï et américain de haute qualité . Le prix annuel du riz a reculé sur les marchés observés en Somalie de 33 %, grâce en partie à l’appréciation de la monnaie, un phénomène suivi par d’autres baisses de prix en Ouganda, au Niger et au Mali (entre 12 et 17 %).

Comment le niveau élevé des prix alimentaires entretient l’épidémie d’obésité

Graphique 2. Prévalence de la dénutrition et de l’obésité
dans le monde (%)

Source: Données de la FAO pour le taux de prévalence de la dénutrition ; G. Stevens, G. Singh, G. Danaei et al., National, Regional and Global Trends in Adult Overweight and Obesity Prevalences », Population Health Metrics 10 (22): 1–16 (2012).
Notes: Pour la dénutrition, les données de 1990 présentées ici correspondent à celles de la FAO pour la période 1990-92 ; les données pour 2002 correspondent à celles de la FAO pour 2000-02 ; et les données pour 2008 correspondent à celles de la FAO pour 2008-10. La FAO définit la prévalence de la dénutrition ou de la faim chronique comme la situation de personnes dont les apports alimentaires, jour après jour, ne couvrent pas leurs besoins énergétiques minimum. Ces besoins sont d’environ 1 800 kcal par jour (FAO, 2013, Portail sur la faim.


Graphique 3. Prévision de la prévalence de l’obésité dans
une sélection de régions

Source: T. Kelly, W. Yang, C. Chen, et al., « Global Burden of Obesity in 2005 and Projections to 2030 », International Journal of Obesity 32: 1431-37 (2008).
Notes: ALC : Amérique latine et Caraïbes ; ASS : Afrique subsaharienne.

La planète entière est touchée par l’épidémie de surpoids et d’obésité même en période de prix alimentaires soutenus et volatils. La prévalence et le nombre de personnes souffrant de ces pathologies sont en progression constante depuis 30 ans, indépendamment du niveau des cours des denrées alimentaires sur les marchés internationaux. Aussi le surpoids et l’obésité gagnent-ils rapidement du terrain tandis que la sous-alimentation — une autre forme de la malnutrition — est en baisse (figure 2). En 2008, le monde comptait 1,46 milliard d’adultes en surpoids, dont 508 millions d’obèses . Les prévisions même les moins alarmistes annoncent des chiffres effrayants pour les années à venir si rien n’est fait pour endiguer cette évolution : à l’horizon 2030, 2,16 milliards d’adultes pourraient être en surpoids et 1,12 milliard seraient obèses . Ce phénomène touchera toutes les régions et n’épargnera pas des pays comme la Chine et l’Inde (figure 3).

Avec la persistance de prix alimentaires soutenus et probablement de plus en plus instables, les « mauvaises » calories tendent à coûter moins cher que les bonnes. On le voit avec le phénomène de la malbouffe dans les pays développés tandis que, dans les pays en développement, les ménages pauvres sont contraints de consommer des aliments moins nutritifs sous l’effet de crises récurrentes (alimentaires et autres). De fait, l’épidémie de surcharge pondérale n’est pas l’apanage des pays riches. La moitié de la population mondiale en surpoids se concentre dans neuf pays, soit les États-Unis et l’Allemagne mais aussi la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie et la Turquie. L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, l’Amérique centrale et du Sud et l’Afrique australe subsaharienne font partie des régions où la prévalence de l’obésité est la plus forte (plus de 25 % de la population adulte) .

Jusqu’ici, les pouvoirs publics n’ont apporté qu’une réponse partielle à cette épidémie. Les réactions vont de l’inaction totale à la punition des personnes en surpoids (en imposant, comme au Japon par exemple, des amendes aux employeurs dont les salariés ont un tour de taille supérieur à certains seuils). Plusieurs mesures tentent d’orienter les consommateurs vers des produits alimentaires plus sains : impôts, interdictions pures et simples ou législation contraignante frappant certains aliments et ingrédients mais aussi règles d’étiquetage plus claires sur les produits alimentaires et campagnes de sensibilisation. Pourtant, rien n’indique que la lutte contre l’obésité fasse partie des grandes priorités politiques de la communauté internationale. Or, les négociations multilatérales en cours pour l’après-2015, date butoir des objectifs du Millénaire pour le développement (parallèlement à la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles ), offrent une occasion unique pour faire converger des mesures nationales et internationales de lutte contre toutes les formes de malnutrition — des retards de croissance à l’obésité. L’enjeu de cette action concertée et collective est néanmoins colossal : faire en sorte que ce double handicap (triple même, si l’on intègre les déficiences en micronutriments) n’entrave pas les progrès vers plus de prospérité (encadré 1).

