Fiches de résultats 04 janvier 2018

Croatie : réduire la pollution provoquée par les eaux résiduaires dans les zones côtières sensibles de la mer Adriatique

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Île de Korcula, dans la mer Adriatique (Croatie).


Les villes croates du littoral Adriatique sont une destination toujours plus prisée de l’industrie du tourisme, en plein essor et qui constitue l’un des piliers de l’économie du pays. Mais les rejets des eaux usées dans la mer, directement et sans traitement, menacent fortement l’équilibre écologique de ce milieu, sans parler des conséquences pour le développement économique axé sur le tourisme. Le deuxième Projet de lutte contre la pollution dans les villes côtières, lancé en 2009 et clôturé en 2015, a permis de mettre fin aux déversements d’eaux résiduaires non traitées, tester des solutions innovantes de traitement des eaux, renforcer les institutions et améliorer la surveillance de la qualité de l’eau de mer dans les zones côtières.

Défi

Le tourisme est l’un des piliers de l’économie croate, avec pratiquement 20 % du produit intérieur brut du pays en 2016. Mais des pratiques inadéquates de gestion et d’élimination des eaux usées dans les zones côtières constituaient une menace pour la qualité de l’eau dans la mer Adriatique, empêchant de fait un développement économique durable sur le littoral. Pour y remédier, il fallait réduire sensiblement le volume de la charge polluante des eaux résiduaires rejetées en mer. Seule la suppression des sources de pollution pouvait permettre d’améliorer la qualité des eaux, limiter l’eutrophisation (a) et réduire le risque de maladies hydriques.

Par ailleurs, les services de gestion des eaux usées appliquaient des normes très inférieures à celles fixées par les directives (a) de l’Union européenne (dont la Croatie est membre depuis 2013). En 2009, 44 % seulement des Croates avaient accès à un réseau adapté de collecte des eaux usées et les eaux résiduaires ne faisaient l’objet d’une forme de traitement que pour moins d’un quart de la population. L’absence de services efficaces et durables de gestion des effluents dans les villes côtières de Croatie était une menace pour la croissance inclusive et pérenne, la santé publique et la qualité de l’environnement.

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Des stations d’épuration, comme ici celle d’Opatija, ont été construites pour lutter contre la pollution des zones côtières de Croatie.

Démarche

Le gouvernement croate a sollicité l’aide de la Banque mondiale pour assurer une collecte plus durable des eaux résiduaires et améliorer les services de traitement et d’élimination dans les villes du littoral. Conçu en 2004, le Projet de lutte contre la pollution dans les villes côtières devait permettre aux villes participantes de disposer de services efficaces et durables de gestion des eaux résiduaires. Il prévoyait également d’introduire des solutions innovantes de traitement des eaux usées dans certaines communautés du littoral concernées.

Le projet a contribué à la construction de nouveaux réseaux de collecte et de traitement des eaux usées ainsi qu’au renforcement des capacités au sein du ministère de la Protection de l’environnement, de l’Agence nationale de l’eau (Hrvatske vode) et des compagnies des eaux municipales participantes dans le but de monter et gérer le projet mais aussi d’exploiter au mieux les nouvelles installations.

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Des stations d’épuration, comme ici celle d’Opatija, ont été construites pour lutter contre la pollution des zones côtières de Croatie.

Résultats

Le projet (2009-15) a permis d’améliorer l’alimentation en eau potable et l’assainissement dans 23 municipalités. Plus de 230 000 personnes ont bénéficié ainsi de services plus efficaces et plus durables :

