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Améliorer la qualité et la quantité de la recherche scientifique en Afrique


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LES POINTS MARQUANTS
  • Entre 2003 et 2012, la production de travaux de recherche dans le domaine des sciences, et technologie de l’ingénierie et mathématiques (STIM) émanant de chercheurs africains a plus que doublé
  • Un nouveau rapport suggère que malgré les progrès enregistrés au cours de la dernière décennie, la fréquence et la qualité de ces publications devront cependant être améliorées.
  • Les sciences et technologies de l’ingénierie et mathématiques ne représentent que 29% des recherches scientifiques en Afrique

WASHINGTON, le 30 septembre 2014— La découverte de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, l’afflux des investissements directs étrangers et les besoins urgents du continent en infrastructure et énergie soulèvent la question suivante : l’Afrique produit-elle suffisamment de recherche scientifique ?  Un nouveau rapport publié conjointement par la Banque mondiale et l’éditeur scientifique Elsevier dresse un bilan des activités de recherche scientifique en Afrique au cours des dix dernières années. Cette étude évalue la contribution de la recherche au développement du continent et les bénéfices qu’elle peut apporter au nombre croissant d’étudiants qui, chaque année, une fois leur diplôme obtenu, entrent sur le marché du travail.

Bien que les chercheurs africains ne produisent qu’1% de la recherche scientifique mondiale, la quantité et la qualité de leurs travaux progressent selon les données recueillies par l’étude.  Entre 2003 et 2012, les chercheurs africains ont plus que doublé leur production scientifique, avec des publications dans des champs aussi variés que les sciences de la santé, l’agriculture et les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). En atteste le nombre significatif de publications sujettes à une évaluation par les pairs et qui ont fait l’objet de citations internationales, baromètre de la portée et de la qualité de la recherche.


« La recherche dans les STIM doit devenir une priorité. Renforcer les capacités des institutions à produire une recherche scientifique de qualité dans ces domaines contribuerait à transformer l’Afrique au bénéfice de la société dans son ensemble  »

George Lan

Elsevier

“La proportion de travaux scientifiques provenant de l’Est, de l’Ouest et du Sud de l’Afrique croît de manière constante,” observe Andreas Blom, économiste principal au sein du pôle éducation de la Banque mondiale et coauteur du rapport intitulé ”Une décennie de développement : la recherche en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques en Afrique subsaharienne ». En outre, «les gouvernements africains ont compris que la production et le partage du savoir sont déterminants pour renforcer le capital humain et la croissance économique», ajoute-t-il.

La majorité des travaux de recherche porte sur les domaines de l’agriculture et des sciences de la santé, le continent devant faire face à terribles maladies telles que le VIH/SIDA, le paludisme et plus récemment l’épidémie d’Ebola. Néanmoins, les sciences et technologies de l’ingénierie et mathématiques (STIM) sont les grandes absentes de cette équation, puisqu’elles ne représentent que 29% des recherches scientifiques en Afrique subsaharienne. Cela nuit fortement au développement des secteurs de l’énergie, des transports, des industries légères et extractives dans de nombreux pays. Or, il s’agit de secteurs clés susceptibles de transformer les économies africaines et de contribuer à la lutte contre la pauvreté.

Beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés aux mêmes difficultés: une faible qualité de l’enseignement de base en sciences et mathématiques et un enseignement supérieur trop axé sur les sciences humaines et sociales. À cela s’ajoutent des financements internationaux insuffisants, et qui se concentrent de manière excessive sur la recherche en agronomie et en sciences de la santé.

« Nous ne sommes pas en train de dire que l’agriculture et la santé ne sont pas des domaines de recherche importants », précise George Lan, coauteur du rapport. « Mais plutôt que la recherche dans les STIM doit devenir aussi une priorité. Renforcer les capacités des institutions à produire une recherche scientifique de qualité dans ces domaines contribuerait à transformer l’Afrique au bénéfice de la société dans son ensemble. L’Afrique dispose en effet d’immenses ressources naturelles mais ses capacités sont trop faibles pour pouvoir tirer parti de leur extraction, de leur production et de leur vente.»

Améliorer la qualité de l’enseignement supérieur en STIM serait bénéfique aux pays, mais aussi aux millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail. Aujourd’hui, plus de 50% de la population africaine a moins de 25 ans. Pour que le continent bénéficie pleinement de cet atout démographique, il faut que les jeunes soient formés aux besoins du marché des technologies de l’information et de la communication, ainsi qu’en agronomie.

Le rapport constate que certains pays ont fait des progrès dans ce sens. En Ouganda, l’initiative « Millenium science » représente un investissement de 33,4 millions de dollars visant à produire des diplômés plus nombreux et mieux qualifiés en sciences et en ingénierie. Elle a permis d’augmenter le nombre de chercheurs de manière significative (720 aujourd’hui contre 261 auparavant). Le nombre d’étudiants en doctorat a augmenté de 24 à 41 et celui des étudiants en Master de 245 à 633.


« L’objectif principal est de produire une main d’œuvre plus qualifiée et plus nombreuse dans les STIM, afin de répondre aux défis du développement en Afrique »

Andreas Blom

Économiste principal au sein du pôle éducation de la Banque mondiale

Principales conclusions du rapport:

  • La qualité et la quantité de publications scientifiques se sont considérablement améliorées en Afrique Sub-saharienne.
  • Les STIM restent nettement à la traîne dans le choix des domaines de recherche.
  • L’Afrique subsaharienne, en particulier l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, dépendent fortement des collaborations internationales et des programmes d’échanges universitaires pour développer leur production scientifique.
  • Il est essentiel de comprendre les caractéristiques et mécanismes de collaboration scientifique en Afrique pour élaborer une bonne stratégie de développement de la recherche.

Recommandations essentielles :

  • Les gouvernements africains et leurs partenaires au développement doivent redoubler d’efforts pour soutenir la recherche et l’enseignement basé sur la recherche. Cela renforcera le capital humain et permettra aux africains de trouver leurs propres solutions aux difficultés qu’ils rencontrent.
  • Il faut accélérer les mesures visant à augmenter et à améliorer l’enseignement des STIM à tous les niveaux du système éducatif (primaire, secondaire et universitaire) et de la recherche.
  • Les STIM doivent être systématiquement valorisées et développées dans l’enseignement supérieur et la recherche à travers des échanges interuniversitaires, des bourses d’études postdoctorales et un plus fort soutien des entreprises internationales.
  • Les stratégies pour l’enseignement supérieur doivent mieux répondre aux besoins de développement en Afrique. Des mécanismes de financement efficaces doivent être identifiés pour mettre en œuvre ces priorités.
  • Il est essentiel d’intensifier les collaborations internationales, surtout dans le domaine des STIM.
  • Il faut développer les études postdoctorales, y compris à travers des collaborations régionales.
  • Il est nécessaire de maintenir le financement des bourses d’études en Afrique, idéalement selon le “modèle sandwich” afin d’assurer une portée internationale aux travaux scientifiques africains et de rehausser le niveau des études postdoctorales.