Fiches de résultats 13 février 2018

L’emploi, pilier du développement : miser sur des emplois durables pour transformer les économies et les sociétés

Malgré l’obstacle des normes culturelles et le manqué d'incitations pour les jeunes entrepreneurs, Zoubeira Mallaki a réussi à créer son propre atelier dans le sud de la Tunisie, pour concevoir et fabriquer des meubles qu'elle vend dans les villes et villages voisins. Un nouveau projet de 500 millions de dollars appuie des réformes clés en Tunisie, afin d’améliorer le climat des affaires, d’encourager l’esprit d’entreprendre, de renforcer la confiance des investisseurs et d’étendre l’accès au financement des entreprises, des jeunes et des femmes dans les régions les moins développées.

World Bank Group


Si la croissance économique peut transformer les sociétés, augmenter les revenus et favoriser l’épanouissement des populations, ce n’est pas une condition suffisante. Pour réduire la pauvreté et promouvoir une prospérité partagée, la croissance doit créer plus d’emplois de qualité pour tous, car il s’agit de la voie la plus sûre pour sortir de la pauvreté. Ces dernières années, la Banque mondiale a soutenu des plans d’action nationaux dans ce but, en aidant notamment les pays à former les demandeurs d’emplois, à financer des prêts pour les micro- et petites entreprises et à mobiliser des moyens financiers en appui au développement des emplois dans le secteur privé.

Défi

Les pays en développement sont confrontés à des problèmes d’emploi massifs. À l’échelle mondiale, plus de 200 millions d’individus — le plus souvent jeunes — sont sans emploi. Et plus de deux milliards d’adultes en âge de travailler, surtout des femmes, ne font pas partie de la population active. Pour garantir des débouchés professionnels pour tous et, en particulier, pour les groupes souvent défavorisés — les femmes, les jeunes et les plus démunis — il faut démanteler les obstacles à l’emploi. Un défi d’autant plus redoutable que les pays en développement vont devoir créer 600 millions d’emplois supplémentaires d’ici 2030 pour suivre le seul rythme de la croissance démographique. Sans compter que, s’ils veulent profiter du progrès technologique, les pays doivent aider leur population à acquérir les connaissances pratiques et théoriques indispensables pour réussir dans une économie moderne. Ils n’ont pas droit à l’erreur dans ces domaines critiques. Emplois de qualité riment avec possibilités de s’extraire de la pauvreté et, partant, renforcement de la stabilité économique et sociale qui bénéficie, en dernier ressort, à la croissance économique mondiale.

Démarche

La Banque mondiale a fait de l’emploi l’une de ses priorités. Améliorer l’accès aux financements, renforcer la formation aux compétences, soutenir un secteur privé dynamique et bâtir des infrastructures durables sont autant de facteurs qui contribuent à rapprocher les individus des emplois et, partant, à mettre fin à la pauvreté et à promouvoir la stabilité économique et sociale dans chaque pays et au-delà des frontières. Pour créer des emplois, la Banque mondiale mise sur la croissance tirée par le secteur privé et aide les pays à concevoir et mettre en œuvre des stratégies multisectorielles mais également à mobiliser une expertise internationale pour affronter leurs difficultés. La démarche de la Banque mondiale face au défi de l’emploi s’articule autour de trois grands axes :

Produire une base de connaissances. La Banque mondiale aide les pays à identifier les principaux défis du marché du travail national, à travers des diagnostics de l’emploi. En s’appuyant sur des données macroéconomiques et des données collectées auprès des ménages et des entreprises, elle permet aux gouvernements de se concentrer sur les fondamentaux, de s’intéresser aux secteurs et aux régions indispensables pour offrir des débouchés aux plus démunis et de constituer une base d’éléments probants en appui à des politiques de création d’emplois de meilleure qualité, plus inclusifs et adaptés au monde d’aujourd’hui et de demain.

Trouver des solutions. La Banque mondiale contribue à l’élaboration de stratégies pour l’emploi adaptées aux particularités de chaque pays. Les gouvernements doivent aider le secteur privé à créer plus d’emplois, investir dans les infrastructures, de transport et de communication notamment, et améliorer les liens avec le marché afin de rapprocher les individus des emplois disponibles. À ce titre, la Banque mondiale a soutenu plusieurs interventions majeures : politiques macro et réglementaires ; réglementations du travail et programmes actifs en appui au marché du travail ; et programmes ciblés de création d’emplois en fonction de besoins identifiés dans les secteurs et les régions.

Financer des programmes. Afin d’aider les pays à mettre en œuvre ces stratégies pour l’emploi, la Banque mondiale débloque des prêts à l’appui d’opérations et de réformes engagées à l’échelon national ou régional. Il peut s’agir de programmes pour la promotion de la création d’entreprise ou le rapprochement de petits producteurs informels des filières officielles, du développement de petites et moyennes entreprises et, plus généralement, d’investissements dans les infrastructures et les technologies de l’information et de la communication.