  • réduction sensible de la charge polluante des eaux résiduaires déversées dans la mer le long du littoral croate ;
  • ouverture de 14 nouvelles stations d’épuration qui peuvent s’appuyer sur une connaissance plus approfondie des technologies alternatives de traitement des eaux usées pour éliminer les nutriments ;
  • construction de 162 kilomètres de réseaux de collecte ;
  • hausse de la part des ménages dans les villes participantes bénéficiant de services de collecte des eaux usées, de 29 % en 2009 à 72 % en 2016 ;
  • amélioration de la pérennité des programmes d’investissement dans les infrastructures grâce au renforcement des capacités du gouvernement croate à gérer les eaux résiduaires ;
  • construction de douze émissaires sous-marins ;
  • renforcement du rôle central de l’Agence nationale de l’eau comme organisme gestionnaire des services d’eaux usées dans le pays avec, à la clé, une amélioration de la planification et de la gestion des services d’eau et d’assainissement ;
  • constitution de cinq dossiers relatifs à des investissements pouvant être financés par les fonds structurels de l’UE, ce qui a permis de démultiplier l’impact financier et environnemental du projet ;
  • soutien aux ministères chargés de la protection de l’environnement et à l’Agence nationale de l’eau pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie de gestion de l’eau afin d’aligner le fonctionnement des opérateurs croates sur les directives européennes en matière de traitement de l’eau — Cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau et Traitement des eaux urbaines résiduaires (a).

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Depuis la construction du réseau d’assainissement, la qualité des eaux de baignade est devenue excellente, selon Alenka Turkovic, technologue à la station d’épuration d’Opatija chargée de contrôler le niveau de polluants dans la mer.

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

Le projet a été financé par un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) d’un montant de 87,50 millions de dollars. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) (a) a cofinancé le projet avec un financement de 6,4 millions de dollars afin d’aider à réduire le volume de nutriments rejetés dans les eaux le long du littoral croate et de tester des solutions innovantes de traitement des eaux résiduaires dans plusieurs petites municipalités. Ce financement additionnel a permis de préparer les dossiers pour l’obtention de fonds structurels de l’UE, bien plus conséquents, et d’éliminer ainsi de grandes quantités de nutriments en aval. Ce projet est le deuxième organisé au titre d’un prêt-programme évolutif en deux phases conçu pour aider la Croatie à atteindre les normes environnementales applicables en termes de qualité des eaux côtières.

Partenaires

L’Agence nationale de l’eau (HV), principal acteur institutionnel pour la fourniture et la gestion des services d’eaux usées en Croatie, a servi de centre névralgique pour la préparation et la mise en œuvre du projet, tandis que le ministère de la Protection de l’environnement était responsable du volet consacré à la surveillance de la qualité des eaux marines.

Perspectives

Bien conscient du rôle stratégique des villes côtières dans l’industrie touristique du pays, le gouvernement croate reste déterminé à assurer un traitement durable et fiable des eaux résiduaires. La pérennité des résultats en termes de développement est par ailleurs garantie par le désir et l’obligation de respecter les directives de l’UE sur la collecte et le traitement des eaux usées dans la mer Adriatique. L’Agence nationale de l’eau utilise toujours le système de surveillance et d’étalonnage mis au point dans le cadre du projet pour améliorer la qualité et l’efficacité des services d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement dans tout le pays. Cela témoigne de la forte appropriation du projet par l’organisme d’exécution, garante, sur le long terme, du renforcement des capacités institutionnelles dans ce secteur.

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Des méthodes de pointe sont appliquées dans certaines zones côtières, comme à Zadar, où des cultures d’organismes biologiques microscopiques aident notamment Branka Viduka, technologue à la station d’épuration locale, à assurer le processus de nettoyage..

Bénéficiaires

« Les bâtiments construits sur le littoral mais non raccordés au réseau et qui déversaient directement leurs eaux usées dans la mer constituaient l’un des plus gros problèmes. Avec la construction de la station d’épuration, ces émissaires sauvages ont disparu et désormais, les gens peuvent se baigner dans une eau parfaitement propre. »

- Alenka Turkovic, technologue à la station d’épuration d’Opatija

« La mer n’était vraiment pas belle à voir. Il n’était plus question de pêcher ni de se baigner. Il y avait plus de 100 canalisations tout autour de la ville. »

- Grga Peronja, qui dirige l’entreprise de gestion des eaux usées à Zadar, une ville côtière

« Ils survivent en se nourrissant des rejets dans l’eau. Nous n’utilisons que des microorganismes biologiques pour nettoyer l’eau, rien d’autre. C’est un processus totalement écologique. Finis les objets qui flottaient un peu partout et les mauvaises odeurs. »

- Branka Viduka, technologue à la nouvelle station d’épuration de Zadar.

 


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230 000 personnes

ont bénéficié de services d’eau plus efficaces et plus durables.