Le développement accroît les émissions. Une hausse de 1 % du revenu par habitant entraîne – en moyenne et sans exception – une augmentation de 1 % des émissions de GES. Par conséquent, dans la mesure où la Banque mondiale réussit à promouvoir la croissance générale, elle accélère le changement climatique. Mais il n'est pas nécessaire de choisir entre l'atténuation des effets du changement climatique et l'accès des pauvres à l'énergie. La fourniture des services essentiels d'électricité aux ménages non raccordés au réseau n'augmenterait les émissions mondiales de GES que de 0,33 % dans le pire des cas, et beaucoup moins si l'on peut utiliser des sources d'énergie renouvelables et des ampoules électriques à faible consommation. Les gains de bien-être générés par l'accès à l'électricité sont de l'ordre de 0,50 à 1 dollar par kilowatt-heure, alors qu'une évaluation rigoureuse des dommages correspondants liés au carbone montre qu'ils n'excèdent pas quelques centimes par kilowatt-heure dans le pire des cas.
Les politiques nationales peuvent ouvrir la voie à une croissance à faible intensité de carbone. Bien qu'il existe une relation étroite entre le revenu par habitant et les émissions de GES associées aux sources énergétiques, pour un niveau de revenu donné certains pays produisent sept fois plus d'émissions que d'autres. Si le recours à l'hydroélectricité explique en partie ces écarts, le prix des combustibles est également un facteur. Les pays qui accordent de fortes subventions – dans lesquels le prix du diesel est deux fois moins élevé que le prix sur le marché mondial – produisent près de deux fois plus d'émissions par habitant que d'autres pays ayant un niveau de revenu comparable. Et les pays qui prélèvent depuis longtemps une taxe sur les combustibles, comme le Royaume-Uni, ont adopté des moyens de transport et des méthodes d'exploitation des terres qui consomment moins d'énergie.
Les subventions accordées au titre de l'énergie sont importantes, contraignantes, régressives et préjudiciables pour l'environnement. Les estimations de l'Agence internationale de l'énergie pour 2005, qui chiffrent à 250 milliards de dollars les subventions accordées annuellement en dehors des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pourraient être inférieures à la réalité. Bien que les pauvres reçoivent une partie de ces subventions, globalement elles privilégient les groupes plus aisés et sont énormes par rapport aux dépenses publiques plus progressives. Les subventions accordées au titre des combustibles sont à elles seules 2 à 7,5 fois plus élevées que les dépenses publiques de santé au Bangladesh, en Équateur, en Égypte, en Inde, en Indonésie, au Maroc, au Pakistan, au Turkménistan, au Venezuela et au Yémen. En outre, les subventions encouragent une utilisation de l'énergie inefficace et à haute intensité de carbone et suscitent des noyaux d'appui en faveur d'une telle inefficacité.
La Banque a financé plus de 250 projets de refonte de la tarification de l'énergie. Les résultats ont été positifs dans les pays en transition, notamment en Roumanie et en Ukraine, où les prix de l'énergie ont été alignés sur les prix du marché et où les émissions de dioxyde de carbone ont sensiblement diminué. La suppression des subventions peut cependant représenter une menace pour les pauvres. Il semble que les efforts récemment déployés pour évaluer les incidences sur la pauvreté et le bien-être aient été systématiquement pris en compte dans la conception et la mise en œuvre de la réforme des prix, mais pas toujours avec la participation directe de la Banque mondiale. On peut citer à titre d'exemple le Ghana et l'Indonésie, où des mesures ont été mises en place pour compenser l'augmentation du prix des combustibles.
