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Reconnecter des villes et des agglomérations isolées depuis plus de 20 ans

04 mai 2017


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Christine devait parfois faire un trajet de huit jours à moto, sur des pistes délabrées, pour aller vendre sa marchandise sur les marchés, aujourd’hui elle peut se rendre en un jour à Kisangani. 


LES POINTS MARQUANTS
  • La majeure partie de l’immense territoire congolais est enclavé.
  • La communication entre Kinshasa, la capitale et les autres villes provinciales, de même que l’accès aux zones rurales, relèvent souvent de l’impossible, notamment pour Christine Monga, commerçante à Buta.
  • Pour y remédier, l’Association internationale de développement (IDA) finance le projet Pro-routes qui a déjà réhabilité plus 2 400 km de routes prioritaires.

KINSHASA, le 4 mai 2017-Sur l’avenue qui mène au marché central de Buta, dans la nouvelle province du Bas-Uélé, située à 324 Km de Kisangani, Christine Monga, à côté d’autres commerçantes, propose aux passants un éventail d’articles de friperie : robes, jupes, chemises, pantalons, vestes… Elle se tient devant une coquette maison en construction, aux tôles pré-peintes en forme de tuiles, qui attire les regards des passants. Cette maison, c’est la fierté de Christine. Elle a pu la construire grâce à la réouverture des 400 km de route entre Kisangani et Buta, impraticable depuis plus de deux décennies.

Pour Christine, cette réhabilitation a bien changé les choses. Il est loin le temps où, elle devait parcourir quelque 800 kilomètres à moto pour aller s’approvisionner à Butembo, lorsqu’elle démarrait sa friperie avec quelques amies en 1997, en créant l’Association des femmes pour la lutte contre la pauvreté. « Ce n’était pas facile car, on était très loin de tout. On faisait à moto, le voyage entre Buta et Kisangani, à cause de la dégradation de la route. Ça pouvait même prendre deux semaines de voyage. C’était pénible et beaucoup de membres de l’association en ont gardé des séquelles ou des handicaps, à cause des accidents qu’elles ont eus. Aujourd’hui la réouverture de la route, nous permet de faire le même voyage en 3 ou 4 jours et de nous rendre à Kisangani en journée ». Un gain de temps qui se reflète aussi sur les gains répartis entre Christine et ses amis.

Démarrés en août 2009, ces travaux de réhabilitation, ont été rendus possibles grâce au projet Pro-routes, (projet de réouverture et d’entretien des routes hautement prioritaires) qui a déjà restauré plus de 2 400 km de routes prioritaires en République démocratique du Congo (RDC) et devrait atteindre 3 400 km en février 2018.   


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Christine posant fièrement devant sa maison en construction. Le projet Pro-routes a permis de réhabiliter 2 400 km de routes en RDC.


Un territoire immense et enclavé

Car la province du Bas-Uélé, n’était pas la seule à souffrir du délabrement des routes. En effet, sur les dix capitales provinciales que compte le pays, seules deux (Matadi et Mbandaka) étaient reliées par la route à Kinshasa, la capitale du pays. Deux villes (Kisangani et Bandundu) n’étaient accessibles que par voie fluviale et six n’étaient desservies que par les airs (Kananga, Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Kindu, Goma et Bukavu).

Financé par l’Association internationale de   développement (IDA) ,la Coopération britannique et la République Démocratique du Congo à travers le Fonds national d’entretien routier, l’objectif du projet est de rétablir et de préserver, dans le respect de l’environnement et du bien-être des populations riveraines, les principales liaisons routières susceptibles de permettre la relance socioéconomique, ainsi que l’intégration interne et régionale du pays.

Étant donné la taille gigantesque de la RDC (2,3 millions de km2) et l’importance des besoins financiers pour atteindre un tel objectif, le projet a adopté une approche progressive, avec un aménagement à standards et coûts réduits, supporté par un entretien important et régulier. Cela a permis de rouvrir en même temps un maximum de kilomètres de routes et désenclaver ainsi un maximum de communautés.

De 70… à 35 $ le sac de ciment : un impact déjà visible sur l’économie

Depuis que le trafic automobile est rétabli entre Kisangani et Buta, la région renaît, après deux décennies d’enclavement. Les facilités de transport, l’accès aux produits de première nécessité, la baisse de prix sur le marché ainsi que les possibilités d’échanges commerciaux avec les provinces de la Tshopo, de l’Ituri et du Nord-Kivu favorisent la relance socioéconomique dans tous les domaines. « Aujourd’hui, on peut aller de Kisangani à Buta en moins de six heures. C’est très important quand on pense qu’en 2008, la route, qui était en fait devenue une piste, n’était parcourue que par des motos et des vélos qui transportaient de lourdes charges dans des conditions très difficiles. Aujourd’hui, tout a changé » confirme Théophile Ntela Lungumba, coordonnateur de la cellule Infrastructures, l’agence d’exécution du projet Pro-Routes.

Christine, elle, a décidé de profiter de l’augmentation de ses bénéfices et de la baisse du prix de ciment qui est passé de 70 dollars le sac de 50 kg à 35 dollars, pour se construire une maison. « Je voulais construire une maison comme celles que j’ai vues à Beni et à Butembo », me confie-telle, car maintenant j’en ai les moyens… un jeune frère architecte m’en a fait le plan et voilà … À part les briques, tous les matériaux viennent de Butembo » poursuit-elle. « C’est à la route que je dois cette maison » conclut-elle.

Le cas de Christine n’est pas isolé. Beaucoup de personnes profitent du nouvel environnement induit par la réouverture de la route pour développer à Buta leurs petits commerces ou investir dans des projets plus ambitieux : hôtellerie, officines de pharmacie, boutiques d’habillement, commerce de céréales et de produits de pêche ou de chasse, quincailleries, vente de motocyclettes fleurissent çà et là. « Ce projet », conclut Alexandre Dossou, responsable du projet pour la Banque mondiale, « est un bel investissement, car il contribue à améliorer les conditions de vie des populations ».