Fiches de résultats 28 juillet 2017

Burkina Faso : Assurer un accès équitable et durable à l’eau potable et aux services d’assainissement en milieu urbain

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Photo: World Bank


Depuis plus de 15 ans, la Banque mondiale accompagne le Burkina Faso dans ses efforts pour améliorer l’accès à des services d’eau et d’assainissement pérennes en milieux urbains et ruraux. Grâce aux ressources de l’IDA, la Banque a financé trois opérations d’envergure, notamment le Projet sectoriel eau en milieu urbain (PSEU : 2009-2018). Aujourd’hui, plus de 1,7 million de personnes ont accès à de meilleurs services d’eau et d’assainissement ; l’équilibre financier de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) a été restauré et est maintenu ; et le modèle innovant de gestion déléguée, qui met les opérateurs du secteur privé au service des personnes pauvres dans les zones périurbaines et rurales, est en en train d’être transposé sur une plus grande échelle.

L’enjeu

La population actuelle du Burkina Faso est de 18,5 millions d’habitants et l’urbanisation de plus en plus rapide du pays augmente les pressions sur les maigres ressources en eau et le peu d’infrastructures existantes. Avec un taux de croissance annuel de 5,2 %, 40 % de la population vivra dans les centres urbains d’ici 2030, surtout dans des habitats informels.

Le pays ne compte qu’un seul cours d’eau permanent, les ressources en eau sont limitées et le coût de leur distribution est élevé. Jusqu’en 2007, la capitale, Ouagadougou, était principalement alimentée par les eaux provenant du barrage très pollué de Loumbila (à 20 kilomètres au nord de la ville) et des puits construits tout autour de la ville. Les pénuries d’eau étaient fréquentes.

Certes, 72,4 % des habitants du pays (zones urbaines et rurales confondues) ont globalement accès à des sources d’eau améliorées, mais en 2016 des disparités étaient encore observées en la matière entre les zones urbaines (92 %) et les zones rurales (65,3 %). Avec un taux national global de 19,8 %, l’accès à des installations sanitaires satisfaisantes reste faible aussi bien en zone urbaine que rurale (36,1 % et 13,7 % respectivement).

La démarche

S’appuyant sur une succession de stratégies d’aide-pays et, plus récemment, sur la Stratégie de partenariat-pays 2013-2016, la Banque a accompagné le Burkina Faso dans sa Stratégie de réduction de la pauvreté (2000-2010), la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (2011-2015) et le Plan national de développement économique et social (2016-2020), qui englobe les plans d’investissements pour les objectifs de développement durable  (ODD) (2016–2030).

Au cours des 20 dernières années, la Banque a été le principal partenaire du Burkina Faso dans le développement du secteur de l’eau et de l’assainissement grâce aux crédits de l’Association internationale de développement (IDA) et aux connaissances qu’elle lui a apportées. Un montant de 266 millions de dollars a été mobilisé pour les opérations et l’assistance technique de la Banque au titre de projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement en zones urbaines et rurales.

Les résultats

Le Burkina Faso a obtenu des résultats remarquables dans le secteur de l’eau et de l’assainissement grâce au concours de la Banque mondiale.

Le Projet sectoriel eau en milieu urbain (PSEU : 2009–2018) en cours d’exécution porte déjà des fruits. En décembre 2016, environ 610 000 personnes avaient accès à l’eau courante grâce aux branchements domestiques et aux bornes-fontaines ; près de 440 000 personnes avaient désormais accès à de meilleurs services d’assainissement et quelque 120 000 élèves profitaient de meilleures installations sanitaires à l’école, ce qui avait une incidence positive sur leur santé et leur taux de présence à l’école.

L’équilibre financier du secteur est maintenu grâce à un solde positif net de 6 millions de dollars. La gestion opérationnelle du secteur s’est considérablement améliorée et l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), entité parapublique, se classe aujourd’hui parmi les meilleurs dans son domaine en Afrique subsaharienne avec une productivité de 2,9 agents pour 1 000 branchements et un taux de recouvrement des factures de 97,7 %.

