La viabilité de l’énergie solaire thermique démontrée au Maroc

15 avril 2014

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Parc de la centrale solaire à cycle combiné intégré à Aï Béni Mathar 


S’appuyant sur un partenariat multilatéral, le Maroc a mis en service une centrale unique en son genre dans le monde : développée sous l’égide du Projet de centrale solaire à cycle combiné intégré, Aïn Béni Mathar est une centrale de 472 mégawatts (MW) qui intègre une composante solaire de 20 MW, produits par des miroirs cylindro-paraboliques. Ce projet a contribué à une connaissance globale des technologies solaires thermiques à concentration (CSP), l’objectif étant de réduire les coûts pour permettre une exploitation commerciale et compétitive de cette énergie grâce à des économies d’échelle et à l’innovation. Financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le projet entendait démontrer la viabilité de cette technologie dans le cadre d’initiatives similaires en Égypte, au Mexique et en Inde.

La demande marocaine en électricité a crû rapidement, à un rythme annuel de 8 %, sous l’effet d’une croissance économique soutenue et d’une volonté politique d’élargir l’accès à l’électricité. En dépit d’une meilleure économie d’électricité et d’une maîtrise de la demande, la consommation ne devrait pas fléchir dans un avenir proche. Le pays est en outre largement tributaire des importations en combustibles fossiles pour sa production d’énergie, en raison d’un manque de ressources propres. La facture énergétique globale du Maroc est passée de 3 milliards de dollars en 2004 à 4,2 milliards en 2005, du fait d’une hausse des prix du pétrole et du charbon. Pour diminuer cette dépendance, le gouvernement s’est employé à diversifier son bouquet énergétique par un recours plus large au gaz naturel et aux énergies renouvelables. Même si la mise en service de la première centrale à cycle combiné fonctionnant au gaz remontait à 2005 et que quelques projets éoliens et hydroélectriques avaient été lancés, le pays ne possédait aucune connaissance dans l’application de la technologie solaire à l’échelle industrielle.

Solution

Le FEM a fait du thermosolaire l’une de ses priorités, en raison du potentiel considérable de réduction des coûts offert par cette technologie. Le FEM et la Banque mondiale ont élaboré un portefeuille de projets à vocation démonstrative afin de faciliter la commercialisation du thermosolaire, sous l’égide d’un programme opérationnel du FEM consacré à la réduction des coûts à long terme des technologies sobres en émissions de gaz à effet de serre. Il s’agissait de parvenir à une connaissance globale de ces technologies, dans l’optique de réduire les coûts à un niveau compétitif par le biais d’économies d’échelle et de l’innovation. Le gouvernement marocain a saisi l’occasion offerte par le programme d’aide du FEM de couvrir le coût différentiel d’une technologie thermosolaire onéreuse en vue de permettre l’accès aux ressources solaires encore inexploitées dans le pays. La Banque mondiale a accordé un soutien sans réserve à l’objectif stratégique du FEM de réduire à long terme les coûts des technologies énergétiques sobres en carbone.

Résultats

Première mondiale, le projet a pu démontrer qu’une technologie nouvelle sans émission de carbone au Maroc couplée à une centrale au gaz à cycle combiné pouvait satisfaire, à moindre coût, une demande intérieure en essor rapide.

Sur le plan de l’environnemental, la centrale d’Aïn Béni Mathar a permis la réduction de 22 988 tonnes de CO2 en 2012, un volume de 5,4 % inférieur à l’objectif visé[1].

Sur le plan de la production, la centrale solaire à cycle combiné intégré a fourni 3 370 gigawattheures (GWh) sur l’année 2012, soit 11 % de la production totale d’électricité du pays. La centrale d’Aïn Béni Mathar a produit 39 GWh* d’électricité produite par l’énergie solaire, soit 2,5 % seulement de moins que l’objectif visé. La production d’énergie d’origine solaire en pourcentage du total de l’électricité produite par la centrale thermosolaire à cycle combiné intégré a été de 1,2 % en 2012, un résultat conforme à l’objectif visé.

