ARTICLE 08 mars 2018

Un programme décennal pour lutter contre la malnutrition chronique à Madagascar

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Sitraka (à gauche) et Miranto jouant au foot dans le quartier d’Ambohimidasy par un mercredi après-midi. © Diana Styvanley/Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • À Madagascar, près d’un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique.
  • La malnutrition chronique empêche les individus de se développer sereinement et d’atteindre leur plein potentiel.
  • C’est pour y remédier, et renforcer le capital humain, que la Banque mondiale vient de lancer une nouvelle approche destinée à réduire de 30 % le nombre d’enfants souffrant d’un retard de croissance d’ici 2028.

ANTANANARIVO, le 7 mars 2018‒ à Madagascar, il n’y a pas d’école le mercredi après-midi. Miranto, 6 ans, rentre à la maison et retrouve comme d’habitude son ami Sitraka au pas de sa porte. Nous sommes dans la commune d’Ambohimidasy Itaosy, à 5km de la capitale. Sitraka attend Miranto depuis 11 heures du matin pour jouer avec lui. Les deux garçons sont nés le même jour, le 2 juin 2011 mais Sitraka a un retard de croissance et ne va pas à l’école. « Sitraka parle mais ses phrases sont incohérentes. De plus, il n’est pas encore tout à fait autonome », précise sa mère, Mariette Rasoanirina, vendeuse de brèdes (plantes comestibles très consommées sur la Grande Île).

« Je n’ose pas l’envoyer à l’école car il n’est pas encore propre et a des difficultés à s’exprimer. Même moi, sa maman, je ne comprends parfois rien de ce qu’il veut dire. Il n’a réussi à marcher qu’à l’âge de 4 ans, il avait même des blessures au niveau de ses pieds à force de ramper », poursuit-elle.

Un obstacle au développement humain d’un pays

Sitraka souffre de malnutrition chronique, une maladie silencieuse mais dévastatrice qui touche 47% des enfants de moins de cinq ans à Madagascar, classant la Grande Île au quatrième rang mondial des pays possédant le taux de malnutrition chronique le plus élevé. Pourtant, cette maladie a de nombreuses répercussions qui se font sentir jusqu’à l’âge adulte et pèsent sur l’avenir d’un pays tout entier. À commencer par son avenir économique. À Madagascar, on estime que le coût économique annuel de la malnutrition représente entre 7 et 12 % du PIB.

La malnutrition chronique est le principal obstacle au développement personnel des individus et les empêche de se réaliser pleinement à l’âge adulte. Les enfants atteints de malnutrition chronique risquent d'avoir un développement cognitif et physique plus lent que les autres enfants. 

C’est pour y remédier, et renforcer le capital humain, que la Banque mondiale investit depuis quelques années dans la lutte contre la malnutrition à Madagascar.



515 000 enfants suivis depuis 2012 grâce aux sites communautaires de nutrition

Approuvé en 2012, pour une durée de cinq ans, en pleine crise sociale et politique à Madagascar, le Programme d'appui d'urgence aux services essentiels d'éducation, de nutrition et de santé (PAUSENS), a créé des sites communautaires de nutrition en s’appuyant sur les dispensaires existants. Par ce biais, le programme a notamment renforcé les visites systématiques des agents de nutrition auprès des ménages, et la distribution de suppléments nutritionnels pour les enfants, les femmes enceintes et allaitantes. Plus de 23 000 ménages vulnérables ont également reçu des formations pour développer des activités agricoles et d’élevage pour garantir la sécurité alimentaire dans leurs foyers et ont suivi des cours de cuisine pour améliorer la qualité des repas. Le programme a permis à plus de 425 000 enfants de moins de deux ans de recevoir une alimentation améliorée, à plus de 515 000 enfants âgés de deux à cinq ans d’être suivis régulièrement dans les dispensaires communautaires de nutrition notamment au niveau du poids et du périmètre brachial.

Par ailleurs, plus de 3 500 agents communautaires de nutrition ont reçu des formations adaptées en santé et nutrition.

Aller encore plus loin

Pour continuer sur cette lancée et capitaliser les acquis du PAUSENS, la Banque mondiale a approuvé en décembre 2017 un nouveau mécanisme qui mettra graduellement et parallèlement en œuvre différents projets pendant dix ans. Cette nouvelle « approche-programme à phases multiples (MPA en anglais) » devrait permettre de faire davantage de progrès dans la lutte contre les retards de croissance chez les enfants malgaches.

Ce programme est conçu pour atteindre près de 75 % des enfants de moins de cinq ans. Il sera tout d’abord mis en œuvre dans les huit régions du pays qui affichent les taux de retard de croissance les plus élevés et s'étendra progressivement à 15 régions. L’objectif est de réduire de 30 % d’ici 2028 le nombre d’enfants souffrant d’un retard de croissance dans les régions ciblées et d’offrir ainsi un avenir meilleur à quelque 600 000 enfants.

Composé de plusieurs phases qui se chevauchent, ce programme en faveur de la nutrition à Madagascar sera le premier à être mise en œuvre avec l’« approche-programme à phases multiples ». Cette nouvelle initiative lancée par la Banque mondiale permet aux pays de décomposer un engagement de long terme, important ou complexe en plusieurs opérations de moindre envergure, au titre d’un seul programme.

Il s’agit de favoriser l’apprentissage et l’adaptation pour permettre aux opérations d’être mieux adaptées au contexte et à l’évolution d’un pays. Les résultats seront maximisés grâce à la prise en compte plus rapide des expériences menées au cours d’une phase donnée mais aussi d’une phase à l’autre. Les étapes ultérieures du programme seront conçues comme autant d’opérations distinctes qui respecteront scrupuleusement l’ensemble des politiques de la Banque mondiale en matière d’examen des performances de gestion, d’évaluation fiduciaire et de procédures de sauvegarde sociale et environnementale, d’information du public et de consultation des populations concernées.

« Dans de nombreux cas, les opérations isolées fonctionnent parfaitement, mais lorsque vous vous attaquez à un défi aussi complexe que la malnutrition, la MPA est une meilleure approche parce qu’elle permet d’atténuer les risques associés à l’interruption et au redémarrage des projets. Notamment d’énormes pertes en investissement, un retard, voire même une régression des progrès réalisés », explique Jumana Qamruddin, chef du projet et spécialiste senior en santé au sein du Pôle Santé, nutrition et population à la Banque mondiale. « À Madagascar, cette nouvelle approche permet à notre client d’être encore plus ambitieux sur ses objectifs. »

Le programme donnera la priorité à des interventions visant à assurer une bonne nutrition pendant les 1 000 premiers jours de la vie (de la naissance à deux ans), dont on connaît les effets positifs sur la capacité d’un enfant à grandir, à apprendre et à s’épanouir.



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