Indonésie : Un programme national de développement communautaire pour s’occuper de ceux que l’on ne voit pas

03 avril 2013


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Les formations offertes aux femmes les plus démunies les aident à devenir plus autonomes, à se soutenir mutuellement et devenir une voix dans leur communauté.

Nugroho Sunjoyo / Banque mondiale

À travers son Programme national pour l'autonomisation des communautés/Peduli, le gouvernement indonésien s’efforce de redonner une certaine autonomie aux groupes marginalisés et de leur permettre de mener ainsi une vie plus décente et de meilleure qualité. Mis en œuvre grâce à un fonds de soutien spécifique, ce programme cherche à renforcer les capacités des organisations de la société civile (OSC) indonésiennes qui œuvrent auprès des groupes marginalisés pour leur offrir un environnement socioéconomique de meilleure qualité. Pour sa première année d’activité, il a touché plus de 12 000 marginaux, qui ont acquis de nouvelles compétences, pu accéder aux informations et aux services, reprendre confiance en eux et participer à nouveau à la vie collective.

Défi

Le plan de développement national dont s’est doté le gouvernement indonésien se fixe comme priorité d’instaurer une croissance sans exclus et de fonder le développement économique et social sur l’épanouissement de tous les citoyens. Dans le même temps cependant, le gouvernement reconnaît que les groupes marginalisés, qui représentent un atout sous-utilisé pour le pays, bénéficient souvent moins que les autres des programmes de réduction de la pauvreté et des services publics.

Le Programme national pour l'autonomisation des communautés/Peduli entend « libérer » ce potentiel en renforçant l’autonomie de ces groupes de population marginalisés et en leur donnant les moyens d’améliorer leur environnement socioéconomique. Les OSC indonésiennes sont particulièrement bien placées pour atteindre ces groupes, sur le terrain. Malgré cet avantage comparé, la plupart d’entre elles manquent de capacités pour assurer un accompagnement et une formation de qualité, d’autant qu’elles opèrent souvent avec des budgets très limités. En outre, la lutte contre l’exclusion sociale ne se limite pas à améliorer le niveau de vie des individus : il faut les intégrer pleinement dans la société, en les incitant à jouer leur rôle de citoyens, en faisant tomber les barrières sociales, en luttant contre les discriminations et en changeant les mentalités.



Solution

Le programme a été conçu pour augmenter l’autonomie des personnes marginalisées et leur permettre de mener ainsi une vie plus décente et de meilleure qualité. En octroyant des subventions à des OSC indonésiennes nationale et locales, il peut toucher un maximum de cibles, dans les villes et dans les campagnes du pays. En juin 2011, le programme a accordé des subventions à trois OSC nationales agissant comme organismes d’exécution : l’Association pour l’autonomisation des communautés ; le Partenariat pour la gouvernance (Kemitraan) ; et le Lakpesdam, l’institut de recherche et de développement de la Nahdatul Ulama (NU), la première organisation musulmane du pays. Les trois redistribuent ensuite les fonds aux OSC locales ou à des antennes de la NU en appui à des activités destinées aux groupes marginalisés. C’est aussi un moyen de renforcer les capacités des OSC locales partenaires. Les activités ont démarré en octobre 2011. Pendant sa phase pilote, toujours en cours, le programme a soutenu 72 organisations indonésiennes intervenant dans 231 villages de 91 districts répartis sur 24 provinces. Plus de 9 000 personnes marginalisées ont été concernées, en lien avec 404 groupes communautaires.


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Après le décès de son mari, grâce à une formation et une aide financière pour préparer des gâteaux, Widi est maintenant en mesure de subvenir aux besoins de sa famille.

Nugroho Sunjoyo / Banque mondiale

Résultats

Le Programme national pour l'autonomisation des communautés/Peduli a déjà produit plusieurs résultats significatifs : 

  • Depuis janvier 2012, les OSC/antennes de la NU ont contribué à la constitution de 71 entités commerciales (représentant 1 600 personnes) gérées par des groupes marginalisés dans différents domaines : atelier de tailleur, restauration, briqueterie, artisanat, agriculture et élevage de volailles biologiques, production et commerce d’algues.
  • Cinq OSC ont fourni à 17 groupes de femmes (385 personnes au total) de quoi démarrer leur propre activité, en leur offrant un crédit renouvelable pour les équipements, le matériel et la location des locaux. Elles ont aussi assuré des formations commerciales. Ces groupes sont désormais à la tête de commerces divers : blanchisseries, cafés, boutiques de cartes téléphoniques, fabriques de produits alimentaires…
  •  Dans la municipalité de East-Jakarta, 182 enfants des rues ont obtenu des certificats de naissance et 266 parents ont reçu des cartes de santé (dans le cadre du plan Jamkesmas d’accès aux soins).
  • Dans la province de Jambi, 75 groupes indigènes de trois districts ont bénéficié de leurs tout premiers contrôles de santé, effectués par des prestataires locaux.
  • Dans trois districts du Nusa Tenggara oriental, 134 hommes et femmes vivant loin de tout ont bénéficié d’un dépistage des maladies sexuellement transmissibles (MST) (VIH/sida compris) organisé par un dispensaire itinérant. D’autres prestations ont été organisées, comme une éducation à la prévention, la distribution de préservatifs gratuits ou le traitement des MST et du sida.

