ARTICLE 13 mai 2019

Lokole : des jeunes congolais à l’assaut du virus Ebola avec le numérique

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LES POINTS MARQUANTS

  • Le ministère congolais de la santé a organisé un hackaton pour associer le numérique au combat contre l’épidémie d’Ebola qui sévit à l’est du pays depuis août 2018.
  • David Malaba, Aurore Beia et leur équipe ont remporté l’épreuve avec leur application Lokole.
  • Empruntant son nom à un tambour traditionnel, l’application permettrait aux relais communautaires et aux populations d’échanger des informations en temps réel avec l’équipe de coordination de la riposte à Ebola.

KINSHASA, 13 mai 2019 ― Et dire que ces sept joyeux lurons ne se connaissaient même pas il y a quelques semaines ! Les voilà unis par un même combat contre l’épidémie du virus Ebola qui sévit depuis près d’un an à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Leur arme : le numérique. Emmanuel Tende, Ursula Dikamba, Aurore Beia, Israël Basilua, David Malaba, Joel Ambu et Maria Kavilako, jeunes étudiants congolais d’une vingtaine d’années, ont remporté le premier hackathon organisé à Kinshasa sur le thème d’Ebola et vont bénéficier d’un appui de la Banque mondiale pour finaliser leur projet.

Organisé en mars 2019 par le ministère de la santé, Kinshasa Digital et Internews à l’occasion du lancement de l’Agence nationale d’ingénierie clinique d’information et d’informatique de santé (ANICiiS), le hackathon visait à « identifier des talents parmi les générations futures ». Pour une raison très simple : « la création d’une agence de transformation digitale dans le secteur de la santé publique nécessite des ressources humaines qualifiées et professionnelles qui ont une réelle maîtrise des nouvelles technologies de l’information et de la communication », explique Jessica Ilunga, chargée de communication au ministère de la santé et co-organisatrice du hackathon.

Une cinquantaine d’étudiants en communication, journalisme, médecine et informatique regroupés en équipes multidisciplinaires de cinq à sept personnes chacune ont donc planché 24 heures durant sur le sujet suivant : « Comment les équipes de lutte contre Ebola peuvent-elles mieux utiliser les nouvelles technologies pour atteindre leurs objectifs de communication aux niveaux local, national et international ? ». Chaque équipe a ensuite présenté en cinq minutes sa solution devant un jury d’experts dans les domaines de la santé et du numérique. Les lauréats ont été primés lors de la clôture de Kinshasa Digital Week, le plus grand forum du numérique en RDC, dont la deuxième édition s’est tenue mi-avril 2019 à Kinshasa. 

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Aurore Beia, 23 ans, étudiante en médecine, membre de Lokole.

Emmanuel, Ursula, Aurore, Israël, David, Joel et Maria ont gagné avec leur projet de création de Lokole, une application mobile de données de service supplémentaires non structurées (USSD). L’objectif ? Envoyer et recevoir en temps réel des données et des informations entre la population et les équipes de lutte contre Ebola. « Nous avons donné ce nom à notre application parce que le lokole est un tambour traditionnel utilisé dans différentes provinces du Congo comme instrument de musique, mais aussi comme outil de transmission de messages », explique Aurore Beia, 23 ans, étudiante en médecine et membre de l’équipe.

L’application Lokole permet aux relais communautaires de reconnaître les symptômes d’Ebola que présenterait une personne, en répondant à un questionnaire. Ils peuvent ensuite alerter une équipe d'intervention si nécessaire. L’équipe de coordination de la riposte à Ebola reçoit simultanément toutes les alertes et peut les transférer, toujours via Lokole, aux équipes de terrain. Un rapport final est transmis au ministère de la santé. Ainsi, « Lokole fait le pont entre la population et les relais communautaires, entre les relais communautaires et les agents de la riposte, et entre les agents de la riposte et le ministère de la santé », résume Aurore.


« Nous savons que l’épidémie d’Ebola sévit actuellement dans des zones reculées à faible couverture Internet, c’est pourquoi Lokole est une application USSD gratuite, qui ne nécessite ni connexion Internet ni smartphone. C’est une solution à moindre coût accessible à tous. »
David Malaba

« La gestion en temps réel de l’information par les différents maillons de la riposte à Ebola permettra de détecter et prendre en charge les patients plus rapidement, et de faire parvenir plus vite les ressources sur le terrain. Cela contribuera à faire baisser la mortalité due au virus. C’est le vrai enjeu de Lokole », précise David Malaba, 23 ans, étudiant en informatique, créateur d’Eliteframe, une start-up d’assistance numerique.

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David Malaba, 23 ans, étudiant en informatique, chef d’équipe de Lokole.

 « Nous savons que l’épidémie d’Ebola sévit actuellement dans des zones reculées à faible couverture Internet. » poursuit David Malaba. « C’est pourquoi Lokole est une application USSD gratuite, qui ne nécessite ni connexion Internet ni smartphone. C’est une solution à moindre coût accessible à tous ».

L’équipe Lokole bénéficiera, entre autres récompenses, de trois mois de mentorat et d'encadrement à Ingenious City, un incubateur technologique de Kinshasa, pour lui permettre d’optimiser son projet. « Notre objectif est d’arriver dans ce délai à développer un prototype de Lokole prêt à être déployé dans le système national de riposte contre l’épidémie d’Ebola. Si Lokole peut contribuer à réduire, ne serait-ce que de 1 %, la mortalité liée à cette épidémie, alors nous n’aurons pas travaillé en vain », conclut David Malaba.

La Banque mondiale soutient les efforts du gouvernement congolais et de la communauté internationale dans la lutte contre la dixième épidémie de la maladie à virus Ebola qui sévit à l’est du pays depuis août 2018. Elle a apporté à ce jour la moitié des financements destinés à soutenir les efforts de riposte, dont le montant total s’élèvera à 80 millions de dollars. Elle fournit également une assistance technique pour le renforcement du système de santé de la RDC et elle investit dans des plans de préparation aux pandémies dans les neuf pays limitrophes de la RDC pour prévenir les risques de propagation du virus au-delà des frontières congolaises. Bien que l’épidémie ait aujourd’hui dépassé la barre des 1500 personnes infectées et 1000 décès, elle ne constitue pas encore, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une urgence de santé publique de portée internationale.



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