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DISCOURS ET TRANSCRIPTIONS

Discours de Makhtar Diop au Forum de haut niveau sur l’enseignement supérieur des sciences et de la technologie en Afrique

Discours de Makhtar Diop au Forum de haut niveau sur l’enseignement supérieur des sciences et de la technologie en Afrique

Forum de haut niveau sur l’enseignement supérieur des sciences et de la technologie en Afrique

Kigali, Rwanda

13 mars 2014

Tel que préparé pour l'allocution

Contacts médias

Monsieur le ministre, permettez-moi tout d’abord de vous remercier, ainsi que votre gouvernement, d’accueillir cette importante manifestation. Je suis ravi de voir qu’un sujet qui m’est cher depuis des années, un sujet crucial pour la réussite de l’Afrique en ce 21e siècle, suscite autant d’enthousiasme au plus haut niveau.

L’enseignement supérieur est au cœur des débats sur le développement – non sans raison. Plus de 50 % de la population de l’Afrique subsaharienne a moins de 25 ans, et au cours de chacune des dix prochaines années, 11 millions de jeunes devraient entrer sur le marché du travail. Ce dividende démographique, comme on l’appelle, est une occasion formidable pour l’Afrique de créer un capital humain qui sera une ressource précieuse puisqu’elle sera le moteur de la transformation économique du continent.

Après une décennie de croissance économique exceptionnelle en Afrique, où le PIB a augmenté en moyenne de 4,5% par an au cours de la dernière décennie, il est temps de construire des économies encore plus diversifiées et compétitives. Le fort taux de croissance économique durable enregistré doit s’accompagner d’une réduction de la pauvreté et des inégalités et de meilleures perspectives de prospérité pour tous. Alors que, presque chaque mois, on nous annonce la découverte de nouveaux gisements de ressources minérales, être en mesure d’extraire, de raffiner et de commercialiser ces ressources devient de plus en plus impératif. Alors que l’Afrique affiche désormais le plus fort taux d’urbanisation au  monde, être en mesure de nourrir les populations urbaines grâce à l’augmentation de la productivité agricole et l’amélioration des infrastructures permettant d’acheminer les cultures sur le marché est tout aussi important. L’apprentissage en ligne représentant de plus en plus une ressource éducative  pour les étudiants du monde entier, y compris les Africains, l’accès et la qualité des services à large bande ainsi que l’accès aux contenus en ligne devraient être l’un des impératifs du continent. Ce ne sont là que quelques exemples de la mutation en cours de l’économie africaine, mais tout le potentiel de croissance ne sera atteint que si l’Afrique dispose d’un ensemble d’outils appropriés.

Pour que la croissance soit inclusive, nous devons doter la nouvelle génération de jeunes Africains talentueux et ambitieux des compétences et des connaissances qui leur permettront d’apporter aux problèmes de l’Afrique des solutions venues d’Afrique.

D’où la nécessité de ce forum de haut niveau sur l’enseignement supérieur des sciences et de la technologie. Les taux de scolarisation à l’école primaire et dans l’enseignement secondaire ont bien progressé, un certain nombre de pays africains étant sur le point d’atteindre les OMD d’éducation primaire pour tous et d’égalité des sexes. Désormais, notre objectif est d’améliorer les acquis et de faire accéder à l’enseignement supérieur les élèves qui terminent le cycle primaire et secondaire. De même, après des décennies d’engagement limité en matière d’éducation post-secondaire, il était temps que le Groupe de la Banque mondiale, et d’autres partenaires, se penchent sur l’enseignement supérieur et, surtout, sur le contenu des cursus universitaires et sur les compétences nécessaires pour répondre aux attentes du marché et contribuer ainsi à la croissance et au développement de l’Afrique.

Les systèmes universitaires de nombreux pays africains sont encore le reflet de l’histoire coloniale du continent : les programmes sont conçus pour produire des fonctionnaires et mettent l’accent sur les disciplines non scientifiques, accessibles seulement à une minorité d’élèves. Aujourd’hui, nous devons inverser la tendance, pour permettre à l’Afrique d’occuper la place qui lui revient dans un contexte d’économie mondiale entièrement intégrée.

Les diplômés africains ayant des compétences de niveau secondaire et supérieur tendent à avoir des formations en sciences humaines et sociales, tandis que la proportion d’étudiants en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques est très faible, atteignant seulement 25 % en moyenne dans la région. En outre, les femmes sont sous-représentées dans les catégories scientifiques, les professions qui touchent aux sciences et aux technologiques sur le continent africain restant un univers où elles sont minoritaires.

Le lien entre savoir technologique et croissance économique est évident. L’exploitation des nouvelles technologies accroît la productivité et améliore les perspectives d’emploi ainsi que la possibilité de progresser dans la chaîne de valeur de la production.

