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Brusque ralentissement des envois de fonds cette année en raison de la faiblesse de l’activité économique en Europe et en Russie, mais une reprise des transferts est attendue pour 2016

13 avril 2015

Selon un rapport de la Banque mondiale, l’épargne et les envois de fonds des migrants peuvent encore contribuer au financement du développement.

WASHINGTON, 13 avril 2015 – La croissance des envois de fonds à l’échelle mondiale, notamment vers les pays en développement, devrait connaître un brusque ralentissement cette année en raison de la faiblesse de la croissance économique en Europe, de la détérioration de l’économie russe et de la dépréciation de l’euro et du rouble. C’est ce qu’indique la dernière édition, publiée aujourd’hui, de la note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement (Migration and Development Brief).

Les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays en développement devraient atteindre 440 milliards de dollars en 2015, soit une hausse de 0,9 % par rapport à l’année précédente. Si l’on comptabilise aussi les envois de fonds à destination des pays à revenu élevé, le montant total des transferts dans le monde devrait augmenter de 0,4 % pour atteindre 586 milliards de dollars.

Les envois de fonds connaissent en 2015 les taux de croissance les plus faibles depuis la crise financière mondiale de 2008-2009. Malgré tout, le nombre de migrants dans le monde devrait dépasser le cap des 250 millions en 2015, et leurs épargnes comme leurs envois de fonds devraient continuer à augmenter.

Le ralentissement de la croissance des envois de fonds concernera cette année la plupart des régions en développement, en particulier en Europe et en Asie centrale où les flux devraient baisser de 12,7 % en 2015. L’impact positif de la reprise économique américaine sera partiellement atténué par la faiblesse persistante de l’activité dans la zone euro, l’impact de la baisse des prix du pétrole sur l’économie russe, l’appréciation du dollar des États-Unis et le renforcement du contrôle de l’immigration dans de nombreux pays d’où émanent les envois de fonds.

Parallèlement à la reprise économique mondiale qui devrait se produire l’an prochain, les estimations indiquent que les transferts de fonds mondiaux devraient augmenter de 4,1 % et atteindre 610 milliards de dollars en 2016, avant de culminer à 636 milliards de dollars en 2017. Les transferts de fonds vers les pays en développement devraient reprendre en 2016 pour s’élever à 459 milliards de dollars, puis à 479 milliards de dollars en 2017.

Les cinq principaux pays d’immigration sont toujours les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la Russie et les Émirats arabes unis. Les cinq principaux pays destinataires des envois de fonds, classés en fonction de la valeur de ces transactions, restent l’Inde, la Chine, les Philippines, le Mexique et le Nigéria.

À l’échelle mondiale, le coût moyen du transfert de 200 dollars se maintient à 8 % de la valeur de la transaction au dernier trimestre de 2014. D’après la note d’information, bien que les technologies mobiles soient susceptibles d’engendrer une baisse des coûts, leur utilisation dans les transactions transfrontalières reste limitée en raison des contraintes réglementaires liées à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Les envois de fonds internationaux transmis grâce aux technologies mobiles représentaient moins de 2 % des transferts de fonds en 2013 selon les dernières données disponibles.

Outre l’envoi d’argent à leurs familles, les migrants accumulent une épargne importante dans leurs pays de destination. L’« épargne de la diaspora » attribuée aux migrants originaires de pays en développement était estimée à 497 milliards de dollars en 2013, selon les dernières données disponibles.

« Le montant total des envois de fonds pour l’année 2014 s’est élevé à 583 milliards de dollars. Cela représente plus du double de l’aide publique au développement dans le monde. L’Inde a reçu 70 milliards de dollars, la Chine 64 milliards et les Philippines 28 milliards. De nouvelles idées pourraient aider à tirer le meilleur parti de ces flux considérables afin de financer des projets de développement et d’infrastructure », indique Kaushik Basu, premier vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, avant d’ajouter : « Israël et l’Inde ont montré que les crises de liquidité macroéconomiques peuvent être gérées en s’appuyant sur les richesses de la diaspora. Les migrants mexicains ont stimulé le secteur de la construction. Le Tadjikistan parvient quasiment à doubler sa consommation grâce à l’argent des transferts de fonds. Les migrants et leurs envois de fonds constituent très clairement des acteurs incontournables de l’économie mondiale actuelle. »

Dans le cadre d’une étude spéciale sur la mise à profit des migrations pour financer le développement, la note d’information estime que les pays en développement pourraient mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars d’épargne de migrants par an grâce aux mesures suivantes : réduction du coût des envois de fonds, diminution du coût du recrutement des migrants et mobilisation des économies de la diaspora et des contributions philanthropiques des migrants.