La Banque a rarement coordonné les gains d'efficacité avec une réduction des subventions en vue d'alléger la charge immédiate qu'impose l'ajustement aux consommateurs d'énergie. Une exception est le Projet de réforme du chauffage urbain et d'équipements à haut rendement dans le bâtiment en Chine, qui établit un lien entre l'amélioration des systèmes d'isolement et le prix du chauffage. Un nombre grandissant de projets financent la distribution nationale d'ampoules électriques fluorescentes compactes, mais uniquement pour faire face à des pénuries d'électricité (Rwanda, Ouganda) ou éponger les pertes des compagnies d'électricité (Argentine, Viet Nam), plutôt que pour faciliter la réduction des subventions.
Malgré l'attention accordée au rendement énergétique dans les déclarations de la Banque et les stratégies d'aide aux pays, le volume et l'orientation stratégique des prêts de la BIRD et de l'IDA en faveur de l'utilisation rationnelle de l'énergie demeurent négligeables. Bien que l'IFC ait récemment accru ses investissements dans les projets d'utilisation rationnelle de l'énergie, les engagements de la Banque mondiale dans ce domaine représentent environ 5 % de la valeur des financements dans le secteur de l'énergie pour la période 1991-2007. Cela comprend les investissements dans le chauffage urbain et les activités axées sur le rendement énergétique au niveau de la demande, plus quelques investissements axés sur le rendement énergétique au niveau de l'offre. Selon cette définition, un projet sur dix concerne le rendement énergétique. Si l'on inclut toute la gamme de projets retenus par la direction comme moyen de soutenir la maîtrise de l'énergie par action sur l'offre, la proportion est supérieure à un sur cinq pour la période 1998-2007. Globalement, seulement 34 projets environ réalisés entre 1996 et 2007 avaient des composantes axées sur une politique d'utilisation plus rationnelle de l'énergie au niveau de la demande. Les efforts faits dans le cadre de ces projets pour promouvoir la maîtrise de l'énergie ont souvent eu un succès limité car la Banque a sollicité les compagnies publiques d'électricité, qui n'ont guère de raisons de restreindre leurs ventes.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi les projets portant sur la maîtrise de l'énergie par l'utilisateur final, en particulier les projets à l'appui de réformes, semblent ne pas occuper la place qu'ils méritent dans le portefeuille de la Banque. L'institution a réalisé certains projets novateurs d'utilisation rationnelle de l'énergie qui ont donné de bons résultats. Mais les incitations internes de la Banque vont à l'encontre de ces projets car ils sont souvent de petite taille, demandent beaucoup de travail et des fonds pour leur préparation, et nécessitent dans certains cas un engagement du client sur plusieurs années. On a généralement tendance à préférer les investissements dans la production d'électricité, qui sont visibles et faciles à comprendre, aux investissements dans les activités axées sur l'amélioration du rendement énergétique, qui sont moins visibles car ils font intervenir le comportement humain plutôt que l'électrotechnique, et dont l'efficacité est plus difficile à mesurer. L'absence générale de mesures rigoureuses de suivi et d'évaluation renforce l'image négative du rendement énergétique.
Le Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés
(GGFR) parrainé par la Banque encourage le dialogue
sur la combustion en torchère, mais il est encore
difficile d'évaluer son impact sur les activités
dans ce domaine. Les gaz associés
(un dérivé de la production pétrolière) sont souvent
rejetés dans l'atmosphère ou torchés, ajoutant plus
de 400 millions de tonnes équivalent dioxyde de
carbone dans l'atmosphère par an, soit environ 1 %
des émissions mondiales. Le GGFR est un partenariat
public-privé qui a réussi, avec ses faibles ressources,
à attirer l'attention sur la question, à promouvoir
le dialogue, à dégager un accord sur une norme volontaire
pour la réduction des gaz torchés et à financer
des études diagnostiques fort utiles. Mais seulement
quatre pays membres ont adopté la norme. Le GGFR
a mis l'accent sur les financements issus du marché
du carbone comme solution au problème de la combustion
en torchère, mais leur utilisation au niveau des
projets n'est pas un remède efficace contre les
problèmes stratégiques qui nécessitent une solution
plus radicale.