TRIBUNE

Libérer le potentiel énergétique des Caraïbes

31 janvier 2015


Jorge Familiar, vice-président la Banque mondiale pour l'Amérique latine et les Caraïbes Le Nouvelliste

La sécurité énergétique est au centre des préoccupations des dirigeants des Caraïbes et cela depuis un certain temps.

Avec un coût moyen d'électricité en moyenne quatre fois plus élevé que dans les pays riches comme les États-Unis, les coûts élevés de l'énergie ne sont pas seulement une épreuve quotidienne pour les habitants des Caraïbes, mais aussi l'un des principaux freins pour la croissance économique et la prospérité dans la région.

Si la baisse récente des prix du pétrole réduit temporairement la pression au sein de ces petits états fortement dépendants des produits pétroliers, cela représente aussi une occasion de revoir les stratégies pour accroître la sécurité énergétique dans la région. Cela signifie investir dans des énergies propres, et réaliser des économies d'énergie grâce à une production et une consommation plus efficace.

Dans l’objectif d’œuvrer vers cette transformation, les dirigeants des Caraïbes et les principaux partenaires dans le secteur de l’Energie ont convenu de mettre en place un cadre régional commun pour le développement durable de l'énergie lors du Sommet de la Sécurité Energétique des Caraïbes, cette semaine à Washington DC.

La plupart des pays des Caraïbes, en particulier les petits Antilles , dépendent presque entièrement du pétrole pour répondre à leurs besoins d'électricité - avec des dépenses pétrolières et gazières s’élevant de sept à 20 pour cent du PIB d'un pays donné.

La région a atteint l'électrification quasi universelle et presque tous les ménages sont raccordés à un réseau électrique, à l'exception d'Haïti. Après le tremblement de terre dévastateur qui a frappé la ville de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti, il y a cinq ans, la disponibilité et la fiabilité des services énergétiques modernes restent cruciales pour la reprise et le développement durable du pays, où seulement 30 pour cent de la population a un accès régulier à l’électricité.

Lorsqu’on marche dans les rues de Port-au-Prince ou de Basse-Terre à Saint-Kitts-et-Nevis, on remarque des nombreux lampadaires solaires. La région des Caraïbes a un potentiel d'énergie renouvelable important et diverse qui comprend non seulement l'énergie solaire, mais aussi éolienne, géothermique, hydroélectrique, la biomasse et l'énergie marine. Bien que  les énergies solaire et éolienne soient des sources intermittentes, elles peuvent être aujourd’hui aisément intégrées aux réseaux électriques, en combinaison avec l'énergie géothermique renouvelable ou le gaz naturel propre.


« La plupart des pays de la Caraïbe, en particulier les petits Antilles, dépendent presque entièrement du pétrole pour répondre à leurs besoins d'électricité »

Jorge Familiar

Vice-président la Banque mondiale pour l'Amérique latine et les Caraïbes

Selon une récente étude de la Banque mondiale, sept pays des Caraïbes orientales ont un potentiel de production d'énergie géothermique, ce qui devrait leur permettre de réduire les coûts pour leur secteur de l'électricité dépendant du pétrole. Sur l'île de la Guadeloupe, la centrale géothermique  Bouillante génère déjà 15 MW de manière quasi ininterrompue tout au long de l’année. Des forages d'exploration et des travaux préparatoires sont en cours à la Dominique, la Grenade, Montserrat, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis et Saint-Vincent-et-les Grenadines.

Pourtant, la production d'électricité à partir de pétrole et de gaz restera dominante pendant encore un certain temps. Une autre priorité convenue par les gouvernements des Caraïbes lors du Sommet est de réduire les inefficacités dans leurs systèmes énergétiques en économisant l'énergie et en réduisant les déchets. Concrètement cela signifie moderniser les entreprises et les réseaux de distribution d'électricité ; et du côté des consommateurs rendre les bâtiments plus éco-énergétiques et remplacer de vieux équipements et appareils, en utilisant notamment des ampoules LED.

Aujourd'hui près d'un ménage sur deux à la Barbade utilise un chauffe-eau solaire. Tout au long de l'île, des panneaux et chauffe-eaux solaires apparaissent sur les bâtiments gouvernementaux, les hôpitaux, les entreprises et des milliers de maisons aux couleurs vives. L'industrie solaire est devenue une source importante d'emplois écologiques dans le pays notamment parce que les entreprises caribéennes ont mené l’effort de fabrication régionale pour les chauffe-eaux solaires.

Ce mouvement vert se manifeste également dans d'autres îles, comme Aruba où le gouvernement travaille avec l'industrie hôtelière et investit dans une technologie plus efficace et propre. À la fin de l'année, Aruba utilisera près de 50 pour cent d'énergies renouvelables et son objectif est d'atteindre les 100 pour cent en 2020.

Le Groupe de la Banque mondiale travaille avec les gouvernements des Caraïbes pour soutenir leurs efforts de modernisation du secteur de l'énergie avec des investissements et des changements réglementaires touchant à la fois la production d'énergie et l'efficacité énergétique. Les objectifs sont notamment de réduire les tarifs de vente au détail, accroître la fiabilité de l'approvisionnement en diversifiant et en utilisant des sources combustibles renouvelables, ainsi que d’améliorer la prestation de services.

Ces réformes sont essentielles pour améliorer le climat des affaires. Par exemple l'année dernière, la Jamaïque a gagné 27 places au classement dans l'indicateur Doing Business en partie grâce à la diminution du coût de l'électricité résultant de la baisse des coûts de connexion externe.

De nombreux bailleurs de fonds et investisseurs soutiennent ces réformes et c’est la raison pour laquelle un Réseau d’investissement dans l'énergie des Caraïbes a également été proposé cette semaine lors du Sommet, afin de développer une nouvelle architecture de la coopération pour la sécurité énergétique dans la région.

Ce nouveau réseau permettrait non seulement de favoriser une plus grande coopération entre les îles et entre les gouvernements, les donateurs, les institutions financières internationales, et les investisseurs, mais permettrait également d'identifier des mesures concrètes que les pays des Caraïbes et les partenaires de développement peuvent prendre pour attirer des investissements pour des initiatives d'énergie durable.

En se regroupant et en acceptant de construire une plate-forme commune, les pays des Caraïbes et leurs partenaires ont montré leur engagement à rendre le secteur de l'énergie plus efficace, durable et vert. Ce n’est que la première étape pour libérer le potentiel énergétique des Caraïbes. Nous devons maintenant poursuivre sur cette lancée.



Contacts médias
À Washington, D.C., États-Unis
Christelle Chapoy
Téléphone : +1 202 458-2656
cchapoy@worldbank.org
À Kingston, Jamaica
Gerrard McDaniel
Téléphone : +1 876 960-0459
gmcdaniel@worldbank.org

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