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COMMUNIQUÉS DE PRESSE

Une chance à saisir : l’emploi et la protection sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

10 avril 2013

WASHINGTON, le 10 avril 2013 – Dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), plus de la moitié de la population en âge de travailler est sans emploi et non scolarisée, et les taux d’inactivité des femmes et de chômage des jeunes y sont l’un et l’autre les plus élevés du monde. La plupart des systèmes de sécurité sociale mis en place par les pouvoirs publics pour protéger les plus pauvres assurent une protection insuffisante et laissent bon nombre de familles dans la pauvreté génération après génération. À la place, les subventions générales censées aider la population pèsent lourdement sur les budgets nationaux, alors même qu’elles profitent souvent davantage aux riches qu’aux pauvres et qu’elles génèrent de fortes distorsions économiques diminuant la demande de main d’œuvre. Deux nouveaux rapports du Groupe de la Banque mondiale analysent ces phénomènes très préoccupants pour la santé des économies de la région MENA.

Le rapport Emplois pour une prospérité partagée : C’est le moment d’agir pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord se penche sur les causes des niveaux de chômage élevés et avance des propositions pour créer des économies plus dynamiques génératrices d’emploi. Le rapport Inclusion et résistance aux chocs : Perspectives pour l’assistance sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord présente des solutions pour rediriger les ressources vers des dispositifs de protection sociale permettant aux pauvres d’échapper à la pauvreté et de contribuer au progrès économique et social.

« La demande de justice économique et sociale est intimement liée à la nécessité d’avoir un accès plus équitable aux opportunités économiques, aux emplois et à des systèmes de protection sociale plus efficaces », insiste Inger Andersen, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. « En saisissant ce moment historique et en modifiant radicalement les règles du jeu, la région peut poser les fondements d’une croissance profitant à tous et donner aux plus démunis les moyens de sortir de la pauvreté. »

Dans ces pays, les marchés de l’emploi n’offrent actuellement qu’une quantité très limitée de bons emplois pour quelques travailleurs protégés, en majorité des hommes dans la force de l’âge. Les jeunes et les femmes payent le plus lourd tribut à la crise de l’emploi que traverse la région, laquelle détient deux tristes records mondiaux : trois femmes sur quatre en âge de travailler sont inactives, et un quart des jeunes sont en recherche d’emploi mais n’en trouvent pas.

Pour résoudre ce problème, le rapport identifie trois domaines d’action. Premièrement, il est indispensable d’améliorer l’environnement des affaires pour que le secteur privé puisse créer les bons emplois du futur. Dans la région MENA, l’âge des entreprises et de leurs dirigeants est plus élevé que partout ailleurs dans le monde, ce qui dénote un manque de « destruction créatrice », le processus par lequel des entreprises plus anciennes et moins performantes sont remplacées par de nouvelles, plus productives — processus qui a été pour beaucoup dans l’essor rapide des économies d’Europe orientale et d’Asie. L’abaissement des barrières posées aux entreprises tant à l’entrée qu’à la sortie permettrait de créer un secteur privé dynamique, susceptible d’encourager l’investissement et l’innovation et, par contrecoup, de stimuler la demande de main d’œuvre.

Deuxièmement, le rapport appelle des réformes dans les systèmes éducatifs de la région afin que les jeunes acquièrent les compétences requises pour pouvoir occuper des emplois productifs dans un secteur privé dynamique. Cela suppose d’améliorer la gouvernance des systèmes éducatifs et de concentrer les efforts sur l’enseignement des compétences du XXIe siècle. Troisièmement, les politiques publiques en matière d’emploi et de protection sociale dans la région assurent une bonne protection à un petit nombre de travailleurs, en majorité des hommes dans la force de l’âge, en laissant totalement démunie la majorité de la main d’œuvre. Ces pays doivent faire évoluer leurs systèmes de manière à protéger les revenus de tous, afin que les travailleurs puissent quitter leur emploi pour chercher un travail plus productif sans craindre pour leur subsistance. Les soulèvements arabes ont créé une demande de réforme et offrent aux gouvernements une excellente occasion de s’attaquer à ces problèmes qui minent la région depuis longtemps.

