ARTICLE 24 janvier 2018

Des foyers de cuisson améliorés pour protéger les forêts tropicales en RDC

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Photo: Guy Nzazi/World Bank


LES POINTS MARQUANTS

  • À Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, qui compte plus de 10 millions d’habitants, les foyers de cuisson traditionnels ont une incidence directe sur le déboisement du pays.
  • En changeant leur façon de cuisiner, les habitants de Kinshasa peuvent contribuer à la réduction de la déforestation et des émissions qui en découlent.
  • Une initiative encourage la production et l’utilisation de foyers de cuisson plus performants dans ce pays du bassin du Congo.

Cela fait un an maintenant que Janine Nyota-Nguburu a remplacé son foyer de cuisson traditionnel par un modèle plus économe en énergie, qu’elle a acheté tout près de chez elle à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Le centre en céramique du nouveau foyer utilise mieux la chaleur radiante et consomme moins de charbon lorsque Janine cuisine ses fameux haricots frits. Un sac de 70 kilos de charbon, qui coûte environ 20 dollars, dure à présent deux mois, au lieu de deux semaines.

Mais cette grand-mère de 51 ans n’économise pas seulement de l’argent : elle respire aussi mieux.

« Il faisait toujours trop chaud dans ma cuisine, et la fumée qui provenait de la combustion de tout ce charbon, pendant des heures, chaque jour, nous brûlait les yeux et provoquait des problèmes pulmonaires », explique Janine.

Désormais, Janine peut cuisiner en dépensant moins et avec moins de risques. Cependant, d’après l’Alliance congolaise pour les foyers et combustibles améliorés (ACFCA), à Kinshasa, quelque 4 % seulement des ménages utilisent comme elle ce type de système. Soit les familles ne savent pas qu’il existe, soit elles n’ont pas les moyens d’en acquérir un. Un foyer traditionnel coûte environ 2 dollars, contre 8 à 70 dollars pour la version améliorée.

À Kinshasa, dont la population dépasse les 10 millions d’habitants, les foyers de cuisson traditionnels influent directement sur le déboisement du pays. On estime que 84 % de l’ensemble du bois coupé en RDC est transformé en charbon ou en bois à brûler. Le premier est préféré au second car il se consomme plus lentement et pollue un peu moins, mais il faut près de 6 kilos de bois pour obtenir 1 kilo de charbon, et le volume de déchets augmente à tous les stades de la production et du transport. En outre, le bois provient généralement de forêts naturelles d’où il est extrait par des moyens non durables, ce qui entraîne la dégradation de vastes zones près de Kinshasa et d’autres pôles urbains.

C’est pour tenter de protéger les forêts tropicales dans la province de Mai-Ndombe, au nord de Kinshasa, que la Banque mondiale met en œuvre le projet d’amélioration de la gestion des paysages forestiers (a), financé par le Programme d’investissement forestier (FIP). Environ 2 millions de dollars soutiennent, entre autres, la production et la commercialisation de foyers à haut rendement énergétique dans la capitale. Cette stratégie destinée à lutter, côté demande, contre les facteurs du déboisement, complète des activités agroforestières parallèles, côté offre, dans les zones de savane de la province de Mai-Ndombe : des arbres à croissance rapide sont plantés pour la production de charbon, afin d’atténuer les pressions sur les forêts naturelles locales.

La société Biso na Bino (BNB) fabrique des foyers améliorés, semblables à celui de Janine. Grâce au projet du FIP, elle a pu relancer son usine. Aujourd’hui, cette entreprise congolaise basée à Kinshasa réalise plus de 1 500 foyers par mois, ce qui fait d’elle le numéro un du secteur dans la capitale. Plus elle produit, plus elle économise sur ses dépenses fixes, ce qui lui permet de baisser ses coûts de fabrication et ses prix de vente. Avant l’appui du projet, le plus petit modèle de BNB était vendu 30 dollars. Désormais, le même modèle est proposé aux distributeurs pour 15 dollars, même s’il reste beaucoup plus cher qu’un foyer traditionnel à 2 dollars. C’est pourquoi le projet du FIP réserve spécialement des fonds qui aideront des organisations à promouvoir auprès des populations les avantages des systèmes de cuisson énergétiquement performants.

« En dépensant un peu plus pour avoir un foyer amélioré, on peut faire des économies parce que la combustion est plus efficace. Cela permet également d’améliorer la qualité de l’air et de moins exploiter les forêts pour produire des combustibles, donc de préserver les ressources naturelles de la RDC », souligne Yvon Mutombo, directeur exécutif de l’ACFCA. Celle-ci s’emploie avec BNB et des dizaines de fabricants de foyers artisanaux à réduire les coûts de production et à sensibiliser les consommateurs au problème.

« Il faut que les foyers améliorés soient adoptés plus largement dans le monde en développement », affirme Bernard Ndaye Nkanka, enseignant au Centre d'études et de recherche en énergies renouvelables (CERERK), le seul organisme d’Afrique centrale à tester et à certifier l’efficacité énergétique de ces appareils. BNB a noué un partenariat avec le CERERK pour la réalisation de tests complets et la certification. En outre, Bernard Ndaye Nkanka et son équipe participent à des échanges de savoir dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, au Honduras, en Ouganda et au Sénégal. Il estime que les foyers économes en énergie contribuent de façon modeste, mais importante, à la lutte contre le changement climatique.

Bien qu’elle soit mise en œuvre au niveau local, cette initiative du FIP accompagne plus largement les efforts déployés par la RDC en vue de réduire les émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts, tels que le programme de réduction des émissions (a) à grande échelle dans la province de Mai-Ndombe, qui relève du Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation (FCPF) (a).

Des foyers de cuisson qui peuvent améliorer les moyens de subsistance tout en protégeant la planète : la RDC a trouvé une bonne recette pour réussir son développement durable.



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