ARTICLE 19 décembre 2017

En Afrique de l’Ouest, un cacao respectueux des producteurs et des forêts

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Photo : Rodney Quarcoo/Banque mondiale.


LES POINTS MARQUANTS

  • La production mondiale de cacao fait face à des difficultés économiques et environnementales croissantes.
  • Malgré l’existence d’une demande mondiale à long terme, les producteurs de cacao sont confrontés à un triple défi : accroître leur productivité sur des zones réduites, atténuer les pressions sur les forêts et les écosystèmes et renforcer leur résilience au changement climatique.
  • Un nouveau rapport de la Banque mondiale a pour objectif d’informer les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile sur les mesures susceptibles de pérenniser la filière, encourager les petits producteurs à faire des choix climato-intelligents et, in fine, éviter le déboisement. Il aborde tout particulièrement les interventions qui favorisent la restauration et la remise en état des plantations, en vue de produire plus de cacao sur moins de terres.

À priori, on ne pense pas vraiment à la disparition des forêts lorsque l’on offre des chocolats pour les fêtes. Et pourtant, le cacao, l’ingrédient essentiel du chocolat et d’autres produits de consommation courante, est l’une des principales causes de déboisement dans les pays producteurs.

Malgré une forte croissance en Asie, en Amérique du Sud et en Amérique centrale, les deux tiers de la production mondiale de cacao proviennent de Côte d’Ivoire et du Ghana. Entre 1988 et 2007, 2,3 millions d’hectares de forêt ont disparu en Afrique de l’Ouest à cause de la culture du cacaoyer, provoquant une dégradation des sols, des pénuries d’eau et des mauvaises récoltes. En Côte d’Ivoire et au Ghana, près de 90 % du cacao est produit par de petits agriculteurs, qui doivent désormais faire face à plusieurs difficultés : une productivité en baisse, des sols qui se dégradent et des cacaoyers vieillissants et infestés par des ravageurs. Ces problèmes affaiblissent leurs moyens de subsistance, mais aussi leur capacité à adopter de nouvelles pratiques agricoles respectueuses de la forêt.

Ce constat alarmant a amené la Côte d’Ivoire et le Ghana, ainsi que 20 entreprises majeures de la filière, à se réunir le mois dernier à Bonn, lors de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique, pour lancer un Cadre d’action inédit en faveur d’une production durable de cacao. Deux cadres spécifiques, signés par la Côte d’Ivoire et le Ghana, définissent les modalités d’une collaboration de ces pays avec le secteur privé et d’autres acteurs pour accélérer les investissements destinés à pérenniser la production de cacao. L’enjeu étant de produire « plus de cacao sur moins de terres ».

En collaboration avec la Fondation mondiale du cacao et Climate Focus, la Banque mondiale a publié un nouveau rapport pour aider ces pays et entreprises à mettre en œuvre les Cadres d’action au niveau des producteurs de cacao. Intitulé Forest- and Climate -Smart Cocoa in Côte d'Ivoire and Ghana: Aligning Stakeholders to Support Smallholders in Deforestation-Free Cocoa, ce rapport met en évidence huit mesures prioritaires que les acteurs publics et privés peuvent prendre afin d’orienter les pratiques agricoles vers une gestion plus durable de la production de cacao en Afrique de l’Ouest, et ainsi mettre fin à la déforestation.

« Si l’on veut accélérer la transition vers une production de cacao climato-intelligente en Côte d’Ivoire et au Ghana, il est impératif que les autorités publiques, les entreprises, les populations et les organisations de la société civile partagent une même vision » explique Charlotte Streck, directrice de Climate Focus. « Ce rapport, ajoute-t-elle, vise à indiquer aux autorités publiques, aux partenaires du développement, aux entreprises de la filière et aux investisseurs responsables les priorités pour que les producteurs de cacao pérennisent leurs moyens de subsistance, protègent et remettent en état les forêts, et prennent des mesures d’adaptation face au changement climatique »


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Photo : Rodney Quarcoo/Banque mondiale.


Les huit priorités ci-dessous se renforcent mutuellement et encouragent la collaboration entre les pouvoirs publics et les entreprises de la filière, l’élaboration et la mise en œuvre de mesures de soutien aux petits producteurs et la conception et l’utilisation de mécanismes financiers.

  1. Mettre en pratique les Cadres d’action à l’aide de plans sectoriels : les Cadres d’action pour la Côte d’Ivoire et le Ghana peuvent être mis en œuvre par le biais de plans d’action concrets élaborés par les entreprises de la filière et harmonisés avec les politiques publiques.
  2. Concevoir des principes et des définitions opérationnelles communes : pour harmoniser les intérêts des parties prenantes et les interventions, la première étape doit être de concevoir un ensemble de définitions, de lignes directrices et de principes opérationnels communs.
  3. Créer des plateformes pour permettre la mobilisation et l’action de diverses parties prenantes : les partenariats institutionnels sont essentiels pour coordonner les interventions de soutien aux petits producteurs.
  4. Élaborer un ensemble intégré de mesures de soutien aux petits producteurs : les plateformes de mobilisation et d’action peuvent contribuer à la conception de mesures de soutien aux petits producteurs selon la zone concernée.
  5. Définir une stratégie de financement : une stratégie de financement permet de définir le véhicule de financement idoine, qu’il s’agisse de partenariats individuels ou d’un fonds dédié à la régénération des cultures de cacaoyers, et d’obtenir l’engagement des bailleurs de fonds.
  6. Fournir aux petits producteurs des mécanismes financiers et un appui : les entreprises et les coopératives qui entretiennent des liens étroits avec les producteurs sont idéalement positionnées pour lancer des programmes de restauration et de remise en état des plantations.
  7. Effectuer un suivi des effets et établir des synergies avec le programme Zéro déforestation : les systèmes de suivi et d’évaluation contribuent au renforcement des programmes à long terme et à l’élimination des sources d’inefficiences.
  8. Renforcer la gouvernance : il est possible d’appuyer les efforts pour réduire le rôle de la filière dans la déforestation en définissant et en appliquant des réglementations sur l’utilisation des forêts et des terres.

Les analyses et consultations menées pour élaborer ces huit mesures prioritaires ont bénéficié du soutien du Programme pour les forêts (PROFOR) en partenariat avec l’Initiative cacao et forêts, qui est pilotée par la Sustainable Trade Initiative (IDH), la Prince of Wales’s International Sustainability Unit et par la Fondation mondiale du cacao. Ce rapport s’appuie également sur la publication Eliminating Deforestation from the Cocoa Supply Chain, lancée en mai 2017 par le Fonds biocarbone de la Banque mondiale et le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation, en collaboration avec la Fondation mondiale du cacao et Climate Focus. Ce rapport analyse les moyens pour passer à une production de cacao n’entraînant pas de déforestation, et présente un ensemble de principes pour une production durable et climato-intelligente.



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