ARTICLE 25 juillet 2018

Mali : des vélos pour aller à l’école et y rester

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« Le soir, j’arrivais à la maison très fatiguée et je n’avais ni le temps ni le courage d’apprendre mes leçons », confie Deboura qui avait dû abandonner ses études et qui a pu reprendre récemment le chemin de l’école, grâce à son vélo.

Photo : Bachir Diallo/Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • Au Mali, la déscolarisation des jeunes filles en milieu rural est inquiétante et freine leur autonomisation.
  • Les longues distances à parcourir, le taux élevé de pauvreté et les normes sociales expliquent ce phénomène.
  • Dans plusieurs villages, la distribution de vélos et l’implication des personnalités influentes au sein des communautés, permettent aux jeunes filles de poursuivre leur scolarité.

BAMAKO, 25 juillet 2018—Un matin pas comme les autres, Déboura Goita, son sac accroché au dos, descend de son vélo bleu flambant neuf pour se diriger vers le grand arbre qui donne de l’ombre dans la cour l’école de Waki, à Kimparana, dans la région de Ségou, situé à 491 kilomètres de Bamako. Plusieurs vélos sont déjà adossés à l'arbre. Une fois rassurée que le sien est bien aligné et sécurisé, elle rejoint sa salle de classe, quelques pas plus loin.

Élève en 7e année (première année de collège), Déboura a 16 ans. Sa maman s’occupe seule d’elle, de ses trois sœurs et de ses deux frères depuis que leur père est décédé. Avant d’avoir ce vélo, elle parcourait chaque jour six kilomètres à pied pour se rendre à l’école la plus proche de son domicile.

« Le soir, j’arrivais à la maison très fatiguée et je n’avais ni le temps ni le courage d’apprendre mes leçons », confie celle qui avait dû abandonner ses études et a repris récemment le chemin de l’école, grâce à son vélo. Un engin qu’elle manie avec beaucoup de dextérité et dont elle prend grand soin.

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Certains villages se situent à plus de 15 km de l’école, grâce aux vélos nous espérons réduire le taux d’abandon scolaire », explique le directeur de l’ecole de Waki. Photo : Bachir Diallo/Banque mondiale

 

En classe, Déboura approfondit désormais ses notions de français, mathématiques, histoire et géographie. « Mes matières préférées sont la physique, la chimie, la biologie, la géographie et l’éducation civique et morale », dit-elle, assise à côté ses camarades qu’elle a pu retrouver, tout en s’appliquant à écrire dans son cahier les phrases que le maître est en train d’écrire au tableau. « Mon rêve est de devenir enseignante », poursuit Déboura, le sourire aux lèvres avant de baisser les yeux sur son cahier.

Comme Déboura, 27 autres jeunes filles de Kimparana ont pu regagner les rangs de l'école et éviter le décrochage scolaire grâce au vélo qu'elles ont reçu. « Déboura suit maintenant assidument ses cours, elle arrive à l’heure tous les jours et a même passé les examens du second trimestre qui ont eu lieu juste après la donation du vélo », explique Mamadou Konaté, proviseur de l’école de Waki.

Après l’école, Débora aide en général sa mère à faire les travaux ménagers : préparer les repas, puiser de l’eau, laver les ustensiles de cuisine et balayer la cour. Quant aux travaux champêtres, elle y participe pendant les vacances.

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En plus des vélos, le SWEDD a également fourni des kits scolaires et des kits sanitaires à 3 000 filles et les 900 parents ou familles d’accueil qui les hébergent ont reçu des céréales et d’autres vivres. Photo : Bachir Diallo/Banque mondiale

 

La déscolarisation des filles, un phénomène rural au Mali

Au Mali, la déscolarisation des jeunes filles reste une préoccupation, avec un taux de scolarisation au secondaire de 47,8 % dont 52,9 % pour les garçons et 42,8% pour les filles. Un phénomène qui est particulièrement important en milieu rural. Pour Birama Kassogué, le directeur du centre d’animation pédagogique de Kimparana, l’abandon scolaire est essentiellement dû à la pauvreté des familles, aux mariages précoces, et à la distance que les élèves doivent parcourir à pied pour se rendre à l’école. « Certains villages se situent à plus de 15 km de l’école, grâce aux vélos nous espérons réduire le taux d’abandon scolaire », explique-t-il.

En-dehors des 27 jeunes filles de l’école de Waki qui ont reçu des vélos pour aller à l’école, poursuivre leurs études et pouvoir réaliser leurs rêves, 900 jeunes filles, de 75 écoles des régions de Kayes, Sikasso, Ségou et Mopti, ont maintenant la possibilité d’échapper aux mariages arrangés que leurs parents finissent par leur proposer à force de les voir rester à la maison.

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« Mon rêve est de devenir enseignante », explique Déboura, le sourire aux lèvres avant de baisser les yeux sur son cahier. Photo : Bachir Diallo/Banque mondiale

 

« Mon défi : le DEF »

Ces vélos font partie des initiatives financées par la Banque mondiale à travers le projet d’autonomisation des femmes et de dividende démographique au Sahel (SWEDD) dans le cadre de la lutte contre l’abandon scolaire des jeunes filles dont le slogan est « Mon défi, le D.E.F ! », le Diplôme d’études fondamentales qui valide la fin du collège en 9e année.

En plus des vélos, le projet a également fourni à 3 000 filles des kits scolaires contenant entre autres des livres, des cahiers et des sacs. Elles ont aussi reçu des kits sanitaires (savon et de serviettes hygiéniques) et les 900 parents ou familles d’accueil qui les hébergent ont reçu des céréales et d’autres vivres.

Par ailleurs et afin d’inciter les jeunes filles à rester à l’école et encourager également leurs parents à les y laisser, le projet organise des cours de rattrapage en mathématiques, physique, chimie, français et anglais pour plus de 7 400 filles scolarisées dans les 75 écoles sélectionnées.

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Le SWEDD devrait permettre à 22 000 filles comme Déboura de rester à l’école, poursuivre leurs études et prendre leur destin en main. Photo : Bachir Diallo/Banque mondiale

 

Le projet SWEDD a aussi formé 238 enseignants et conseillers pédagogiques aux droits des enfants et les a sensibilisés sur les pratiques traditionnelles qui nuisent à l’épanouissement des jeunes filles, comme les mariages et les grossesses précoces, les inégalités homme-femme, le manque de santé de la reproduction et les violences basées sur le genre.

Parce que leur voix compte beaucoup pour la réussite de cette initiative, 48 leaders religieux et communautaires ont aussi été mobilisés et formés afin de devenir les champions engagés dans la défense des droits des jeunes filles, notamment dans le cadre de discussions publiques organisées dans les écoles.

On estime ainsi que 22 000 filles comme Déboura pourront rester à l’école, poursuivre leurs études et prendre leur destin en main. 



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