TRIBUNE

Passons au vert au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

01 novembre 2016


Hafez Ghanem

Un appel urgent à l’action contre le changement climatique

Nous nous trouvons peut-être aujourd’hui à un tournant. Moins d’un an après sa signature à Paris, l’accord historique sur la lutte contre le changement climatique a fait l’objet d’un nombre suffisant de ratifications pour assurer son entrée en vigueur dans les prochains jours. Avec cet accord, la communauté internationale s’est engagée à prendre des mesures vigoureuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement planétaire sous la barre des 2 ˚C. Il est temps à présent de transformer l’accord de Paris en action, et la prochaine conférence sur le climat qui se tiendra au Maroc (la COP 22) va de nouveau réunir toutes les parties concernées par cet objectif collectif.

Le Maroc fournit un exemple éclatant de ce qu’il faut faire. Ces dernières années, les dirigeants du pays ont engagé des politiques et des investissements en faveur du renforcement de la résilience au changement climatique et de la promotion d’une économie sobre en carbone. Le choix du Maroc comme pays hôte de la COP 22 témoigne du rôle des pays à revenu intermédiaire dans la lutte contre le changement climatique et de leur capacité à fédérer la communauté internationale autour de cet enjeu crucial. 

La Conférence des parties organisée à Marrakech se penchera aussi sur les difficultés auxquelles est confrontée en particulier la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Le changement climatique, qui a d’ores et déjà des conséquences dans la région MENA, risque de devenir un grand facteur d’instabilité. Alors que le désert couvre une partie importante de la région, ses terres habitables revêtent une importance capitale. Selon nos études, quand la température mondiale aura augmenté de 1,5 ˚C, les sécheresses plus longues, plus fréquentes et plus graves risquent de rendre inhabitables un nombre encore plus grand de territoires, ce qui accentuera les flux migratoires vers des villes déjà surpeuplées. La région MENA se caractérise par une concentration économique et humaine le long des littoraux, ce qui la rend particulièrement vulnérable à la montée du niveau de la mer. On estime que le niveau de la Méditerranée va augmenter entre 0,2 et 0,5 mètre : en l’absence de mesures d’adaptation, jusqu’à 25 millions d’habitants entre Alger et Beyrouth en subiront de plein fouet les conséquences. Cette situation entraînera le déplacement de millions de personnes, mais aussi la perte de terres, de biens immobiliers et de patrimoines culturels précieux qui se chiffrerait à des milliards de dollars. Pour faire face à ces défis, il est plus que jamais primordial de prévoir des financements et des politiques dédiés au renforcement de la résilience.

                                               

Le Groupe de la Banque mondiale est déterminé à aider les pays de la région et ailleurs dans le monde à tracer la voie de la transition vers une croissance décarbonée et une plus grande résilience aux effets du changement climatique. Nous nous sommes fixé des objectifs mondiaux ambitieux à l’horizon 2020, en nous engageant à contribuer à l’augmentation d’investissements climato-intelligents dans l’agriculture, à l’ajout de 30 gigawatts d’énergie renouvelable (assez pour alimenter en électricité 150 millions de foyers) à la capacité énergétique mondiale, et à la mise en place de systèmes d’alerte précoce pour la prévention d’épisodes météorologiques extrêmes au profit de 100 millions de personnes. Nous collaborerons avec les pays de la région MENA pour les aider à remplir leurs engagements climatiques internationaux en mettant à leur disposition nos connaissances et nos ressources.  

                                                   

Le Maroc et les Émirats arabes unis font partie des États qui ont déjà ratifié l’accord de Paris et qui ont ainsi contribué à son entrée en vigueur. Il s’agit d’une avancée encourageante pour toute la région, qui montre que les pays commencent à placer le dossier climatique au premier rang de leurs priorités stratégiques. Mais le changement n’arrivera pas tout seul. C’est l’affaire de chacun d’entre nous : gouvernants, institutions, entreprises du secteur privé et citoyens, nous devons tous nous sentir responsables et adapter nos actions et nos comportements. La COP de Marrakech sera celle de l’action, celle du changement indispensable pour éviter le point de non-retour, celle où les grandes économies du monde ouvriront la voie à la transition verte.