Encadré 1. Caractéristiques socioéconomiques de l’obésité

Le surpoids et l’obésité sont deux grands facteurs de risque pour le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension et d’autres pathologies qui sont associées, in fine, à une réduction de l’espérance de vie. Récemment, la revue The Lancet a a publié les résultats d’une méga-enquête qui confirme qu’un indice de masse corporelle (IMC) élevé est un facteur de risque majeur de décès et de handicap. L’obésité et le surpoids ont des coûts économiques considérables, en augmentant les dépenses de santé et l’absentéisme, en réduisant la productivité au travail et les performances scolaires et même en renchérissant le prix des transports. Aux États-Unis, la seule prise en charge médicale des pathologies liées à l’obésité coûterait au pays 190 milliards de dollars par an.

Divers facteurs — la culture, le mode de vie contemporain, la publicité ou le développement du métabolisme dans la plus jeune enfance — expliquent en partie cette évolution b Tout comme la pauvreté. Depuis longtemps, pauvreté rime avec mauvaise santé dans les pays riches. Mais des données récentes révèlent une prévalence élevée de personnes en surpoids dans les pays moins riches dans toutes les couches de la population, les riches et les pauvres. Quoi qu’il en soit, les disparités socio-économiques de cette prévalence au sein d’un pays c et entre pays sont importantes (figure). Les données montrent aussi que jusqu’à un revenu par habitant de 5 000 dollars, l’IMC grimpe rapidement, pour plafonner avec un revenu situé entre 12 500 et 17 000 dollars. Au-delà, il commence à décliner.d

Graphique de l’encadré. Prévalence du surpoids par quintiles de revenu dans une sélection de pays (%)
Bangladesh (2007)
Chine (2006)
Égypte (2005)
Guatemala (1998)
Haïti (2005)
Indonesie (2007)
Niger (2006)
Tanzanie (2004)

Source: J. Jones-Smith, P. Gordon-Larsen, A. Siddiqi, et B. Popkin, "Cross-National Comparisons of Time Trends in Overweight Inequality by Socioeconomic Status among Women Using Repeated Cross-Sectional Surveys from 37 Developing Countries, 1989-2007," American Journal of Epidemiology 173 (6): 667-75 (2011).

a. C. Murray et al., "GBD 2010: Design, Definitions, and Metric," The Lancet 380 (9859): 2063-2066 (2012). L’indice de masse corporelle (IMC) correspond au poids d’un individu (en kilogrammes) divisé par sa taille au carré (en mètres). Un IMC situé entre 25 et 29.9 indique un surpoids. Supérieur à 30, on parle d’obésité.
b. Le poids et l’obésité sont liés à des paramètres environnementaux, comportementaux, physiologiques et génétiques. Mais les facteurs culturels entrent aussi en ligne de compte, comme l’acceptation sociale de l’obésité, symbole de prospérité ; les modes de vie moderne où l’exercice physique disparaît ; le rôle de la publicité ; et la programmation métabolique (le lien entre le stade fœtal et la petite enfance et l’apparition ou non de l’obésité à l’âge adulte). Il a été notamment démontré qu’il existe une forte corrélation entre la malnutrition de la mère et un faible poids à la naissance et un risque accru d’hypertension, d’obésité et de diabète de type 2 (M. Vickers, "Developmental Programming of the Metabolic Syndrome-Critical Windows for Intervention," World Journal of Diabetes 2 (9): 137-48 [2011]; D. J. P. Barker, "Fetal Origins of Coronary Heart Disease," British Medical Journal 311: 171-74 [1995]).
c. J. Jones-Smith et al., "Cross-National Comparisons of Time Trends."
d. J. Jones-Smith et al., « Cross-National Comparisons of Time Trends ». d. On observe surtout ce déclin chez les femmes des pays riches. Il faut souligner que l’augmentation de l’IMC est inversement proportionnelle à la part de l’alimentation dans les dépenses du ménage et à la part des citadins dans la population totale "Rethinking the 'Diseases of Affluence' Paradigm: Global Patterns of Nutritional Risks in Relation to Economic Development," PLOS Medicine 2 (5): 404-12 [2005]).

