Cette page en :

DISCOURS ET TRANSCRIPTIONS

Discours : « Construire les infrastructures dont l’Afrique a besoin », par Makhtar Diop

Makhtar Diop, Vice-président pour la Région Afrique

5eme table ronde Banque Mondiale, Africa Investor

Washington DC, États-Unis

10 octobre 2013

Tel que préparé pour l'allocution

Contacts médias

C’est un grand plaisir de vous retrouver à nouveau pour faire le point sur nos progrès  en matière de développement des Partenariats public-privé (PPP) sur le continent africain. Cette série de discussions organisées en partenariat avec Africa Investor  est l’occasion d’évoquer nos efforts pour soutenir le développement des PPP dans vos pays. 

Priorité aux investissements transformateurs 

Comment mobiliser l’investissement privé pour financer les besoins en infrastructure de l’Afrique ? Telle est, selon moi, le défi essentiel auquel nous devons répondre si nous souhaitons transformer l’Afrique. Les investissements publics ne suffiront pas à financer et réaliser des projets transformateurs dans le domaine de l’énergie, de l’eau et du transport, investissements dont l’Afrique a tant besoin. Il faudrait parvenir à mobiliser 50 milliards de dollars supplémentaires par an. Un projet à l’échelle du barrage d’Inga 3 coûtera à lui seul plus de 10 milliards de dollars. Aucune institution ne peut financer cela à elle seule. 

Quel chemin avons nous déjà parcouru ? 

Lors des Assemblées de printemps, nous avons écouté le secteur public. Nous avons compris qu’il nous restait à mettre en place les principes fondamentaux du cadre institutionnel des PPP. Nous sommes conscients des difficultés rencontrées pour conclure des marchés, pour financer les premières étapes des PPP et pour trouver des partenaires privés fiables. Le secteur privé s’est également exprimé. Le secteur financier a ainsi souligné qu’il ne disposait pas d’outils suffisants pour gérer les risques et la liquidité. Les acteurs privés ne parviennent pas à attirer les investissements internationaux et locaux qui sont pourtant disponibles, et la qualité de ces opérations de financements demeure inadéquate. 

Nous avons réfléchi ensemble aux raisons pour lesquelles nos progrès sont moins rapides que prévu. Mais nous pourrions aussi nous féliciter des progrès déjà accomplis. Ainsi, je suis heureux d’annoncer une augmentation du nombre de PPP en Afrique en 2012.

L’année dernière, nous avons doublé notre meilleure performance avec 22 PPP[1] dans le secteur de l’énergie en Afrique subsaharienne, pour un montant de 5 milliards de dollars.

Nous savons tous en effet que répondre au défi énergétique est une priorité pour l’Afrique. En termes de valeur, les télécommunications restent le secteur le plus important mais les secteurs des transports et de l’eau continuent de décevoir. 

Comment pouvons nous aller plus loin ? 

Au delà des obstacles techniques, l’économie politique est indéniablement au cœur de la dynamique du programme de développement des PPP. Lorsque l’on regarde toute la chaîne de valeur, les faiblesses viennent surtout d’un environnement peu propice aux PPP : en termes de règles du jeu, de capacités à préparer et développer des transactions, d’insuffisance du secteur financier et de capacités opérationnelles. 

Nous constatons que l’Afrique s’implique peu dans ces opérations qui sont perçues comme profitant pour l’essentiel aux investisseurs étrangers. Il est dès lors difficile d’obtenir un soutien pour les PPP dans le système politique actuel sachant que 90 % des financements de PPP en Afrique n’émanent pas de ce continent. Cette situation est différente d’autres régions où l’engagement local est beaucoup plus fort. Il nous faut donc rééquilibrer cette équation pour que les PPP progressent en Afrique. 

Ce n’est pas seulement important pour « débloquer » les PPP. C’est aussi essentiel pour développer les marchés financiers et mobiliser les capitaux africains, tout comme son secteur privé, en particulier ses entreprises de construction, ses fournisseurs de matériaux de construction et ses gestionnaires d’installations. 

