TRIBUNE

Un monde où chacun compte : le droit à l’identité, un tremplin pour des millions d’Africains

24 mai 2017


Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique Publiée pour la première fois sur World Economic Forum

Un élève révise pendant des semaines pour l’examen final du cycle d’études secondaires mais se voit refuser le jour J le droit de passer l’examen. Une femme de 65 ans a droit à une pension de retraite mais elle ne peut pas la toucher. Un homme économise pour envoyer de l’argent à sa famille, mais il est dans l’impossibilité d’effectuer le virement. Qu’est-ce que ces personnes ont en commun ? Elles n’ont pas de pièce d’identité officielle.

Près de la moitié des habitants de l’Afrique subsaharienne, soit environ 500 millions de personnes, n’ont aucune preuve juridique de leur identité. Un fait rarement évoqué dans la presse. Sans doute parce que posséder une pièce d’identité va de soi pour ceux qui en ont une. Pourtant, l’absence de documents d’identification crée d’énormes problèmes pour les personnes concernées. Sans un système d’identification efficace, les gouvernements ont des difficultés à fournir des services essentiels pour la population et peinent à éliminer les programmes redondants ou inefficaces. Les systèmes d’identification sont l’un des piliers de la société ; pour établir un contrat social entre le gouvernement et les citoyens, il faut un solide système d’identification et une base de données fiable. 



Le Pérou : une réussite exemplaire

L’exemple du Pérou donne une idée de ce qui est possible. Dans les années 90, le pays sortait d’une longue période de troubles politiques et d’instabilité économique. Les dirigeants péruviens ont érigé la création d’un système d’identification au rang de priorité. En utilisant comme point de départ une base de données incomplète recensant les adultes inscrits au scrutin, le Pérou a établi une base de données d’identification nationale armé d’une volonté politique, d’un mandat constitutionnel et du recours à la biométrie. Aujourd’hui, près de 99 % des Péruviens, y compris les enfants, ont une carte d’identité. Le système étant basé sur une technologie de pointe, il est interopérable, ce qui signifie que l’identité d’une personne peut être vérifiée par différents programmes et organismes. Au Pérou, l’accès aux programmes sociaux financés par l’État s’est avéré un outil efficace de lutte contre la pauvreté.

Sur le continent africain, certains pays comme l’Afrique du Sud ont mis en place des systèmes d’identification de qualité. Dans d’autres pays, comme le Ghana, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie et la Guinée, les dirigeants ont déjà commencé à tirer parti des progrès technologiques pour faciliter l’obtention de cartes d’identité à peu de frais. La technologie moderne permet d’éviter les systèmes obsolètes à support papier, d’améliorer les services d’identification en utilisant des appareils mobiles pour enregistrer les naissances, le recours à la biométrie garantissant de surcroît l’unicité de chaque individu. Les notifications par SMS permettent également d’aider les gens à effectuer le suivi de leur demande. Certains pays ont lancé d’ambitieux programmes d’extension des systèmes d’identification grâce à des campagnes d’information auprès des populations isolées et mal desservies, ce qui permettra d’accroître le nombre de citoyens dotés d’une pièce d’identité officielle.

La mise en place de systèmes d’identification fiables permettra également aux travailleurs d’intégrer l’économie formelle. Aujourd’hui, 20 % des adultes en Afrique subsaharienne qui n’ont pas de compte bancaire estiment ainsi que le manque de documentation officielle est en partie responsable. Lorsque les gens ont accès aux services financiers, ils peuvent obtenir des prêts qui les aident à développer leur entreprise.

Donner une voix à ceux qui n’en ont pas

Disposer d’une identité officielle peut également aider à protéger les familles contre les chocs économiques ou environnementaux et autres crises. Les financements de la Banque mondiale en faveur des programmes de protection sociale en Afrique atteignent 6 milliards de dollars. En Mauritanie, par exemple, la Banque mondiale aide le gouvernement à établir un registre social qui comprend les ménages les plus pauvres du pays et sert à sélectionner les bénéficiaires du programme national de transferts sociaux. Le registre social et le programme national de transferts rendent service à ces ménages, même si certains membres n’ont pas de pièce d’identité officielle. Cependant, dans ces cas, ils fournissent des informations et facilitent leur inscription dans le système national d’enregistrement des faits d’état civil.

Le système d’identification jette les bases nécessaires pour garantir d’autres droits et donne une voix à ceux qui n’en ont pas. La Banque mondiale, dans le cadre de l’initiative Identification for Development (ID4D), a engagé au moins 500 millions de dollars en faveur des pays africains qui s’efforcent d’améliorer leur système de délivrance de pièces d’identité, ce qui facilitera également les prestations de services et l’intégration régionale. La bonne nouvelle est que cet investissement peut s’autofinancé grâce à l’épargne dégagée grâce au système. Un pays comme l’Inde, par exemple, a créé un système de numéro d’identification unique baptisé Aadhaar qui garantit que les allocations et subventions sont uniquement versées aux bénéficiaires visés par les programmes d’aide sociale. Résultat des courses : le pays a généré une épargne suffisante pour amortir le coût du système en quelques années.

En investissant dans un système d’identification officielle, les gouvernements fonctionneront de manière plus efficace et fourniront des services de meilleure qualité à chacun et ce dès la naissance. Donner le droit à l’identité, c’est investir dans l’avenir. 


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