Les études montrent que plus de 60 % des disparités entre les pays – en matière de taux de croissance et de revenus – résultent de différences en matière de productivité totale, lesquelles découlent quant à elles de disparités sur le plan technologique. Par rapport aux pays à faible revenu, les pays membres de l’OCDE ont, selon les estimations, par habitant, 12 fois plus de scientifiques et d’ingénieurs travaillant dans la R&D. Et ils publient 25 fois plus d’articles dans des revues scientifiques que les chercheurs des pays à faible revenu.

Pour être plus compétitive, développer les échanges et supprimer les barrières commerciales, l’Afrique doit élargir ses connaissances et ses compétences en sciences et technologies. De l’accroissement de la productivité agricole à l’augmentation de la production d’énergie, de l’amélioration de l’efficacité et de l’accessibilité des services dans le domaine des TIC à une meilleure employabilité dans les industries extractives, le renforcement du capital humain dans les sciences et technologies est primordial  si l’Afrique entend tirer parti de ses atouts. La multiplication par six des flux d’IDE vers l’Afrique au cours des dix dernières années souligne, en outre, l’impératif de renforcer l’expertise locale en ce qui concerne les activités extractives, l’agriculture, les infrastructures et les services.

Ces dernières années, nous nous sommes efforcés d’investir davantage dans les sciences. L’Union africaine et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) ont collaboré pour s’attaquer à la question de front et ont formulé un « Plan d’action consolidé pour la science et la technologie ».

Le NEPAD établit des centres d’excellence dans le domaine des sciences de la vie, des sciences de l’eau et de la technologie, tandis que le Programme détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA) encourage le recours aux sciences et technologies pour stimuler la productivité agricole.

Je tiens également à rendre hommage à SE Paul Kagame pour la façon dont il a conçu et mené la réforme du système éducatif ici au Rwanda, véritable fer de lance de l’innovation et de la technologie. En préparant mon voyage à Kigali cette semaine, je me suis souvenu d’un discours que le président Kagame a fait au MIT en septembre 2008, intitulé « La science et la technologie : des impératifs pour l’accélération du développement de l’Afrique et du Rwanda. » Le Président Kagame a alors admis le rôle central de l’utilisation des sciences et de la technologie dans la transformation de l’Afrique. L’innovation et l’entrepreneuriat restent aujourd’hui des priorités absolues pour optimiser le potentiel de la ressource la plus précieuse du Rwanda – et du continent africain – à savoir son capital humain.

Comme nous le verrons lors de l’appel à l’action qui sera lancé cet après-midi, une collaboration encore plus soutenue est nécessaire pour poursuivre sur cette lancée. La Banque mondiale a des activités en cours qui soutiennent les sciences et la technologie au Nigéria, en Tanzanie et au Sénégal, et nous présenterons bientôt à notre Conseil d’administration notre « Projet de création de centres d’excellence en Afrique », qui amènera les universités de tout le continent africain à collaborer pour résoudre les problèmes de développement communs. Le projet sur des secteurs phares tels que les industries extractives, l’énergie, l’environnement, la santé, l’agriculture et les TIC. Alors que la première phase du projet sera axée sur les universités d’Afrique occidentale et centrale, je puis suis en mesure aujourd’hui de vous assurer que la Banque va également lancer dans l’année à venir une deuxième phase qui sera consacrée à l’Afrique orientale et australe.

Les partenariats régionaux de ce type aideront les universités à mutualiser leurs ressources limitées et à réaliser des économies d’échelle, ce qui leur permettra de mettre en place des laboratoires communs, d’établir des normes communes en matière de R&D et, surtout, de partager leurs savoirs et leur expertise. Au-delà des frontières du continent, nous mettons à profit la vaste expérience du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de la Corée dans le cadre de notre Partenariat pour les Sciences Appliquées, l’Éducation et la Technologie (PASET). Cette initiative Sud-Sud dans le domaine de l’apprentissage est une riche source de connaissances qui doit aider à renforcer l’enseignement supérieur dans les institutions africaines.

Les progrès des technologies de la communication ont également permis de tirer parti de la diaspora de chercheurs africains présents en Europe et en Amérique du Nord. Les universitaires africains travaillant à l’étranger représentent un atout formidable que nous ne devons pas négliger – et nous devons redoubler d’efforts pour exploiter cette ressource inestimable.

Ce type de collaboration contribuera certes à améliorer la qualité et la richesse de l’enseignement scientifique, mais il s’agit surtout de faire en sorte que les étudiants puissent mettre en pratique ce qu’ils ont appris une fois diplômés, et ce en contribuant à la transformation économique du continent africain.

Ce qui m’amène à mon deuxième point : il faut resserrer les liens entre les universités et le secteur privé. C’est la meilleure façon de s’assurer que les compétences que les étudiants acquièrent grâce à leur diplôme correspondent aux  besoins réels des employeurs. Ainsi, nous devons faire en sorte que le secteur privé soit mieux représenté au sein des conseils d’administration des universités et que les employeurs soient impliqués dans les programmes de formation professionnelle.  Nous devons travailler avec eux à la conception des programmes. Et sur un plan plus pratique, nous devons encourager les partenaires du secteur privé à proposer des contrats d’apprentissage, des stages et des programmes de certifications. Ces mesures aideront à combler l’écart qui existe entre l’enseignement dispensé dans les universités et les réalités du marché du travail.

