ARTICLE 31 janvier 2019

Du mortier au broyeur mélangeur : parcours d’un combattant agriculteur

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Rusty Guembo et son associé Gervais Kondo sont parvenus à transformer leur petite exploitation aviaire en une entreprise agroindustrielle florissante. 

Photo: Franck Bitemo/Banque mondiale


Entre 2008 et 2017, le Projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes rurales, financé à hauteur de 22,5 millions de dollars par l’IDA, a permis de donner un coup de pouce à plus de 360 000 exploitants agricoles congolais, dont 51,30 % de femmes et, de doubler le rendement de certaines cultures vivrières.

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« J’ai toujours rêvé d’être mon propre patron ». Rusty Guembo assume ses ambitions dans une société où il est de bon ton d’être fonctionnaire. À 45 ans, cet ingénieur congolais, diplômé de l’Institut de développement rural de Brazzaville, dirige avec son associé Agro 4, une coopérative de maraîchers et d’éleveurs de poules.

Comprendre le potentiel du secteur privé et persévérer

Une aventure qu’il a débutée en 2000 avec trois amis en aménageant un poulailler de fortune dans une pièce de sa maison. Les débuts sont difficiles ! « Pour nourrir quotidiennement nos poules, on utilisait un mortier pour piler les céréales qu’on filtrait ensuite avec un tamis, avant de les mélanger à d’autres ingrédients à l’aide d’une pelle », raconte-t-il. « Quatre ans durant, nous avons travaillé sans faire le moindre bénéfice. » Deux de ses coéquipiers renoncent.

Lui et le dernier de ses compagnons, Gervais Kondo, persévèrent et, entre 2004 et 2006, ils formalisent leur coopérative et obtiennent de petits financements qui leur permettent d’augmenter leur élevage et leur capacité de production artisanale de nourriture pour volaille.


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« Notre plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à développer une vision et à défendre des valeurs qui nous tiennent à cœur, notamment la promotion d’une production locale de qualité et abordable pour que les Congolais puissent avoir les moyens de bien se nourrir », confie Gervais. 

Photo: Franck Bitemo/Banque mondiale


Un coup de pouce déterminant

C’est en 2010 que s’opère le tournant décisif lorsqu’ils reçoivent une dotation du Projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes rurales (PDARP), financé par la Banque mondiale, qui leur permet de faire l’achat d’un broyeur mélangeur incliné d’une valeur de 5 millions de francs CFA et d’une capacité de 1 250 kg par heure. « Cet outil a révolutionné notre travail ! », explique Rusty Guembo. « En quatre mois, nous avons triplé notre production de nourriture pour volaille qui est passée à 60 tonnes par mois. » La fabrication de nourriture de bétail s’impose alors comme l’activité majeure d’Agro 4. En 2012, les économies réalisées leur permettent d’acquérir une deuxième machine pour faire face à une demande croissante.

Leur coopérative compte aujourd’hui 10 éleveurs et emploie des dizaines d’employés. Elle est propriétaire des locaux de son siège, installé au cœur d’un des plus grands marchés du sud de Brazzaville. Elle dispose de succursales à Pointe-Noire, mais aussi dans les départements de la Bouenza et des Plateaux où la coopérative a acquis des terres et développe des activités agricoles. Agro 4 est également en train d’installer une grande ferme avicole et porcine sur un terrain octroyé par le gouvernement, à la périphérie sud de la capitale. Elle possède enfin un parc automobile pour collecter et transporter les intrants et distribuer ses produits. En 2017, la fabrique de nourriture d’élevage affichait un chiffre d’affaire d’environ 700 millions de francs CFA (environ 1,2 million d’euros).

Mais la plus grande fierté de Rusty et Gervais c’est d’avoir réussi à « développer une vision et à défendre des valeurs qui nous tiennent à cœur, notamment la promotion d’une production locale de qualité et abordable pour que les Congolais puissent avoir les moyens de bien se nourrir. »

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« J’ai toujours rêvé d’être mon propre patron ». Rusty Guembo assume ses ambitions dans une société où il est de bon ton d’être fonctionnaire. Photo: Franck Bitemo/Banque mondiale


Augmenter la productivité agricole de manière responsable

Le Projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes rurales (PDARP), d’un montant global de 50,5 millions de dollars, dont 28 millions proviennent du gouvernement et 22,5 millions de l’Association internationale de développement (IDA), a été mis en œuvre entre 2008 et 2017. Plus de 360 000 personnes en ont bénéficié dont 51,30 % de femmes. Il a contribué à doubler le rendement de certaines cultures vivrières. Dans sa lignée, le nouveau Projet d’appui au développement de l’agriculture commerciale (PADAC) vise à poursuivre ces résultats prometteurs en favorisant une approche innovante. Financé entièrement par l’IDA à hauteur de 100 millions de dollars échelonnés sur cinq ans, il vise à améliorer la productivité agricoles et l’accès aux marchés des groupes de producteurs et des micros, petites et moyennes entreprises agroindustrielles. Au total, 500 000 agriculteurs et éleveurs dans différents départements de la République du Congo devraient en bénéficier.

« Le PADAC doit contribuer à changer le regard des Congolais sur l’agriculture, afin qu’ils ne la considèrent plus seulement comme une activité de subsistance mais comme une activité entrepreneuriale prometteuse », insiste Rusty Guembo.



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