Notes

1. Une autre variété destinée aux exportations, le riz vietnamien (5 %) — qui ne figure pas dans le tableau 1 — a vu ses prix brutalement chuter de 13 % sur la même période.
2. La FAO fait état d’une diminution de la demande d’importations de blé en Afghanistan, en Algérie, en Arabie saoudite, en Égypte, au Kenya, en Ouzbékistan, en Thaïlande et en Turquie. Elle signale aussi un tassement de la demande de céréales secondaires en Afrique du Sud, en Arabie saoudite, au Brésil, au Canada, en Égypte, en Indonésie et au Venezuela (FAO, Bulletin de la FAO sur l’offre et la demande de céréales, 7 mars 2013).
3. Exception à cette chute, la vive progression de l’utilisation du blé pour l’alimentation animale (en substitution du maïs) aux États-Unis, qui devrait plus que doubler par rapport à l’année précédente (FAO, Bulletin, 7 mars 2013).
4. FAO, Bulletin de la FAO sur l’offre et la demande de céréales, 7 février 2013.
5. La récolte de riz est sur le point de débuter ou a déjà commencé en Australie, au Brésil, en Indonésie et au Sri Lanka. Une augmentation de la production dans tous ces pays par rapport à la campagne précédente est anticipée (FAO, Bulletin, 7 mars 2013). En plus de conditions meilleures, la forte demande de riz en provenance de l’Afrique de l’Ouest, de l’Asie centrale et de Chine conjuguée au mécanisme de soutien aux riziculteurs mis en place par le gouvernement thaïlandais ont empêché un effondrement des cours, alors même que l’offre était abondante et les stocks à des niveaux record fin 2012.
6. AMIS, Market Monitor, No. 6, mars 2013 ; USDA, World Agricultural Supply and Demand Estimates (WASDE), 11 mars 2013.
7. Le rapport Commodity Market Outlook (Banque mondiale, 2013) table sur un recul des prix alimentaires sur les marchés internationaux de 3.2 % au cas où aucune de ces incertitudes ne se concrétise et si, au contraire, les conditions météorologiques restent favorables, la tension sur le prix du pétrole se desserre légèrement et les réactions politiques ne perturbent pas les marchés.
8. Les ratios mondiaux stocks/utilisation sont en repli pour le blé et les céréales secondaires (de respectivement 26 à 22.9 % et de 15 à 13.4 %) alors qu’ils progressent pour le riz (de 33.5 à 35.7 %) (FAO, Bulletin, 7 mars 2013).
9. FAO, Bulletin, 7 février et 7 mars 2013. L’USDA fait aussi état de ratios stock/consommation de 9.9 % pour le maïs et de 5.6 % pour les exportations de maïs américain (USDA, WASDE, 11 mars 2013).
10. USDA, WASDE, 11 mars 2013.
11. Banque mondiale, Thailand Economic Monitor:December 2012. Bureau de la Banque mondiale à Bangkok ; Oxford Analytica, 24 janvier 2013. Le coût du programme pourrait avoir atteint en 2012 environ 5 % du PIB et coûter jusqu’à 5 milliards de dollars environ en 2013. Sachant que des ponctions dans les stocks de riz thaï destiné à l’exportation referaient du pays le premier exportateur mondial de riz, un rang qu’il a occupé de longues années et qu’il avait perdu en 2012 au profit de l’Inde et du Viet Nam.
12. Les importations de maïs ont été multipliées par cinq, pour atteindre 5 millions de tonnes en 2011/12 (soit environ 5 % du total mondial), un niveau jamais encore enregistré à ce jour (USDA, WASDE, 11 mars 2013). Alors qu’elle est le premier producteur de riz au monde, la Chine est devenue le deuxième importateur de riz en 2011/12, un bond par rapport à l’année précédente où elle occupait le 20e rang. Depuis des années, la Chine est aussi le premier importateur d’huile de soja et d’autres huiles alimentaires (G. Maguire, « Watch Out for China’s Grain Imports in 2013 »).