Quelles solutions apporter ? 

Grâce à vous et à nos analyses nous disposons à présent d’un programme solide à mettre en œuvre. Et nous avons déjà commencé à faire quelques progrès. Nous avons intensifié notre collaboration avec les institutions régionales, compte tenu de la portée et de la nature de ces investissements structurants. 

Début septembre nous avons organisé avec la France et le PPIAF une rencontre des 8 pays de l’UEMOA afin de définir une feuille de route commune pour développer des approches et capacités conjointes. Cette stratégie aidera non seulement les projets à portée régionale mais renforcera aussi les capacités de chaque pays en matière de PPP.

Ses piliers portent sur le cadre juridique, le renforcement des capacités et les incitations pour faire émerger et soutenir de nouveaux projets. 

Nous prévoyons de lancer une initiative comparable avec la CEMAC en décembre prochain. Nous sommes aussi engagés de longue date en Afrique de l’Est aux cotés de l’EAC et sommes prêts à travailler avec la CEDEAO et la SADC si elles le souhaitent.

Ce travail permettra de mettre en place les fondamentaux, ou en d’autres termes, les catalyseurs du développement des PPP. 

Nous poursuivons nos appuis aux PPP dans le cadre de programmes nationaux au Ghana, au Kenya et au Nigéria qui ont démarré doucement mais connaissent aujourd’hui des avancées positives. Nos collègues sectoriels mettent également en place des projets spécifiques de PPP tout comme tout comme ceux de l’IFC et de MIGA.

L’IFC conseille ainsi 17 opérations de PPP en Afrique subsaharienne. 

Nous avons également constaté qu’il faut davantage porter attention à la chaîne de valeur des PPP. En effet, la croissance africaine est essentiellement tirée par les ressources naturelles, qui reposent largement sur les infrastructures. Réduire les coûts logistiques qui représentent souvent une large part de ce secteur et qui pèsent sur les infrastructures est donc essentiel. Cela passe par le développement des capacités de construction, de fourniture de matériaux et d’exploitation des installations. Nous voulons donc prendre le temps de bien comprendre cette chaîne de la valeur comme nous l’avons fait dans les  secteurs de l’agroalimentaire, de l’industrie légère et du tourisme. 

Avec des investisseurs, nous promouvons par ailleurs des solutions concrètes afin d’accroître la participation du secteur privé dans les infrastructures en Afrique. 

Nous travaillons pour améliorer le financement des projets de développement à l’échelle mondiale. La Banque se prépare à mettre en place un mécanisme de développement et de financement des PPP pour les infrastructures. Il est évident que l’Afrique a besoin de mécanismes de gestion des risques et de la liquidité pour développer des projets.

Or, les capacités de gestion des risques sont très faibles en Afrique, faute de marchés de capitaux profonds, capables d’émettre des obligations et de fournir des garanties financières. 

Si la Banque et d’autres partenaires au développement peuvent essayer de se substituer à ces mécanismes défaillants, leurs capacités restent limitées. Il nous faut donc résoudre ces insuffisances pour accélérer le développement des PPP. Sinon, les grands fonds de pension, les compagnies d’assurance, les fonds souverains et de financement des infrastructures seront toujours réticents à s’engager en Afrique. Nous parlons de chiffres importants, par exemple le fonds de pension du Nigéria représente 20 milliards de dollars.

Conclusion

Pour conclure, le développement des infrastructures en Afrique par le biais des PPP ne sera possible qu’avec une collaboration étroite entre les secteurs public et privé, les secteurs financiers et les partenaires du développement.

Cette plateforme stratégique de dialogue et d’échange avec les investisseurs en Afrique doit permettre de s’informer mutuellement et sans entrave sur les actions que chacun mène pour atteindre cet objectif. Nous sommes heureux de pouvoir en discuter plus amplement aujourd’hui, et sommes déjà impatients d’en tirer les leçons aux prochaines Assemblées de printemps en avril 2014.

[1] Base de données PPIAF