« Le ralentissement de la croissance des envois de fonds aura des conséquences négatives pour un grand nombre de personnes démunies. Les pays concernés devront peut-être envisager des moyens créatifs d’atténuer ce choc. Heureusement, les migrations et les envois de fonds peuvent servir à des types de financement innovants », souligne Dilip Ratha, économiste principal spécialisé dans les migrations et les envois de fonds des migrants au sein du Groupe des perspectives de développement de la Banque mondiale, et directeur du KNOMAD, un partenariat mondial pour les connaissances sur les migrations et le développement. « En ce qui concerne les besoins de financement à long terme liés aux objectifs de développement pour l’après-2015, je serais très heureux de voir qu’un système de trains à grande vitesse en Inde, un aéroport international au Nigéria, un nouveau canal de Suez en Égypte, un projet d’aménagement hydroélectrique au Pakistan ou encore un programme de développement communautaire aux Philippines ont tous été financés en mobilisant la puissance des envois de fonds et des économies de la diaspora. »

Les futures entrées de fonds peuvent servir de garanties aux emprunts internationaux des banques nationales de pays en développement. Les envois de fonds peuvent également faciliter l’accès aux marchés financiers internationaux en améliorant la notation souveraine et la viabilité de la dette des pays destinataires.

Selon la note d’information, étant donné que les envois de fonds sont importants et plus stables que bien d’autres flux de capitaux, ils peuvent nettement améliorer la notation souveraine du pays destinataire, ce qui permet d’abaisser les coûts d’emprunt et d’allonger l’échéance de la dette. Récemment, les agences de notation ont commencé à tenir compte des envois de fonds dans la notation du crédit des pays, mais l’existence de difficultés liées aux données offre une marge d’amélioration supplémentaire.

Le cadre de viabilité de la dette établi conjointement par la Banque mondiale et le FMI pour les pays à faible revenu inclut désormais les envois de fonds lors de l’évaluation de la capacité des pays à rembourser leurs obligations extérieures et à souscrire à des emprunts non concessionnels auprès d’autres créanciers privés.

Tendances régionales

Les envois de fonds vers la région Asie de l’Est et Pacifique devraient augmenter de seulement 2,8 % en 2015 pour atteindre 125 milliards de dollars, sous l’effet des perspectives de croissance molle dans la zone euro, ainsi que de la faiblesse de l’euro, du yen japonais et des monnaies d’autres pays d’où émanent les envois de fonds par rapport au dollar des États-Unis. En 2014, les envois de fonds vers la région ont progressé de 7,6 % pour atteindre environ 122 milliards de dollars. Deux pays de la région, la Chine et les Philippines, se classent deuxième et troisième plus grand pays destinataires d’envois de fonds au monde : on estime qu’ils ont respectivement reçu 64 milliards et 28 milliards de dollars en 2014. Cependant, ce sont les petits États insulaires du Pacifique qui dépendent le plus des envois de fonds : les Tonga et les Samoa font partie des dix premiers pays destinataires d’envois de fonds en pourcentage du PIB. Ces montants représentaient 24 % du PIB des Tonga et 20 % de celui des Samoa en 2013. Dans l’ensemble, les perspectives des transferts de fonds vers la région demeurent positives car les travailleurs continuent à partir à l’étranger. Les envois de fonds devraient s’élever à 130 milliards de dollars en 2016 et 135 milliards de dollars en 2017.

Les envois de fonds vers les pays en développement de la région Europe et Asie centrale continueront à chuter en 2015 pour la deuxième année consécutive. Les entrées de fonds devraient atteindre 42 milliards de dollars cette année, ce qui représente une baisse de 12,7 % par rapport à 2014 où elles étaient déjà en recul de 6,3 %. La contraction de l’économie russe, source importante d’envois de fonds, a conduit à des pertes d’emploi chez les migrants, tandis que la dépréciation du rouble a réduit les revenus réels des travailleurs migrants en Russie, ainsi que la valeur des envois de fonds exprimés en dollars des États-Unis. Les pays d’Asie centrale sont les premiers touchés en raison de leur forte dépendance à l’égard des envois de fonds émanant de Russie. En 2014, les transferts de fonds ont diminué de 27 % vers l’Ukraine, 16 % vers l’Ouzbékistan, 11 % vers l’Arménie et 8 % vers le Tadjikistan, cette tendance se trouvant renforcée par une chute spectaculaire au cours du quatrième trimestre. Le Tadjikistan est le pays le plus dépendant au monde des envois de fonds, lesquels représentaient 49 % de son PIB en 2013. En Arménie, ils représentaient alors 21 % du PIB. Les entrées de fonds dans la région devraient reprendre pour atteindre 45 milliards de dollars en 2016 et 48 milliards de dollars en 2017.

Dans la région Amérique latine et Caraïbes, les envois de fonds devraient augmenter de 2,3 % en 2015 et atteindre 66 milliards de dollars. Bien que cette croissance soit plus faible qu’en 2014, elle est nettement plus importante que le taux anémique de la période d’après-crise. Toutefois, les entrées de fonds dans la région ont progressé en 2014 de façon inégale d’un pays à l’autre. Le Mexique, qui était le quatrième plus grand destinataire d’envois de fonds au monde en 2014 avec 25 milliards de dollars, ainsi que le Salvador, le Guatemala et le Honduras ont tous enregistré une forte augmentation de ces transactions. Cette hausse s’est avérée plus faible en Argentine, en Bolivie et au Paraguay, et les envois de fonds ont baissé au Brésil et au Pérou, notamment en raison de la faiblesse de l’activité économique du Japon et de l’Espagne. Les perspectives pour la région sont positives car les transferts de fonds vers ces pays devraient être stimulés par la croissance du PIB et de l’emploi aux États-Unis, même si celle-ci sera contrebalancée par un fort taux de chômage en Espagne. Les envois de fonds vers la région devraient atteindre 69 milliards de dollars en 2016 et 71 milliards de dollars en 2017.