600 millions d’emplois

à créer dans les pays en développement d’ici 2030 pour suivre le rythme de la croissance démographique.


Résultats

Les projets soutenus par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) s’attèlent au défi de l’emploi sous de nombreux aspects. Voici une synthèse de résultats récents :

  • Dans de nombreux pays, les travailleurs ruraux sont de plus en plus attirés par des débouchés professionnels en ville. Pourtant, faute d’avoir un niveau d’instruction suffisant et de posséder les compétences requises, ils se retrouvent souvent à accomplir les emplois les plus mal payés et les moins gratifiants. Soutenir les ambitions des travailleurs dans les zones rurales et améliorer leur niveau de compétences les aide à accéder à davantage d’opportunités pour décrocher un emploi plus qualifié, à être plus adaptés aux attentes des employeurs face au marché actuel du travail et à obtenir une rémunération supérieure. Depuis 2009, un prêt de la BIRD de 50 millions de dollars en appui au Projet de développement des compétences des migrants ruraux (a) a aidé la Chine à former plus de 522 000 jeunes et à trouver du travail à plus de 4,2 millions de demandeurs d’emplois. Le projet a également financé des investissements dans les établissements d’enseignement et de formation professionnels en zones rurales, stimulant la collaboration avec des entreprises et aidant plus de 308 000 jeunes diplômés à trouver un emploi.
  • Toute période de ralentissement économique ou de crise touche les pauvres de manière disproportionnée, surtout s’ils perdent leur emploi et peinent à en retrouver un autre, même lorsque l’économie redémarre. Les pays peuvent atténuer ces effets avec des systèmes de protection sociale qui assurent un retour à l’emploi et à une activité rémunérée. Lorsque l’Argentine a été confrontée à une récession au début des années 2000 puis touchée par la crise financière mondiale, un prêt de la BIRD de 450 millions de dollars en appui au Projet de protection de base (a) est venu conforter le programme national de prestations chômage et de formation, ce qui a permis d’augmenter le nombre de ses bénéficiaires de 78 500 personnes en 2008 à plus de 106 000 en 2015 et de multiplier par deux, à plus de 15 000, le nombre de personnes formées par le programme ayant décroché un emploi formel entre 2008 et 2015.
  • La pénurie de main-d’œuvre qualifiée qui touche de nombreux secteurs, notamment les technologies de l’information, est l’un des grands défis à relever par plusieurs pays en développement. Les carrières de programmateur ou d’ingénieur ne sont pas forcément attractives et le secteur des TIC se heurte souvent à un décalage entre ses besoins et le profil des diplômés de l’université. Les progrès technologiques étant plus rapides que l’évolution de la formation, le développement des compétences reste problématique pour les programmes de préparation à ces filières. Pour aider le Mexique à opérer sa transition vers une économie du savoir, la BIRD lui a octroyé un prêt de 80 millions de dollars en appui au Projet de développement des technologies de l’information (a). Entre 2008 et 2015, plus de 102 000 stagiaires ont obtenu des certificats de niveau international ; environ 40 000 étudiants ont décroché un emploi dans le secteur des TIC après avoir suivi des programmes de formation ; et les personnes passées par la formation ont déclaré avoir obtenu ensuite des salaires supérieurs et des promotions.
  • Dans de nombreux pays à revenu intermédiaire, les micro et petites entreprises jouent un rôle clé dans la création d’emplois. Les aider à obtenir des financements et à emprunter peut permettre de développer leur activité et de créer de nouveaux emplois. En Égypte, les petites entreprises de création récente sont la principale source d’emplois : représentant plus de 98 % des entreprises, elles assurent plus de 85 % des emplois dans le secteur privé non agricole et 40 % de l’emploi total. En 2014, la BIRD a soutenu le Projet de promotion de l’innovation pour un accès universel aux services financiers (a), doté de 300 millions de dollars, afin d’aider les start-up et les microentreprises, notamment dirigées par des femmes et des jeunes, à accéder à des fonds de capital-risque. À ce jour, plus de 63 000 entreprises ont ainsi pu obtenir des prêts et, globalement, plus de 120 000 personnes ont bénéficié de ce projet, dont 44 000 femmes.
  • Conjuguées à des ambitions bien définies et une certaine dose de créativité, la conservation et la gestion du patrimoine culturel peuvent aider les communautés à développer une activité locale et créer des emplois, en particulier pour les jeunes et les femmes. Depuis 2003, la Banque mondiale intervient au Liban pour redonner vie aux villes historiques, à travers l’amélioration des infrastructures et des services et un soutien au développement du secteur privé. Le prêt de la BIRD de 31,5 millions de dollars en appui au Projet pour le patrimoine culturel et le développement des villes s’est révélé être un investissement judicieux. À Byblos par exemple, chaque dollar investi a permis de lever sept dollars supplémentaires auprès d’opérateurs privés, en faveur de petites et moyennes entreprises locales. Le nombre de personnes travaillant dans le tourisme et autour du patrimoine a plus que doublé, passant d’environ 600 à plus de 1 500 fin 2016.
  • En Afrique du Sud, des recherches récentes menées par le Laboratoire d’innovation pour l’égalité des sexes en Afrique, soutenu par la Banque mondiale, ont démontré l’efficacité d’interventions simples et peu coûteuses pour aider les demandeurs d’emploi à décrocher un poste. En collaboration avec des chercheurs du Middlebury College et des universités de Stellenbosch et du Cap, et le ministère sud-africain du Travail, le programme de recherche a prodigué des conseils comportementaux à des demandeurs d’emplois sur une période de huit mois entre 2015 et 2016. Résultat, par rapport à ceux qui n’ont pas suivi le programme, les bénéficiaires ont élaboré des stratégies de recherche d’emploi plus diversifiées, envoyé 15 % de dossiers de candidature en plus, reçu 24 % de réponses d’employeurs et 30 % d’offres d’emploi de plus, avec 26 % de chances supplémentaires d’être embauchés. Conjuguée à des politiques actives en faveur du marché du travail, cette recherche étayée par des éléments concrets pourrait améliorer l’efficacité des programmes.