Avant le PSEU, la mise en œuvre du Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Ouagadougou à partir du barrage de Ziga (2001-2017, financé par 12 bailleurs, dont l’IDA) a globalement produit les résultats suivants :

  1. À Ouagadougou, l’accès à l’eau potable s’est sensiblement amélioré, de 54 % en 2001 à 90 % en 2016 (63 % de personnes étant desservies par des branchements domestiques et 27 % par des bornes-fontaines) ; ii) les frais de raccordement ont considérablement baissé, de 250 dollars à 50 dollars par branchement, outre l’application d’un tarif social forfaitaire sur les premiers 8 m3 d’eau consommés dans le mois ; iii) le rééquilibrage financier du secteur urbain depuis 2006 et iv) la mise en service de 160 200 nouveaux branchements domestiques sociaux (108 000 lors de la phase 1 du projet de Ziga), notamment en milieu périurbain, et l’installation de 711 bornes-fontaines (551).
  2. La Banque a en outre alloué un montant de 1 million de dollars sous forme d’assistance technique pour encourager la participation des opérateurs privés nationaux dans l’approvisionnement des zones périurbaines et engager des réformes stratégiques dans le secteur de l’eau en milieu rural.

Grâce au projet pilote de gestion déléguée de l’approvisionnement en eau des quartiers périurbains à Ouagadougou, 107 000 personnes parmi les déshérités vivant en milieu urbain dans des quartiers non structurés ont pu bénéficier d’un accès durable à de meilleurs services. Le projet a permis de réduire leurs dépenses mensuelles de 4 dollars à 2,8 dollars (pour recueillir de l’eau au niveau des bornes-fontaines) et à 3,5 dollars pour les branchements domestiques.

Pas moins de 110 emplois directs ont été créés et les cinq opérateurs privés retenus ont vu leurs bénéfices nets combinés augmenter d’environ 70 000 dollars en 2010 à 250 000 dollars en 2014.

Dans le cadre du Projet de développement des communautés rurales (CBRD, 2001–2013), près de 1,4 million de personnes vivant en milieu rural ont pu avoir accès à l’eau potable, ce qui a amélioré la santé de ces populations et réduit le temps consacré (surtout par les femmes) à puiser de l’eau.

La contribution du Groupe de la Banque mondiale

En décembre 2016, les engagements au titre des opérations et de l’assistance technique de la Banque dans le secteur de l’eau et de l’assainissement en milieu urbain s’élevaient au total à près de 266 millions de dollars en financements de l’IDA et du fonds fiduciaire répartis ainsi qu’il suit : 70 millions de dollars dans le cadre du projet d’alimentation en eau de la ville de Ouagadougou à partir du barrage de Ziga ; 160 millions de dollars pour le PSEU ; 35 millions de dollars pour le CBRD et 1 million de dollars pour l’assistance technique en vue des réformes sectorielles dans le cadre du Programme eau et assainissement.

De plus, la Banque apporte son appui depuis plus de dix ans au développement du secteur par le biais du Programme eau et assainissement. Elle a accompagné avec succès le Burkina Faso dans l’élaboration et la mise en œuvre du plan d’action et de la stratégie du secteur de l’eau et de l’assainissement dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement, en étroite collaboration avec les principales agences concernées, les partenaires de développement et d’autres intervenants.

Pour aider le Burkina Faso à combler les carences dans la gestion de son patrimoine hydraulique, la Banque a mené les actions suivantes dans le cadre d’un dialogue sectoriel : i) faciliter des visites d’étude dans les pays voulus ; ii) convaincre les pouvoirs publics et les acteurs du secteur d’intégrer systématiquement les groupes des personnes pauvres et des personnes vulnérables dans les documents de politique et de stratégie sectorielles ainsi que dans les programmes d’investissement relatifs aux ODD (2016-2030) ; iii) entreprendre une étude sur des tarifs de l’eau favorables aux pauvres en milieu rural dans le cadre d’une stratégie sectorielle de partenariat public privé validée par les acteurs nationaux en 2015 ; et iv) aider l’ONEA à exécuter un projet pilote dans cinq quartiers périurbains de Ouagadougou, dans lesquels la gestion déléguée des systèmes d’approvisionnement en eau est assurée par de petits entrepreneurs privés (en partenariat avec l’Agence française de développement).

Les partenaires

Le succès de la réforme du secteur de l’eau en milieu urbain au Burkina Faso résulte en grande partie des effets conjugués de la ferme volonté politique des autorités, de la mise en place d’un cadre de gouvernance approprié, de la gestion efficace de l’ONEA par les pouvoirs publics, du recours innovant au secteur privé et du solide appui financier des bailleurs de fonds.

En sa qualité de principal partenaire, la Banque mondiale a aidé à mobiliser d’importantes ressources auprès des bailleurs de fonds et d’organismes bilatéraux, notamment la Banque africaine de développement, la Banque ouest-africaine de développement, l’Union européenne, l’Agence française de développement, la Banque européenne d’investissement, la Coopération financière allemande, la Belgique, la Banque islamique de développement, la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique, le Japon, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Fonds nordique pour le développement, le Fonds saoudien pour le développement, le Fonds koweïtien et le Fonds de l’OPEP, la Suède, l’Espagne, le Danemark, le Fonds d’urgence international des Nations Unies pour les enfants, l’Agence des États-Unis pour le développement international, l’Union économique et monétaire ouest-africaine et les partenaires de coopération décentralisée (coopération nord-sud entre collectivités locales).

