À Madagascar, les programmes de protection sociale permettent de promouvoir la nutrition, le développement de la petite enfance et l’appui aux activités productives des populations pauvres

19 septembre 2016


World Bank Group

Le Gouvernement malgache, avec l’appui du fonds de la Banque mondiale pour les plus pauvres (IDA), effectue des transferts monétaires réguliers au profit de plus de 80 000 ménages pauvres, tout en promouvant la nutrition, le développement de la petite enfance, l’assiduité scolaire des élèves et les activités productives des familles. Plus de 75 % des bénéficiaires de ces allocations sont des femmes. Les premiers rapports font état d’une amélioration de la fréquentation scolaire qui est passée à 97 %.

Les défis

Confrontée aux effets de la crise politique et du fléchissement de la gouvernance, à l’instabilité agroclimatiques et à la montée de la crise alimentaire, la population malgache sombre toujours davantage dans la pauvreté et a de plus en plus de mal à faire face aux chocs exogènes et à la vie quotidienne. Du fait de la stagnation de son économie durant les 30 dernières années, Madagascar est devenu l'un des pays les plus pauvres du monde, avec près de 80 % de la population (quasiment 19 millions d'habitants) vivant avec moins de 1,90 dollar par jour et, selon les estimations, un taux d'extrême pauvreté de 70 %.

La sécurité alimentaire et la nutrition sont une source de préoccupation majeure, car la moitié des enfants de moins de cinq ans présente des retards de croissance. Les chocs climatiques répétés, dont le dernier dû au phénomène El Niño, ont provoqué de graves sécheresses dans le sud du pays, tandis que le nord souffre d'inondations, majorant ainsi les risques auxquels la population est confrontée.

Conjugués à une forte malnutrition et à une faible fréquentation scolaire, ces facteurs génèrent les conditions propices à une transmission intergénérationnelle de la pauvreté.

Approche

Le Gouvernement malgache, avec l'appui du fonds de la Banque mondiale pour les plus pauvres (IDA), a mis au point deux programmes de protection sociale : 

  • Le programme de transferts monétaires conditionnels pour le développement humain, qui s'adresse à 40 000 ménages comptant des enfants de moins de 12 ans et qui est rattaché à la fréquentation de l'école primaire, à la promotion du développement de la petite enfance et à la nutrition des jeunes enfants, notamment au moyen d'une approche axée sur les comportements ; et,
  • Le programme Argent contre travail productif fournit une source de revenus réguliers aux 32 000 ménages participants (dont 50% dirigés par des femmes) au moyen d'allocations versées en contrepartie d'activités productives destinées à mettre les communautés à l’abri des chocs climatiques, par exemple par l’aménagement de terrasses, l'amélioration biologique des sols et les mesures de lutte contre l'érosion, telles que le reboisement et/ou la conservation des ressources en eau.

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Le régime de transferts monétaires conditionnels permet aux bénéficiaires malgaches de recevoir une aide régulière en espèces.

Mohamad Al-Arief/ World Bank

Les programmes de protection sociale comprennent plusieurs innovations importantes :

  • Dans le cadre du programme de transferts monétaires pour le développement humain, des femmes bénéficiaires sont élues en tant que « mères-leaders » et suivent à ce titre une formation de formateurs sur des sujets tels que la direction, l'engagement citoyen, la stimulation du jeune enfant, la nutrition, le planisme familial et les pratiques de santé, afin de pouvoir répercuter ces formations sur d'autres bénéficiaires lors de réunions régulières qui ont aussi une vocation culturelle (chants, danses, contes, etc.) ;
  • Le soutien de l'affirmation de soi et de la planification financière par des interventions à visée comportementale organisées au profit des femmes. Fondées sur la collaboration, ces animations ludiques ont lieu tous les deux mois, juste avant que les mères reçoivent leurs allocations. Elles ont pour objectif de focaliser l'attention des bénéficiaires sur le bien-être à long terme de leurs familles, en faisant un lien direct entre les enseignements reçus en formation et la manière dont elles dépenseront leurs allocations.
  • Une action comportementale est aussi menée dans le cadre du programme Argent contre travail productif où les bénéficiaires sont incités, le jour du versement des allocations, à réfléchir à leur épargne et à leurs investissements futurs. On leur conseille aussi de prendre le temps de bien planifier leur projet productif en envisageant le développement futur de leurs affaires.
  • Des évaluations d'impact rigoureuses accompagnent les programmes de protection sociale pour mesurer les effets des transferts monétaires et des interventions à visée comportementale, l'objectif étant de réunir des éléments pour l'élaboration des futures politiques de protection sociale de Madagascar. 