Troisièmement, permettez-moi de souligner que pour que l’enseignement des sciences progresse durablement, il faut investir à tous les niveaux, de l’école primaire à l’université. Si les élèves ne maîtrisent pas les bases des mathématiques et des sciences à leur sortie de l’école secondaire, ils ne seront pas en mesure de suivre un cursus d’enseignement supérieur en sciences ou en mathématiques. Dans de nombreuses écoles du continent africain, l’enseignement des mathématiques et des sciences est inadapté, et les étudiants affichent des niveaux de compétence d’une faiblesse particulièrement inquiétante dans les évaluations comparatives internationales.

Investir dans les sciences et la technologie dans l’enseignement supérieur peut aider à surmonter cet obstacle en dispensant aux enseignants une formation de meilleure qualité et en encourageant la recherche nationale sur les sciences et de technologie à tous les niveaux du système éducatif.

Enfin, je souhaiterais aborder la question des inégalités hommes-femmes. En effet, les femmes sont systématiquement sous-représentées dans la plupart des cursus scientifiques et les professions dans le domaine des sciences et de la technologie. Le Rwanda a obtenu des résultats impressionnants en ce qui concerne l’amélioration de l’accès des filles à l’école primaire et à l’enseignement secondaire. Cependant, les disparités hommes-femmes sont importantes dans l’enseignement supérieur – en particulier dans le domaine des sciences et technologies, où moins de 30 % des étudiants sont des femmes. La situation est à peu près la même partout dans la région, et nous devons faire davantage pour y remédier. Le fait de s’attaquer aux causes profondes de l’absentéisme et des mauvaises notes aux examens constituerait l’une des moyens permettant d’encourager les femmes à poursuivre leurs études et de favoriser leur accès à l’enseignement supérieur.

L’accès équitable doit être au cœur de tout système éducatif moderne. En effet, il aide à lutter contre les inégalités – un phénomène qui persiste aujourd’hui dans de trop nombreux pays africains – et crée un vivier encore plus vaste de jeunes gens talentueux et motivés qui vont réussir et contribuer ainsi à la croissance et à la prospérité du continent africain.

Pour résumer, l’Afrique doit investir dans les sciences et technologies si elle veut être compétitive sur la scène économique mondiale. Le renforcement de la coopération entre les institutions d’enseignement supérieur présentes sur le continent africain et celles présentes au-delà de ses frontières, la mise en relation des universités avec le secteur privé, l’amélioration de l’enseignement des mathématiques et des sciences à l’école élémentaire et l’accès équitable à l’enseignement supérieur sont autant d’éléments qui permettront à l’enseignement supérieur de relever les défis socio-économiques d’aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs, je vous encourage non seulement à prendre des mesures audacieuses pour améliorer la qualité de l’enseignement des sciences et technologies, mais aussi à entreprendre les réformes qui s’imposent pour attirer le secteur privé. La Banque s’engage à soutenir cette démarche, notamment via la création des centres d’excellence régionaux que j’évoquais tout à l’heure, nos efforts collectifs étant nécessaires pour résoudre les défis persistants.

Fixons-nous également des objectifs ambitieux, qui consisteraient à multiplier par deux le pourcentage d’étudiants diplômés des universités africaines ayant obtenu un diplôme en mathématiques, sciences et technologies d’ici 2025. Cet objectif exigera un engagement concerté pour accroître le montant des ressources allouées aux mathématiques, à la lecture et aux sciences à l’école primaire et dans l’enseignement secondaire, afin de bâtir l’enseignement supérieur solide que nous évoquons  à l’occasion de ce forum de haut niveau. Je voudrais également inviter les ministres présents aujourd’hui, à recenser le nombre de diplômés en sciences et technologie qui sortent des bancs des universités de vos pays respectifs. Cela nous permettra de mesurer l’étendue de nos progrès.

Les autorités rwandaises ont clairement fait part de leur détermination à se fixer des objectifs précis et mesurables. Permettez-moi d’insister: résultats, résultats, résultats, mise en œuvre, mise en œuvre, mise en œuvre exécution, exécution et  objectifs mesurables, objectifs mesurables et objectifs mesurables…. 

Le moment est idéal pour se focaliser sur l’enseignement supérieur, notamment dans le domaine des sciences, de la technologie et des mathématiques. La population jeune est en plein essor en Afrique, et elle sera le moteur de la croissance et de la prospérité du continent africain dans les années à venir. À condition cependant qu’on lui donne les moyens d’y parvenir. Je vous remercie encore de m’avoir donné la possibilité d’ouvrir la séance d’aujourd’hui, et je suis impatient de travailler avec vous pour concrétiser nos échanges dynamiques.

Merci.