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

La Banque mondiale a un portefeuille de 166 projets en cours axés sur l’emploi et financés par la BIRD, soit un investissement total de 20 milliards de dollars. Pour l’exercice 2018, elle a engagé 961,7 millions de dollars dans des projets liés à l’emploi et 33,4 millions pour des travaux d’analyse et de conseil en la matière.

Partenaires

La recherche de solutions durables au défi de l’emploi passe notamment par la collaboration avec des acteurs internationaux dans le monde entier. La Banque mondiale travaille en concertation étroite avec des partenaires clés pour mobiliser et coordonner des initiatives clairement axées sur des plans d’action en faveur de l’emploi. C’est le cas notamment avec l’Organisation internationale du travail, l’Institute of Labor Economics (IZA), le G20, le Groupe d’aide aux populations pauvres (CGAP), la Confédération syndicale internationale (CSI) ou encore le Network on Jobs and Development.

La Banque mondiale intervient également en partenariat avec :

  • le Fonds fiduciaire multidonateurs pour l’emploi (a), dont la mission est de contribuer à repousser les frontières du savoir international sur la création d’emplois ;
  • l’initiative Let’s Work, un partenariat international pour créer plus d’emplois de meilleure qualité ;
  • l’initiative Solutions for Youth Employment (S4YE) (a), une alliance constituée pour trouver des solutions multisectorielles au chômage des jeunes ;
  • le KNOMAD (a), un pôle mondial de connaissances et d’expertise politique sur les questions de migration et de développement ;
  • le Partnership for Economic Inclusion (a), une initiative pour aider les gouvernements à mettre en œuvre et à étendre des programmes de soutien aux personnes sortant d’une situation d’extrême pauvreté.

La Banque mondiale sert de secrétariat à chacun de ces partenariats, facilite la coordination et la production de connaissances, soutient le suivi et l’évaluation et l’obtention de résultats et prodigue conseils, aide et financements à ses partenaires.

Perspectives

À travers la conception et la mise en œuvre de stratégies intégrées pour l’emploi et le soutien qu’elle propose, la Banque mondiale continue d’apporter aux pays son expertise, ses moyens financiers et une aide au service de la création d’emplois de qualité, plus nombreux et plus inclusifs.

La création d’emplois de qualité pour tous peut également instiller le sentiment qu’il y a des chances à saisir et contrecarrer ainsi l’exclusion économique et sociale qui tend à frapper les groupes les plus marginalisés — les pauvres, les jeunes et les femmes. Lever les barrières et améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises privées sont deux facteurs critiques pour créer des emplois et promouvoir la stabilité dans les pays et les régions.

En Tunisie par exemple, la Banque mondiale soutient le gouvernement qui s’est engagé à renouveler le contrat social avec les citoyens. Au cœur de cette ambition, la question du chômage — des jeunes en particulier. Le Projet pour l’inclusion économique des jeunes en Tunisie, doté de 60 millions de dollars, relève d’une nouvelle approche inclusive du renforcement des opportunités économiques. Le soutien de la Banque mondiale permettra d’installer des conditions optimales pour aider les entreprises à augmenter leur productivité et à se développer, notamment dans les secteurs les plus porteurs en termes d’emploi et, parallèlement, d’offrir des services ciblés aux jeunes demandeurs d’emplois, femmes et hommes confondus, pour qu’ils puissent accéder à ou aller vers des emplois de meilleure qualité. Grâce à cette stratégie de développement du secteur privé privilégiant la création d’emplois, la Banque mondiale entend rapprocher plus efficacement les bénéficiaires du projet de postes nouvellement créés.