ARTICLE 06 mars 2018

En Afrique de l’Ouest, les crédits carbone soutiennent l’essor du biogaz pour des modes de cuisson propres

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Photo credit: SNV


LES POINTS MARQUANTS

  • Au Burkina Faso, de plus en plus d’agriculteurs luttent contre la pollution atmosphérique et le changement climatique en cuisinant à l’aide de biodigesteurs.
  • Grâce au système du crédit carbone, ces appareils deviennent de plus en plus abordables et accessibles pour les populations rurales.
  • Avec l’aide du secteur privé, le financement climat entend généraliser le recours à des modes de cuisson propres en Afrique de l’Ouest.

Depuis la semaine dernière, au Burkina Faso, pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, plusieurs dizaines de milliers de ménages respirent mieux : un programme de soutien aux agriculteurs pour l’installation de biodigesteurs domestiques vient d’émettre son premier crédit carbone certifié par l’ONU, confirmant ainsi l’essor du mouvement en faveur d’appareils de cuisson propres en milieu rural.

Plus de 3 milliards d’individus dans le monde cuisinent encore au charbon ou au bois, provoquant ainsi des émanations toxiques responsables de millions de décès prématurés par an. Cuisiner avec du biogaz produit par un digesteur permet de diminuer cette pollution et les émissions de gaz à effets de serre, de combattre la déforestation et d’améliorer le quotidien des agriculteurs. Au Burkina Faso, ces machines ont été installées par des entreprises privées grâce aux financements de l’Initiative carbone pour le développement (Ci-Dev) (a) de la Banque mondiale.

Qu’est-ce qu’un biodigesteur ? C’est une structure hermétique permettant de recueillir le gaz (essentiellement du méthane) produit par des bactéries digérant les matières organiques des animaux des exploitations agricoles (fumier ou déchets alimentaires) dans des conditions anaérobies. Une fois remonté à la surface, le gaz est aspiré pour alimenter les réchauds. Quant aux boues riches en éléments nutritifs qui s’entassent dans le biodigesteur, elles sont utilisées comme engrais.

Améliorer les pratiques agricoles au Burkina Faso

Seydou Diarra n’est pas un agriculteur comme les autres. Il cultive du maïs sur deux hectares de terre et utilise quatre animaux de trait. Mais ce qui le rend différent, c’est le digesteur domestique qu’il utilise pour produire un engrais biologique et du biogaz pour cuisiner et s’éclairer.

Cet investissement dans un biodigesteur est une décision économique sensée : avant de s’équiper, Seydou devait épandre chaque année des engrais chimiques. Aujourd’hui, il produit son propre compost pour fertiliser ses champs de maïs et les rendements ont progressé de 25 %. Il peut même vendre son surplus à des voisins.

D’autant que cette solution offre d’autres avantages : en plus d’améliorer les rendements, ce bio-épandage a renforcé les capacités du sol à retenir l’eau — un atout incomparable en période de sécheresse ou juste après la germination, lorsque les plants sont les plus fragiles. Il suffit de 30 minutes par jour pour récupérer le fumier et le mélanger à l’eau. Et le compostage ne prend guère plus d’une heure par semaine. En outre, le digesteur fournit un combustible qui permet de cuisiner pour toute la famille. L’épouse de Seydou et ses enfants ne sont donc plus intoxiqués par les fumées et ne perdent plus de longues heures à la corvée de bois.

 


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Généraliser les biodigesteurs en Afrique en proposant, avec l’aide du secteur privé, des dispositifs accessibles et bon marché

La technologie du biogaz est bien connue dans le reste du monde, mais elle commence juste à se répandre parmi les agriculteurs d’Afrique, qui peuvent profiter des dernières améliorations.

Au Burkina Faso, l’initiative est pilotée par le Programme national de biodigesteurs (PNB) en collaboration avec l’organisation néerlandaise de développement SNV  et l’ONG néerlandaise Hivos, et touche 35 000 foyers ruraux. Soucieux de promouvoir l’économie verte, le président Roch Marc Christian Kaboré s’est engagé à faciliter l’installation de 40 000 dispositifs d’ici 2020. La clé du succès réside dans la promotion de l’investissement privé, y compris pour mettre en place des entreprises de construction de biodigesteurs et former leurs maçons, puis pour accompagner leur développement.

Le biogaz utilisé en cuisine permet de réduire les émissions de gaz à effets de serre et la Banque mondiale aide ce programme à monétiser ses crédits carbone. Leur achat par la Ci-Dev crée une source de revenus qui rend les programmes financièrement viables. L’argent récupéré sert à réduire le coût des biodigesteurs, à étendre la durée de garantie des appareils et à couvrir la formation.

Cette initiative de grande ampleur constitue, pour le Burkina Faso, la première émission de crédits carbone jamais réalisée au titre du Mécanisme de développement propre (MDP) des Nations Unies. L’initiative Ci-Dev et ses bailleurs de fonds (le Royaume-Uni, la Suède et la fondation suisse Centime Climatique) s’emploient à améliorer l’accès aux énergies vertes dans les pays à faible revenu et, parallèlement, à faciliter l’obtention pour ces pays de financements carbone. Ce projet prouve que cette stratégie commence à porter ses fruits.

Grâce aux financements carbone, c’est toute une filière privée dynamique, créatrice d’emplois et autonome qui pourrait voir le jour au  Burkina Faso. Et c’est cette perspective, en plus d’un air moins pollué, qui aide les agriculteurs comme Seydou à respirer un peu mieux.

 



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