« Avant, quand je traversais un village, les gens chuchotaient sur mon passage 'attention, c’est une jablay'. Je n’étais pas considérée comme un être humain. Grâce à l’association Bandung Wangi, je me suis fait des amis, j’ai appris à m’exprimer en public et je gère désormais ma boutique de pulsa, ces cartes téléphoniques prépayées. J’ai l’impression de vivre un rêve  »

Ani

ancienne prostituée du quartier de Jatinegara, à Jakarta

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

Le Programme national pour l'autonomisation des communautés/Peduli est une expérience pilote initiée par le gouvernement indonésien et financée en fiducie par plusieurs bailleurs de fonds par l’intermédiaire d’un fonds de soutien administré par la Banque mondiale. Un budget initial de 4 215 000 dollars a été approuvé en janvier 2010 par le Comité de gestion mixte, afin d’élaborer le plan d’ensemble, de définir les procédures opérationnelles et d’octroyer des subventions aux trois premiers organismes d’exécution pour la mise en œuvre de la phase 1. Une nouvelle allocation de 5,5 millions de dollars a été accordée en avril 2012, portant l’investissement total dans la phase pilote du programme à 9 715 000 dollars.

Partenaires

Depuis son lancement, le programme a travaillé en partenariat avec 72 OSC indonésiennes, dont trois organismes d’exécution (EO), trois partenaires intermédiaires, 36 OSC locales et 30 antennes du Lakpesdam NU. Ces partenaires interviennent dans 91 districts répartis sur 24 provinces auprès d’un large éventail de groupes marginalisés : populations indigènes, femmes micro-entrepreneurs, agriculteurs et pêcheurs, éboueurs, enfants des rues, prostitués, anciens prisonniers politiques, travailleurs migrants, femmes et enfants potentiellement victimes de trafics, homosexuels et transsexuels, anciennes victimes de violences conjugales, enfants prisonniers et personnes vivant avec le VIH.

La fonds de soutien du programme est financé par l’Agence australienne pour le développement international (AusAID), l’Agence canadienne de développement international (ACDI), l’Agence danoise de développement international (DANIDA), l’Agence des États-Unis pour le développement (USAID), l’Union européenne (UE), le gouvernement des Pays-Bas et le Département du Royaume-Uni pour le développement international (UKAID). Il est administré par la Banque mondiale. 

Perspectives

Entre août et octobre 2012, une équipe externe a procédé à une évaluation du programme en vue de préparer son déploiement à grande échelle (phase 2). L’équipe a estimé que le l’expérience pilote avait respecté son cahier des charges : mise en place d’un système de réseaux et d’entreprises en appui à son déploiement afin de concevoir des approches efficaces pour toucher d’autres groupes marginalisés d’Indonésie et les rendre autonomes. Dans un deuxième temps et en s’appuyant sur les enseignements et les recommandations de cet examen, les OSC nationales collecteront des données probantes sur le terrain pour constituer un corpus de connaissances sur les différentes voies de l’insertion. Il s’agira ensuite de traduire ces informations en recommandations à l’intention des autorités, afin de renforcer les capacités des ministères chargés de ces populations marginalisées pour l’instant privées d’accès aux services et aux dispositifs publics. 

Bénéficiaires

« Avant, quand je traversais un village, les gens chuchotaient sur mon passage ‘attention, c’est une jablay*. Je n’étais pas considérée comme un être humain. Grâce à l’association Bandung Wangi, je me suis fait des amis, j’ai appris à m’exprimer en public et je gère désormais ma boutique de pulsa, ces cartes téléphoniques prépayées. J’ai l’impression de vivre un rêve ». Ani est une ancienne prostituée du quartier de Jatinegara, dans East-Jakarta. Elle a souvent essayé d’abandonner cette activité mais dès qu’un employeur potentiel apprenait qu’elle s’était prostituée, il ne voulait plus l’embaucher. Grâce au Programme national pour l'autonomisation des communautés/Peduli, une OSC locale (Bandung Wangi) lui a offert, ainsi qu’à 20 autres prostituées, une formation commerciale. Ani a abandonné la prostitution et, avec quatre amies, elle gère une boutique de cartes téléphoniques prépayées. Elle gagne moins d’argent qu’avant mais cite de nombreux avantages à sa nouvelle situation : la sécurité, une meilleure santé et la fin des violences sexuelles. Bandung Wangi a fourni aux cinq femmes des équipements et un local, loué, et leur apporte régulièrement des conseils pour leur activité. Elles ont commencé à rembourser à l’association les équipements et les fournitures.

* Jablay est un terme argotique désobligeant qui désigne une personne avide de rapports sexuels.

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12,000
Marginaux, ont acquis de nouvelles compétences, et peuvent participer à nouveau à la vie collective.


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