Sur le plan de la diffusion du savoir, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a atteint l’ensemble des cibles prévues entre octobre 2010 et décembre 2012. En témoignent :

  • la formation de 20 agents de l’ONEE à la technologie solaire à cycle combiné ;
  • la visite de plus de 440 citoyens sur le site d’Aïn Béni Mathar ;
  • la présentation du projet dans plus de 91 ateliers et conférences ;
  • la mise en ligne sur le site de l’ONEE d’informations techniques sur le projet à destination du public.

 Sur le plan du développement social, le projet a eu un effet positif sur les communautés voisines et l’économie locale, principalement lors de la construction. Ces retombées peuvent être résumées ainsi :

  • Création de 740 emplois directs lors de la phase de construction (240 ouvriers non qualifiés de la ville voisine d’Aïn Béni Mathar et près de 500 ouvriers qualifiés d’autres régions du Maroc) et de 50 emplois après la mise en service (octobre 2010) pour l’exploitation et la maintenance.

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

La Banque mondiale a fourni une assistance technique et assuré la gestion de l’ensemble du projet. Le coût global du projet s’est élevé à 544 millions de dollars, dont 43,2 millions de dollars octroyés par un financement du FEM, deux prêts de la Banque africaine de développement (BAD) pour un montant total de 371,8 millions de dollars et un prêt de 129 millions de dollars de l’Instituto de Crédito Oficial espagnol (ICO).

Partenaires

Le projet a nécessité une coordination étroite entre la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), le FEM, la BAD et l’ONEE, pour le cofinancement d’un seul contrat concernant la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance de la centrale solaire à cycle combiné intégré d’une capacité de 472 MW. Les fonds du FEM, mobilisés par la Banque mondiale en 2007 et d’un montant à hauteur de 43,2 millions de dollars, ont couvert le coût différentiel du parc solaire. La BAD a été le principal cobailleur de fonds avec un prêt de 136,45 millions d’euros octroyé en 2005 et un second de 151,14 millions d’euros en 2008, soit 287,8 millions d’euros au total. En 2009, l’ONEE a également obtenu un prêt de 100 millions d’euros de l’ICO, banque publique de financement espagnole.

Perspectives

Depuis la clôture du projet en décembre 2012, le Groupe de la Banque mondiale continue de soutenir les initiatives marocaines de promotion de l’énergie solaire afin qu’elle occupe une part centrale dans l’approvisionnement en électricité du pays, tout en contribuant à une économie sobre en carbone au plan mondial. La Banque soutient actuellement la nouvelle Agence marocaine pour l’énergie solaire (MASEN), afin de développer un complexe solaire de 500 MW près de la ville de Ouarzazate, située au centre du Maroc (mise en service de la première phase de 160 MW prévue en 2015). La Banque mondiale facilitera également en juin 2014 un partage des connaissances Sud-Sud, entre le Mexique et le Maroc, ce qui permettra aux responsables mexicains d’un projet similaire financé par le FEM dans la ville d’Agua Prieta (la centrale est aujourd’hui au stade de la construction) de visiter la centrale d’Aïn Béni Mathar et de tirer les enseignements d’une expérience réussie au Maroc.

Bénéficiaires

Le projet a eu un effet très positif sur le développement social des communautés voisines et sur l’économie locale. Il a : i) fourni un approvisionnement en électricité aux riverains de la centrale ; ii) stimulé l’économie locale ; iii) amélioré les conditions de vie des habitants ; iv) désenclavé plusieurs hameaux qui n’étaient desservis par aucune route et ; v) créé des emplois. La ville d’Aïn Béni Mathar, proche du site du projet, a par ailleurs bénéficié de rentrées fiscales, découlant des licences d’exploitation octroyées par la municipalité à l’ONEE.

[1] Cette valeur correspond à la réduction des émissions de CO2 (exprimée en tonnes) en 2012, soit 0,59 (coefficient d’émissions)

* 38 963 MWhe (production d’énergie d’origine solaire). Un chiffre légèrement inférieur à l’objectif fixé en raison d’une production énergétique solaire inférieure aux valeurs projetées découlant d’un ensoleillement direct normal 12 % moindre que prévu initialement.