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Le programme de transferts monétaires conditionnels garantit la fréquentation scolaire des enfants de ménages pauvres et vulnérables.

Mohamad Al-Arief / World Bank

Résultats

Les programmes de protection sociale couvrent 500 000 personnes vivant dans une extrême pauvreté, principalement des femmes et des enfants.

  • Au moins 75 % des allocations sont directement versés à des femmes.
  • L'assiduité scolaire des enfants de familles bénéficiaires a atteint 97 %.
  • La consommation alimentaire et la diversité des aliments sont en voie d'amélioration, surtout chez les jeunes enfants
  • 32 000 ménages participent régulièrement aux activités du programme Argent contre travail productif
  • 2 000 groupes ont été créés grâce aux mères-leaders élues
  • Conception et mise en œuvre de deux évaluations d'impact sur la base d'essais contrôlés randomisés pour chacun des deux programmes de protection sociale
  • Constitution d'un registre national des bénéficiaires nets de l'aide sociale 

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Georgette et d'autres femmes de son village tiennent des réunions régulières afin d’apprendre les pratiques optimales pour favoriser la santé, l'éducation et la nutrition de leurs enfants.

Mohamad Al Arief/ World Bank

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

Le Projet de filets de sécurité sociale à Madagascar finance la mise en œuvre et le développement des programmes de protection sociale mentionnés ci-dessus ainsi qu'un fonds d'intervention en cas de catastrophe au moyen d'un crédit de 40 millions de dollars du fonds de la Banque mondiale pour les plus pauvres (IDA).

 En outre, une somme de 450 000 dollars est apportée au titre du Programme d'intervention rapide dans le secteur social , permettant à la Banque mondiale d’aider le Gouvernement malgache à resserrer les liens entre son action de promotion de la nutrition et ses programmes de protection sociale au moyen d'interventions comportementales, d'actions de formation et d'activités complémentaires à l'action sociale. 

Partenaires

Les programmes sont mis en œuvre par le Fonds d'intervention pour le développement (FID) et le Ministère de la population, de la protection sociale et de la promotion de la femme, ce dernier étant chargé de la coordination globale, du suivi et de l'évaluation de la politique nationale de protection sociale. La collaboration avec le Ministère de l'éducation, le Ministère de l'agriculture et le Bureau national de la nutrition est un élément majeur de la mise en œuvre des programmes.

Afin de majorer les retombées des transferts monétaires, l'équipe de la Banque mondiale collabore avec une équipe de spécialistes de l'économie comportementale qui conseillent les organismes d’exécution en vue de la conception des « coups de pouce » comportementaux — de subtiles incitations favorisant l'élaboration de plans et la psychologie positive — utilisés dans le programme de transferts monétaires pour le développement humain, l'idée étant de rattacher ces transferts à la promotion de l'affirmation de soi et des capacités d'action des bénéficiaires.

Enfin, l'UNICEF apporte également son concours au programme de transferts monétaires pour le développement humain au moyen de financements complémentaires destinés à étendre ces transferts aux élèves du premier cycle du secondaire.

Perspectives

Le Gouvernement malgache a sollicité des financements complémentaires en vue de transferts monétaires rapides visant à favoriser le redressement après la récente sécheresse qui a frappé le sud du pays du fait du phénomène El Niño. Les transferts réguliers aux bénéficiaires seront complétés par l'apport de services nutritionnels et par des dons visant à restaurer les moyens de subsistance et à fournir quelque argent aux populations touchées.

Le Gouvernement malgache demande également aux partenaires du développement d'accroître leur participation à ses programmes de protection sociale, ou d'envisager de le faire, par des activités complémentaires destinées à investir dans le capital humain des ultra-pauvres. Exploiter l'articulation entre agriculture, nutrition et protection sociale et comprendre l'importance de l'investissement dans le développement de la petite enfance seront des axes d'intervention clés lors des prochaines phases de la stratégie multisectorielle de lutte contre la pauvreté. 

Dernière mise à jour: sept. 19, 2016