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Rapport: Soutenir la paix régionale et le développement dans la Corne de l’Afrique



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Sarah Farhat/World Bank

LES POINTS MARQUANTS
  • Un nouveau rapport de la @Banquemondiale détaille une initiative régionale pour la Corne de l’Afrique
  • L’assistance de la @Banquemondiale en faveur de la Corne de l’Afrique boostera la croissance économique, réduira la #pauvreté & relancera les affaires
  • Le Groupe de la Banque mondiale va allouer plus de 1,8 milliard de dollars aux pays de la Corne de l’Afrique

WASHINGTON, le 27 octobre 2014—Il suffit d’écouter l’histoire de Sarah, une jeune fille de 21 ans, pour comprendre la situation alarmante de près de 2,7 millions de réfugiés dans la Corne de l’Afrique. « Je suis réfugiée depuis que je suis venue au monde. Ma mère était réfugiée lorsqu’elle est arrivée dans ce camp. Elle l’était toujours quand elle m’a mise au monde. Et aujourd’hui, je suis maman à mon tour et toujours réfugiée », constate-t-elle.

Comme des millions d’habitants de la région de la Corne de l’Afrique, Sarah et sa famille ont été contraintes de fuir la guerre, la sècheresse et la famine pour se réfugier dans un camp qui est désormais leur foyer depuis plus de vingt ans. La maison de Sarah, c’est le camp d’Hagadera à Daadab à la frontière Nord du Kenya avec la Somalie. Ce camp abrite 350 000 personnes qui proviennent pour la plupart de la Somalie voisine. Les conditions de vie y sont dures, le chômage élevé et la nourriture rare. 


« Ce nouveau financement représente une opportunité majeure pour les habitants de la Corne de l’Afrique pour faire en sorte qu’ils aient accès à une eau propre, à une alimentation à haute valeur nutritionnelle, à des soins de santé, à l’éducation et à des emplois. »

Jim Yong Kim

Président du Groupe de la Banque mondiale

L’initiative pour la Corne de l’Afrique

Un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale analyse les principaux facteurs qui ont conduit à la fragilité et l’instabilité de cette région. Il formule également des recommandations pour que des pays tels que le Kenya et la Somalie puissent y remédier avec l’appui de leurs partenaires internationaux.

Ce rapport détaille la nouvelle initiative de 1,8 milliard de dollars que la Banque mondiale s’engage à verser au cours des deux prochaines années pour stimuler la croissance économique, créer des opportunités, relancer les affaires et réduire la pauvreté dans huit pays de la Corne de l’Afrique : Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Ouganda.

« Ce nouveau financement représente une opportunité majeure pour les habitants de la Corne de l’Afrique de faire en sorte qu’ils aient accès à une eau propre, à une alimentation à haute valeur nutritionnelle, à des soins de santé, à l’éducation et à des emplois »,  a souligné Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale dès le début d’une mission conjointe avec les Nations Unies et d’autres partenaires, en Ethiopie, au Kenya et en Somalie. Il a ajouté que « la Corne de l’Afrique tient là une occasion unique de se libérer des cycles de sècheresses, de l’insécurité alimentaire, du manque d’eau et des conflits, en renforçant la sécurité, en distribuant les dividendes de la paix, tout particulièrement au bénéfice des jeunes femmes et hommes, et en favorisant la coopération transfrontalière ».

Cette initiative vient compléter et s’appuie sur les nombreux projets nationaux et régionaux déjà mis en œuvre par la Banque et d’autres partenaires du développement tels que la BAD, la CUA, l’UE, l’IGAD et la BID. Son objectif est de tirer parti de la collaboration régionale plus soutenue en matière de sécurité et de développement, des progrès réalisés dans certains pays (en Somalie par exemple) ainsi que des nouvelles opportunités économiques (liées entre autre aux découvertes de gisements de pétrole et de gaz dans la région).

Le 27 octobre 2014, faisant écho à l’annonce d’un financement d’1,8 milliard de dollars de la part du Groupe de la Banque mondiale, l’Union européenne s’est engagée à soutenir les pays de la région à hauteur de 3,7 milliards de dollars d’ici 2020, dont 10% seront consacrés au développement des activités transfrontalières dans la région. La Banque africaine de développement a garanti 1,8  milliard au cours des trois prochaines années. De son côté la Banque islamique de développement compte apporter un nouveau financement de près d’un milliard de dollars en faveur de ses quatre pays membres de la Corne de l’Afrique (Djibouti, de la Somalie, du Soudan et de l’Ouganda).  Une enveloppe supplémentaire de 2 milliards de dollars pourrait être allouée par le Groupe de Coordination des institutions arabes de développement sur la période 2015-2017.

Quels enjeux dans la Corne de l’Afrique ?

Comme le souligne ce rapport, certains pays de la région enregistrent l’une des croissances les plus rapides au monde ; l’Ethiopie par exemple dont la croissance du PIB est en moyenne de 8,5%, ou encore le Kenya qui connaît une croissance économique proche de 6% ; mais aussi l’Ouganda avec une croissance de 5,3% de son PIB en 2013 et enfin Djibouti dont la croissance a atteint 4,8% en 2012. Nombre de ces pays disposent d’importantes ressources naturelles, de terres agricoles encore non exploitées et ont la chance d’avoir des communautés d’entrepreneurs innovants et avides de contribuer à l’essor économique de leur pays.

