ARTICLE 13 mars 2018

Préserver les écosystèmes fragiles en offrant des activités alternatives aux habitants

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Bœufs, cochons, poulets, chèvres, dindons, canards, pintades et lapins déambulent allègrement au milieu d’étals remplis de produits du terroir, en plein cœur de Cotonou.    

Photo: Gnona Afangbedji/Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • L’organisation d’une foire agricole en plein centre de Cotonou a permis de vendre les produits issus d’activités alternatives génératrices de revenus (AaGR) pour protéger les forêts classées et les parcs nationaux.
  • 200 producteurs provenant de plus de 50 villages ont ainsi pu faire des affaires, établir des contacts et se constituer un réseau afin de mieux écouler leurs produits.
  • Avec plus de 4 500 visiteurs et plus de 8,5 millions de francs CFA de recettes engrangées par les marchands forains, cette initiative est un succès qu’il faut désormais pérenniser.

COTONOU, le 13 mars 2018‒Il y a quelques mois, l’esplanade du stade de l’Amitié à Cotonou, la capitale du Bénin, offrait un drôle de spectacle. Bœufs, cochons, poulets, chèvres, dindons, canards, pintades et lapins déambulaient allègrement au milieu d’étals remplis de produits du terroir.  

On pouvait aussi déguster du miel, de la gelée royale, ou acheter des bougies à base de cire, de la farine de manioc, de tapioca, des galettes, du riz, de l’huile d’arachide, quantité de produits vendus par quelque 150 agriculteurs et éleveurs venus de 50 villages situés aux abords des forêts classées et des parcs nationaux. Des agriculteurs et éleveurs pas tout à fait comme les autres : leurs activités ont été financées par des subventions allouées par deux projets appuyés par la Banque mondiale – le Programme de gestion des forêts et terroirs riverains (PGFTR) et le Projet d’appui à la gestion des aires protégées (PAGAP)‒ en échanges de leurs efforts pour réduire la pression exercée sur ces espaces protégés. 

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Bœufs, cochons, poulets, chèvres, dindons, canards, pintades et lapins déambulent allègrement au milieu d’étals remplis de produits du terroir, en plein cœur de Cotonou. Photo: Gnona Afangbedji/Banque mondiale

Un succès inattendu qui suscite de nouvelles vocations

Cette foire aux activités alternatives génératrices de revenus (AaGR) était surtout destinée à sensibiliser les gens sur les questions de protection du patrimoine naturel du Bénin en montrant les initiatives qui marchent. Avec plus de 4 500 visiteurs et plus de 8,5 millions de francs CFA (16 000 dollars) de recettes engrangées par les marchands forains, ce coup d’essai s’est révélé être un coup de maître.

« Je n’en reviens pas de ce succès et je ne suis pas le seul. En arrivant ce matin, je me demandais si les gens allaient acheter mes poulets. J’ai tout vendu ! Et je regrette même de ne pas en avoir apportés davantage », confie, très enthousiaste, Bruno Tabé Saré, éleveur de volaille à Ségbana, à l’extrême nord du pays.

Non loin de lui, debout, derrière un étal presque vide, Gnanki Dafia explique qu’elle vient du village de Bagou, dans la commune de Gogounou (à 600 km au nord de Cotonou). Cette transformatrice de noix de karité, a vendu 170 des 200 pots de beurre de karité qu’elle avait apportés. « Personne ne savait que j’étais transformatrice de noix de karité à Bagou. Grâce à la foire, les gens me connaissent maintenant. Cela me donne aussi une certaine renommée à Bagou, je peux dire que je suis devenue importante, mon avis compte et j’entends conseiller mes sœurs au village, en leur expliquant l’importance de s’organiser en groupement pour améliorer et développer nos activités de transformation du karité », annonce-elle, très déterminée.

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L’organisation d’une foire agricole en plein centre de Cotonou a permis de vendre les produits issus d’activités alternatives génératrices de revenus (AaGR) pour protéger les forêts classées et les parcs nationaux. Photo: Gnona Afangbedji/Banque mondiale

Produire plus et mieux tout en protégeant l’environnement

Pour Bello Bagnan Mama, producteur de riz à Karimama, une commune riveraine du parc national du W, « Ces deux projets nous ont permis de booster nos activités tout en respectant l’environnement fragile autour de nous. Avant l’arrivée du PAGAP, notre production de riz paddy s’étalait sur une surface de 10 hectares. Aujourd’hui, nous sommes passés à 45 hectares et nous sommes même obligés de stocker une partie de notre récolte. »

Maintenant, après avoir échangé avec ses collègues forains producteurs de riz dans la vallée de l’Ouémil, il a envie de passer à l’étape supérieure et compte se lancer dans la transformation du riz paddy. « Cette expérience de foire est intéressante car nous réalisons qu’il y a un marché important. Cela nous encourage à produire plus de riz et nous donne plus d’arguments pour convaincre d’autres personnes à se tourner vers la vallée du Niger, et à abandonner l’exploitation forestière et le braconnage dans le parc W. Avant le PAGAP, notre groupement employait à peine 14 ouvriers, aujourd’hui, nous en employons 50. »

Jusqu’à présent, le PGFTR et le PAGAP réunis ont financé plus de 445 activités génératrices de revenus pour un montant total de 1,5 milliard de francs CFA (soit plus de 2,8 millions de dollars). « Une étude a montré que les bénéficiaires de ces projets ont souvent des difficultés à écouler leurs produits. Nous avons donc organisé cette foire pour les mettre en relation avec les clients des grands centres de consommation, notamment Cotonou et ses environs. Nous voulions aussi créer un cadre de rencontre entre les producteurs des mêmes filières qui vivent autour des 19 forêts classées et des deux parcs nationaux », explique Emmanuel Gbédji, capitaine et chef du service chargé de la promotion de ces activités alternatives génératrices de revenus et de la promotion des produits forestiers non ligneux à la Direction générale des Eaux, Forêts et chasse.

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200 producteurs provenant de plus de 50 villages ont pu faire des affaires, établir des contacts et se constituer un réseau afin de mieux écouler leurs produits. Photo: Gnona Afangbedji/Banque mondiale

Comment pérenniser ces acquis ?

La foire vient confirmer l’étude socioéconomique qui a inspiré les AaGR. « Notre responsabilité, c’est de faire en sorte que la forêt continue de jouer son rôle écologique qui est très précieux pour la vie sur terre. Maintenant, ce qui est important, c’est le défi qui pointe à l’horizon, à savoir comment assurer la durabilité des AaGR, et maintenir le contact entre les producteurs et le marché ? », souligne le colonel Sévérin Nsia, directeur général des Eaux, Forêts et Chasse.

Le PGFTR et le PAGAP constituent deux projets phares du portefeuille de la Banque mondiale au Bénin. Ils ont pour objectif de renforcer la protection de la biodiversité dans les écosystèmes fragiles, à travers des mesures de conservation et de réduction de la pression anthropique sur les ressources des forêts classées et des parcs nationaux.

« Nous faisons tout cela pour lutter contre la dégradation des ressources forestières sans priver les riverains d’une source de revenu stable », confirme Eliassou Hamidou Séko, coordinateur du PAGAP. « Maintenant, que le projet porte ses fruits nous allons veiller à ce qu’il soit soutenable sur le long terme. »



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