Les envois de fonds vers la région Moyen-Orient et Afrique du Nord ralentiront considérablement en 2015, avec une hausse de 1,1 % pour atteindre 53 milliards de dollars. La croissance modeste de cette année fait suite à une forte augmentation de 7,7 % en 2014, soit la croissance la plus rapide de toutes régions confondues, essentiellement due à une hausse importante de 10 % des envois de fonds vers l’Égypte, sixième plus grand pays destinataire au monde en 2014 avec 20 milliards de dollars. Le Liban a enregistré une hausse de 13 % de ses entrées de fonds avec 9 milliards de dollars en 2014, ce qui en fait le dixième plus grand pays destinataire au monde cette année-là. À moyen ou long terme, la faiblesse persistante des cours du pétrole pourrait entraîner la réduction des envois de fonds émanant des pays du Conseil de coopération du Golfe. À court terme, toutefois, d’importantes réserves de change et une solide situation budgétaire pourraient soutenir les dépenses courantes, retardant ainsi l’impact négatif de la faiblesse des recettes pétrolières sur l’emploi des migrants. Les envois de fonds vers la région devraient atteindre 55 milliards de dollars en 2016 et 57 milliards de dollars en 2017. Les conflits dans la région occasionnent des déplacements de populations au niveau international et des migrations transfrontalières forcées. Ils constituent un facteur de risque majeur pour les transferts de fonds et leurs perspectives dans la région.

L’Asie du Sud devrait bénéficier d’envois de fonds à hauteur de 120 milliards de dollars en 2015, avec une progression ralentie à 3,7 % par rapport aux 4,5 % de l’année précédente. Les activités de construction à grande échelle et l’expansion budgétaire des pays du Conseil de coopération du Golfe, d’où émanent 60 % des envois de fonds vers l’Asie du Sud, ainsi que l’amélioration des perspectives économiques aux États-Unis continueront à soutenir les entrées de fonds dans la région. En raison notamment de l’appréciation de la roupie, la croissance des transferts de fonds vers l’Inde, qui est le premier pays destinataire au monde, est tombée à 0,6 % en 2014 (contre 1,7 % en 2013) et s’est soldée par un montant de 70 milliards de dollars. Par contre, les envois de fonds se sont envolés au Pakistan (16,6 %), au Sri Lanka (9,6 %) et au Bangladesh (8 %). Ces transactions sont extrêmement importantes pour plusieurs pays de la région : en 2013, elles dépassaient 6 % du PIB au Pakistan, au Sri Lanka, au Népal et au Bangladesh, selon les dernières données disponibles. La croissance des envois de fonds vers la région devrait repartir pour atteindre 126 milliards de dollars en 2016 et 132 milliards de dollars en 2017.

La hausse des envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne devrait ralentir pour s’établir à 0,9 % en 2015, ce qui équivaut à 33 milliards de dollars. Le Nigéria représente à lui seul près des deux tiers du montant total des entrées de fonds dans la région, mais on estime que les fonds qu’il reçoit sont restés stables en 2014, à près de 21 milliards de dollars. La croissance régionale des envois de fonds en 2014 a surtout reflété la forte augmentation enregistrée au Kenya (10,7 %), en Afrique du Sud (7,1 %) et en Ouganda (6,8 %). Le niveau de dépendance à l’égard de ces transactions varie d’un pays à l’autre. Les transferts de fonds vers la Gambie, le Lesotho, le Libéria et les Comores représentent environ 20 % du PIB en 2013 selon les dernières données disponibles. Les envois de fonds vers la région devraient repartir pour atteindre 34 milliards de dollars en 2016 et 36 milliards de dollars en 2017. En Somalie, l’impact de l’élimination des risques sur les envois de fonds suscite des inquiétudes : craignant un blanchiment d’argent et des infractions financières, les banques correspondantes ferment les comptes bancaires détenus par des opérateurs de transferts de fonds (voir encadré 3 de la note d’information pour en savoir plus).

On trouvera la note d’information intitulée Migration and Development Brief et les données les plus récentes sur les migrations et les envois de fonds à l’adresse suivante : http://www.banquemondiale.org/themes/migration.

Il est aussi possible de communiquer avec des spécialistes des questions de migration sur le blog « People Move » (http://blogs.worldbank.org/peoplemove/) et de regarder une vidéo sur les envois de fonds à l’adresse http://go.ted.com/fAz

Pour de plus amples informations sur le KNOMAD, consulter le site www.knomad.org.



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COMMUNIQUÉ DE PRESSE N° :
2015/394/DEC