13. Le groupe des pays MIST (Mexique, Inde, Corée et Turquie) a supplanté la Chine en 2012 comme premier débouché de l’agriculture américaine, achetant pour 29 milliards de dollars de produits agricoles et de denrées en provenance des États-Unis, contre 26 milliards pour la Chine. Cette progression serait davantage due à la montée en puissance des classes moyennes et aux accords commerciaux qu’à des déficits de production annuels spécifiques sur les marchés intérieurs. Il faut noter que la demande d’importations de la Chine est nettement plus aléatoire, parce qu’elle est tributaire de sa propre production, alors que celle des pays MIST augmentera dans les années à venir, à l’aune du renforcement de leur prospérité (G. Maguire, « Rise of ‘MIST’ NationsReshapes Agriculture Exports », 28 février 2013).
14. Cela tient en partie au fait de bon nombre d’engrais fluctuent en fonction des cours du gaz naturel (peu soutenus ces derniers temps) et non du pétrole (Banque mondiale, Commodity Market Outlook. Groupe d’étude des perspectives de développement, 2013).
15. S. Irvin et D. Good, « The Ethanol Blend Wall, Biodiesel Production Capacity, and the RFS… Something Has to Give », 13 février 2013, http://farmdocdaily.illinois.edu/2013/02/ethanol-blend-wall-biodiesel-RFS.html.
16. D’autres facteurs contribuent aussi à renforcer ces incertitudes. Le Kazakhstan connaît par exemple une pénurie de wagons pour acheminer le fruit de ses récoltes alors que l’Argentine et le Brésil expédient en général leurs récoltes de soja (qui devraient atteindre un record cette année au Brésil) avant le blé (Reuters, « Grain Stocks in Black Sea Countries Seen Down 55 Pct in 2012/13 », 10 décembre 2012). Contrairement à ces contraintes logistiques (et sur une touche plus positive), les craintes relatives aux interdictions d’exportation de blé en Ukraine n’ont pas été confirmées au dernier trimestre.
17. FEWSNET (Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine), Price Watch, 28 février 2013.
18. FAO, Global Food Price Monitor, 11 février 2013.
19. FAO, Global Food Price Monitor, 11 mars 2013 ; GIEWS, Country Briefs:Belarus, 27 septembre 2012, http://www.fao.org/giews/countrybrief/country.jsp?code=BLR.
20. Le Brésil a également connu une baisse de production en 2012 (FAO, Price Monitor, 11 mars 2013).
21. Ibid.
22. Ibid.
23. Concrètement, l’arrivée des récoltes postrera sur ces marchés a eu lieu fin février et en mars (FEWS NET, Price Watch, 28 février 2013).
24. FAO, Global Food Price Monitor, 11 mars 2013.
25. FEWS NET, Price Watch, 28 févier 2013 ; FAO, Global Food Price Monitor, 11 mars 2013. En Afghanistan, l’augmentation des prix est le signe d’une dépendance aux importations faute de capacités suffisantes de meunerie alors qu’au Soudan, elle s’explique en partie par l’inflation et le coût des transports. Il faut par ailleurs noter que la moyenne nationale des prix en Inde s’est située à un niveau inférieur à celui enregistré à Bombay ou dans d’autres marchés examinés.
26. Cela peut en partie tenir à l’introduction de subventions en faveur des boulangers ces derniers mois (FAO, Global Food Price Monitor, 11 mars 2013).
27. FEWS NET, Price Watch, 28 février 2013.
28. Ibid.
29. G. Stevens, G. Singh, G. Danaei et al., « National, Regional and Global Trends in Adult Overweight and Obesity Prevalences », Population Health Metrics 10 (22): 1–16 (2012).
30. T. Kelly, W. Yang, C-S. Chen, K. Reynolds, et J. He, « Global Burden of Obesity in 2005 and Projections for 2030 », International Journal of Obesity 32: 1431–37.
31. Stevens et al., « National, Regional, and Global Trends ».
32. Assemblée générale des Nations Unies, « Prévention et maîtrise des maladies non transmissibles : Rapport au secrétaire général », 2011.

Élaborés par le Groupe pour la réduction de la pauvreté et pour l'équité de la Banque mondiale, les rapports Food Price Watch cherchent à attirer l'attention
sur l'évolution des prix alimentaires intérieurs dans les pays à revenu faible et intermédiaire ainsi que sur leurs implications pour les politiques publiques.
Contact : Jose Cuesta (jcuesta@worldbank.org)