ARTICLE 01 juin 2018

Lambaréné place les habitants au cœur de la protection des écosystèmes menacés

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Située au bord du fleuve Ogooué, Lambaréné abrite un écosystème unique au monde, inscrit au patrimoine mondial des zones humides d'importance internationale.


LES POINTS MARQUANTS

  • Avec une couverture forestière de 80 %, le Gabon est une partie intégrante du 2e poumon vert de la planète après l’Amazonie et la préservation de ce patrimoine naturel est une priorité nationale.
  • La mise en place d’activités génératrices de revenus auprès des habitants de la région permet de préserver cet écosystème fragile et d’impliquer les citoyens.
  • Par ailleurs, le renforcement de capacités de surveillance sur les sites protégés aide également à protéger la faune et à lutter contre le braconnage.

LIBREVILLE, le 1er juin 2018‒Perdue dans l’immensité du paysage, Lambaréné admire depuis plus d’un siècle l’Ogooué, principal fleuve du Gabon, qui prend sa source au Congo et traverse le pays d’est en ouest avant de se jeter dans l’océan Atlantique, 1200 kilomètres plus loin. La ville a aussi la particularité d’être au cœur du site protégé de Ramsar* Bas- Ogooué, inscrit au patrimoine mondial des zones humides d'importance internationale en 2009.

Un patrimoine unique au monde

Pas étonnant donc, d’avoir le souffle coupé par les vastes étendues de mangroves, la profondeur des forêts marécageuses, le camaïeu des prairies humides et le scintillement des massifs de papyrus, lorsque l’on navigue le long du fleuve. Les nombreux lacs alentours et de la grande variété de la végétation, offrent nourriture, refuge et un habitat aux animaux qui cohabitent avec les habitants. Et ce riche écosystème confère un caractère unique au Bas-Ogooué.

Cependant, certains d’entre eux, tels que le lamantin, l'hippopotame, l'éléphant ou encore de nombreuses espèces d'oiseaux et de poissons, sont menacés par l'exploitation forestière, la pollution des eaux ou encore la pêche sauvage.


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La prise de conscience collective sur la nécessité de préserver l'écosystème fragile du Bas-Ogooué, a permis de réduire la pression anthropique sur la faune et la flore et de développer de nouvelles activités génératrices de revenus.


Soucieux d’améliorer la protection de la biodiversité dans ces zones humides et surtout de mettre en place des mesures de gestion durable de ces écosystèmes, en collaborant avec la population locale et riveraine, le gouvernement a mis en place le Projet d’appui à la gestion durable des écosystèmes des zones humides critiques (PAZH) dans plusieurs sites prioritaires comme celui du Bas Ogooué.

À Lambaréné, de nombreuses personnes, comme Marilou Ossawa, ont été directement affectées par la mise aux normes des pratiques, notamment l’interdiction de certaines zones et techniques de pêche, pour favoriser une pêche écoresponsable. À 41 ans, Marilou est présidente de l’association Inongouna, une association qui regroupe des « marieuses », c’est-à-dire des marchandes de poisson fumé. La pêche est donc leur principale source de revenu. « Du jour au lendemain nous ne pouvions plus utiliser les mono filaments ou les autres techniques villageoises pour pêcher, ni même aller dans certains endroits. En plus, on nous a expliqué qu’à long terme, nos habitudes feraient disparaître les poissons. Et si demain les poissons disparaissent, qu’est-ce qu’on va vendre ? », confie-t-elle. 

Une prise de conscience collective…

Elle a donc accepté de changer ses habitudes. Cela n’a pas été facile au début, mais aujourd’hui ça a payé : « Non seulement je comprends l’importance de pratiquer une pêche écoresponsable, mais en plus je participe à la préservation des ressources naturelles de ma région », explique Marilou ravie. « Les nouvelles techniques de pêche m’ont aussi permis d’augmenter mon chiffre d’affaires et celui des autres membres de l’association Inongouna. Les poissons que nous attrapons dorénavant sont plus gros et donc mieux vendus à 3000 francs CFA le kilo contre 300 francs en saison sèche. »

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Afin d’encourager de telles initiatives, le projet PAZH a fourni des financements et des dons à l’association Inongouna et à autres associations de la région dans le cadre de la mise en place d’activités génératrices de revenus (AGR). À travers la mise en place de ces AGR, le projet cherche à prendre en compte les besoins des populations riveraines et à réduire les effets de certaines restrictions mises en place pour préserver les ressources naturelles. Il les aide à trouver et explorer d’autres sources de revenus afin de diminuer la pression sur l’environnement.

… et la diversification de l’activité économique

Plusieurs types d’AGR sont ainsi mises en place et financées par le projet. Certaines dans le secteur de la pêche, comme pour Marilou, financent par exemple, la pisciculture, la transformation et la conservation de produits de pêche ou encore l’entretien et la réparation de moteurs de pirogues. D’autres interviennent dans le secteur du tourisme, de l’agriculture ou de l’élevage. Profitant d’un site exceptionnel et d’un potentiel touristique encore sous exploité, le Bas-Ogooué a de beaux jours devant lui. Couplés avec la promotion de l’artisanat local ou encore la vente de détail, des villages entiers pourraient revivre grâce à l’afflux de touristes nationaux et internationaux, mais aussi à la vente de produits du terroir.



Au total, avec près de huit AGR mises en place et financées à hauteur de 128,9 millions de francs CFA, le projet PAZH permet de promouvoir une gestion durable des écosystèmes des zones humides critiques, mais vise aussi à réduire la pauvreté des populations locales vulnérables en s’assurant de les impliquer dans la préservation de leur environnement tout en améliorant durablement leur niveau de vie.

* La Convention de Ramsar, officiellement Convention relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau, aussi couramment appelée convention sur les zones humides, est un traité international adopté le 2 février 1971 pour la conservation et l'utilisation durable des zones humides, qui vise à enrayer leur dégradation ou disparition, aujourd'hui et demain, en reconnaissant leurs fonctions écologiques ainsi que leur valeur économique, culturelle, scientifique et récréative.


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