Un rapport complémentaire sur les systèmes de protection sociale dans la région développe ce dernier point et met en évidence la nécessité de rediriger les fonds publics des subventions vers l’aide sociale.

« L’ancien système qui protégeait une minorité de privilégiés tout en achetant la stabilité au moyen de subventions universelles n’est plus viable ni acceptable », explique Steen Jorgensen, directeur de la Banque mondiale pour le développement humain dans la région MENA. « Il faut un nouveau contrat social qui réponde à la demande de pain, de liberté et de justice, afin de libérer l’immense potentiel humain de la région et aider les pauvres, pas seulement à survivre, mais à réussir. »

En plus d’être une source de frustration, le haut niveau de chômage se traduit par une grande vulnérabilité. La région abrite encore un grand nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté — environ un quart de la population dans beaucoup de cas. Que ce soit dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, les enfants des familles les plus démunies présentent des taux de malnutrition plus élevés qui peuvent causer des dommages irréparables, diminuant les capacités d’apprentissage et augmentant le risque d’abandon des études. Il en résulte une moindre productivité à l’âge adulte, et des générations prisonnières du cercle vicieux de la pauvreté.

Les pays MENA consacrent un pourcentage non négligeable de leur budget national à financer des subventions. Même si celles-ci ont un impact positif sur la pauvreté, elles profitent davantage aux riches qu’aux pauvres et alourdissent considérablement les finances publiques. Les subventions pétrolières en particulier ont un impact négatif sur les marchés de l’emploi, car à cause d’elles, il est beaucoup plus intéressant financièrement d’investir dans de nouvelles machines que de recruter de nouveaux employés. Leur coût élevé laisse peu de place aux méthodes de protection sociale ciblées, telles que les transferts directs en espèces. Les pays de la région MENA consacrent en moyenne 5,7 % de leur produit intérieur brut (PIB) à des subventions, dont 80 % de subventions pétrolières universelles. Une comparaison réalisée avec d’autres pays en développement a montré que les subventions représentaient en moyenne 1,3 % du PIB. Les pays de la région MENA consacrent 0,7 % de leur PIB à des transferts en espèces et à d’autres formes d’aide ciblée aux pauvres, mais ces dépenses n’ont pas d’impact significatif sur la pauvreté et les inégalités car elles ne sont pas assez ciblées et couvrent un pourcentage extrêmement faible de la population. De fait, dans tous les pays de la région MENA étudiés sauf un, les deux tiers du segment le plus pauvre de la société ne bénéficient d’aucune forme d’aide ciblée.

Les Territoires palestiniens ont été les premiers à entreprendre de vastes réformes afin d’unifier leur système de protection sociale fragmenté et d’améliorer le ciblage des pauvres en développant les transferts en espèces. Leur registre unifié contient les coordonnées de 97 000 ménages bénéficiaires de transferts ciblés en espèces et leur a permis d’atténuer les effets des crises alimentaires et énergétiques passées en augmentant les aides versées aux plus vulnérables. Des réformes du même type sont possibles dans toute la région, mais la première étape indispensable est d’instaurer la confiance publique. Elle est le socle sur lequel asseoir les réformes profondes qui permettront de stimuler la concurrence, créer des emplois, rediriger de précieuses ressources publiques vers les plus nécessiteux, et exploiter le formidable potentiel humain de la région afin qu’il devienne une source de croissance et de prospérité partagée. Tout comme les réformes de l’environnement des affaires et des marchés du travail, le printemps arabe ouvre la voie à une évolution possible vers une véritable justice sociale où les subventions universelles profitant  aux riches et aux puissants seraient abandonnées au profit de transferts directs en espèces aux pauvres.

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À Washington

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE N° :
2013/328/MNA