De nombreuses difficultés sont de nature régionale et ne peuvent donc être réglées sans une collaboration entre les pays. La région est déchirée depuis plusieurs années par des conflits, en Somalie, entre le Soudan et le Soudan du Sud, ainsi qu’entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Des conflits internes ont aussi récemment éclaté au Soudan du Sud.

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, à la tête d’une délégation internationale actuellement en mission dans la Corne de l’Afrique, a souligné que « les pays de la Corne de l’Afrique enregistrent des progrès considérables, qui restent cependant méconnus, sur le plan économique et politique. Il s’agit donc d’un moment propice pour soutenir leurs efforts, mettre fin aux cycles des conflits et à la pauvreté, et passer ainsi d’une situation de fragilité à un développement durable. Les Nations Unies s’associent aujourd’hui aux autres dirigeants d’organisations internationales et régionales pour mettre en place une approche conjointe et cohérente au service de la paix, de la sécurité et du développement dans la Corne de l’Afrique ».

Ces conflits et la famine ont provoqué le déplacement de millions de personnes dans ces pays et aux frontières. On recense aujourd’hui plus de 2,7 millions de réfugiés et plus de 6 millions de déplacés internes (DI) dans la Corne de l’Afrique. Le camp de Dadaab où habite Sarah, est le plus grand camp de réfugiés du monde et la troisième plus grande ville du pays.

Les zones frontalières sont souvent en proie aux conflits. La rareté des ressources associée à une croissance démographique rapide, à la pauvreté et au sous-développement de la région attisent les conflits intercommunautaires et les guerres civiles. Les zones frontalières ont toujours été perçues sous un angle sécuritaire par les pays de la région et n’ont jamais été une priorité de développement. La normalisation des relations entre les États voisins de la région est l’un des plus grands défis pour le développement de la Corne de l’Afrique.

La pauvreté se répand dans la Corne de l’Afrique. Même si le pourcentage de gens vivant avec moins d’un dollar par jour a baissé, il y a de plus en plus de pauvres. Selon le rapport, la population de cette région double tous les vingt-trois ans mais ne dispose pas d’un accès suffisant aux services essentiels tels qu’une eau propre, de la nourriture, des soins médicaux et l’éducation. La majorité des jeunes de 14 à 19 ans y sont au chômage. La principale priorité est d’augmenter leurs chances de développer des compétences professionnelles afin qu’ils obtiennent un emploi et éviter ainsi qu’ils ne basculent dans l’extrémisme et le crime organisé. Le rapport souligne aussi qu’il faut se soucier davantage des femmes et des enfants, et des victimes de la violence basée sur le genre, en particulier dans les camps de réfugiés.

Malgré ces difficultés, les pays de la Corne de l’Afrique collaborent de plus en plus afin de résoudre les défis de sécurité et de développement et renforcer les relations économiques avec leurs voisins. Il existe en effet des opportunités pour promouvoir la paix et réduire la pauvreté. L’Ethiopie, par exemple, exporte son importante production hydroélectrique, le Kenya a amélioré ses infrastructures de télécommunication et d’information (TIC) et Djibouti a entrepris de moderniser ses ports et son réseau électrique.


« Le développement de corridors de transport de marchandises dans les ports, la gestion des ressources communes en eau, l’amélioration de l’accès au réseau d’information et de télécommunication et une plus grande sécurité énergétique constituent les principaux moteurs d’intégration de l’économie africaine. »

La région a également un avenir prometteur grâce au pétrole et au gaz. Le Soudan et le Soudan du Sud possèdent une réserve pétrolière de plusieurs milliards de barils. De nouveaux sites de productions verront le jour au Kenya, en Ouganda et peut-être en Somalie et en Ethiopie.

Les domaines concernés par l’initiative pour la Corne de l’Afrique

Cette nouvelle initiative du Groupe de la Banque mondiale reposera essentiellement sur deux piliers : Vulnérabilité et Résilience d’un côté, Opportunité et Intégration économique de l’autre.

Les objectifs du premier volet sont de :

  1. augmenter les capacités de production et permettre aux  populations déplacées de contribuer à l’économie locale dans leur zone d’accueil, ainsi que de promouvoir une réintégration socioéconomique durable des rapatriés volontaires ; et
  2. contribuer au renforcement des dispositifs de veille et d’alerte sanitaires, de diagnostic et de soins pour les maladies transmissibles.

Le deuxième pilier visera à:

  1. soutenir l’intégration régionale via la construction de routes, une meilleure connexion au réseau haut débit et l’établissement de marchés compétitifs pour le secteur privé;
  2. encourager la stabilité et la croissance transfrontalières en soutenant la gouvernance locale, la gestion des frontières et la facilitation des échanges; et
  3. financer la mise en service de réseaux d’acheminement de la production extractive à l’échelle de la région ainsi que le développement d’universités et de l’enseignement supérieur.

L’Initiative pour la Corne de l’Afrique est la troisième initiative régionale au service de la paix et du développement en Afrique entreprise par le Groupe de la Banque mondiale et ses partenaires. La Banque avait annoncé en mai 2013 une enveloppe d’un milliard de dollars en faveur des pays de la région des Grands lacs pour développer de meilleurs services de santé et d’éducation, renforcer le commerce interrégional et financer des projets hydroélectriques. Et en novembre 2013 elle a alloué un milliard et demi de dollars aux pays du Sahel. Cette aide, leur permettra de lutter contre l’instabilité politique, l’insécurité alimentaire, les incertitudes climatiques et de faire face aux problèmes de sécurité.






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