La Banque aidera le Burkina Faso à relever les défis persistants et consolidera sa position de partenaire privilégié dans le renforcement du secteur de l’eau et de l’assainissement.

Les perspectives

En dépit des efforts faits par les autorités du Burkina Faso tout au long de ces 15 dernières années, les personnes pauvres ont toujours du mal à bénéficier de meilleurs services d’eau et d’assainissement, surtout dans les habitats périurbains et les zones rurales.

Depuis la décentralisation de 2009, les municipalités rurales sont chargées de la gestion de l’eau et de l’assainissement. L’ONEA reste le principal fournisseur dans les zones urbaines, c’est-à-dire dans 54 municipalités (notamment celle de Ouagadougou). La décentralisation n’a toutefois pas été totale, les administrations centrale et locales devant améliorer leur capacité de prestation des services avant d’entreprendre la fourniture de services publics tels que l’eau et l’assainissement. À ce jour, bon nombre des missions dévolues aux municipalités sont encore assurées par les agences nationales.

Le plan national ou la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté adoptée par l’État en 2000 visait à réduire les inégalités en faisant de l’équité une priorité. Il apparaît pourtant que les inégalités géographiques (dues soit aux mauvaises conditions hydrogéologiques, soit à la faiblesse des investissements, soit aux deux) sont consubstantielles aux inégalités économiques et ce sont les segments les plus pauvres de la population qui en pâtissent. En ce qui concerne l’approvisionnement en eau, l’objectif spécifique est d’en généraliser l’accès d’ici 2030 en adoptant une stratégie qui tient compte des personnes pauvres et des personnes vulnérables. Le succès de la mise en œuvre de cette stratégie passe par un engagement ferme des acteurs clés et par une bonne dose d’innovation dans les mécanismes de financement, les solutions technologiques et les stratégies favorables aux pauvres et aux vulnérables ainsi que par de nouveaux outils d’information et d’éducation.

La Banque mondiale a achevé il y a peu le Diagnostic systématique du Burkina Faso qui servira à l’élaboration du prochain Cadre de partenariat-pays (2017–2020). La Banque continuera d’accompagner le Burkina Faso en renforçant la réforme sectorielle, en développant la capacité de prestation des services des autorités urbaines et rurales, en aidant à combler les écarts entre milieux urbains et ruraux, surtout en matière d’assainissement, et en renforçant les capacités de gestion intégrée des ressources en eau.

Les bénéficiaires

Depuis 40 ans, Rasmané Compaoré habite la même maison en briques de terre dans l’un des quartiers non structurés que l’on trouve dans la périphérie de Ouagadougou, la capitale très animée et au climat aride du Burkina Faso. Mais sa cour poussiéreuse ne sera plus jamais la même. Dans un coin non loin de la cuisine, on peut voir briller un robinet en laiton coiffant un tuyau en aluminium. À 82 ans, Compaoré habite pour la première fois de sa vie une maison ayant l’eau courante.

Il fait partie des 50 000 personnes qui se sont jetées à l’eau et ont accepté de prendre un branchement domestique. De l’autre côté du petit mur d’enceinte, des sous-traitants de l’ONEA travaillent sous un soleil de plomb et comblent la tranchée creusée pour raccorder Compaoré au principal réseau d’alimentation de Ouagadougou. C’est là le résultat d’un plan national ambitieux, principalement financé par la Banque mondiale, qui vise à accroître l’accès à une eau potable sûre à Ouagadougou grâce à l’extension du réseau de distribution, et à améliorer la gestion du secteur de l’eau en milieu urbain.

Jusqu’alors, Compaoré devait débourser chaque jour 200 francs CFA (0,4 dollar) pour recueillir de l’eau dans un vieux bidon de 200 litres que l’un de ses quatre enfants devait pousser jusqu’à la fontaine communale la plus proche, à 1 kilomètre. Une tâche ingrate pour un besoin essentiel.

« Il arrivait que mes enfants attendent en vain toute la journée pour avoir de l’eau, en rang dans des files de plusieurs centaines de personnes parfois », a-t-il déclaré. « Au plus fort de la sécheresse, impossible d’avoir de l’eau. Ils revenaient et devaient repartir le lendemain matin ».