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Anticiper les catastrophes : en investissant dans les services météorologiques, on sauve des vies et on favorise la croissance économique

23 mars 2017


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Photo: Xuanhuongho / Shutterstock

LES POINTS MARQUANTS
  • Les aléas hydrologiques et météorologiques sont à l’origine de 90 % des pertes causées par les catastrophes
  • En communiquant rapidement des informations précises aux pouvoirs publics et à la population sur ces aléas, on peut sauver des vies et éviter des coûts considérables.
  • Découvrez l'appui que fournit la Banque mondiale aux pays qui veulent augmenter leur résilience en anticipant les risques sociaux, économiques et environnementaux liés à la météo.

Énergie, santé, transport et agriculture : quel est le point commun entre tous ces secteurs ? Ils ont besoin de services météorologiques fiables.

Alors que l’on célèbre aujourd’hui la Journée météorologique mondiale, comment ne pas souligner le formidable potentiel que recèle l’amélioration des prévisions du temps et du climat ? En communiquant rapidement des informations précises aux pouvoirs publics et à la population pour anticiper les aléas hydrologiques et météorologiques, on peut sauver des vies et éviter des coûts considérables. 

Dans le monde, ces risques hydrométéorologiques sont à l’origine de 90 % des pertes causées par les catastrophes : 2 400 milliards de dollars de préjudices économiques et 2 millions de décès entre 1970 et 2012.

Avec l’aide de prévisions météorologiques et climatiques précises :

  • les populations peuvent se préparer aux inondations, ce qui réduit les conséquences dommageables de ces aléas sur les personnes et les animaux ;
  • les autorités sanitaires, en coopération avec les services météorologiques, peuvent estimer le moment où des températures et des précipitations extrêmes sont susceptibles d’entraîner une flambée d’une maladie à transmission vectorielle (virus Zika ou paludisme, par exemple) et s’appuyer sur les informations disponibles pour atténuer les effets de cette crise ;
  • les agriculteurs peuvent anticiper les inondations et les sécheresses, passer à des cultures plus productives et mieux protéger leurs moyens de subsistance ;
  • les pays sont mieux informés et peuvent ainsi s’adapter à l’évolution du climat ;
  • le secteur de l’énergie peut anticiper les pics de demande et produire en conséquence.

La Banque mondiale poursuit un double objectif, celui de mettre fin à l’extrême pauvreté et de favoriser une prospérité partagée en promouvant un développement durable. À cette fin, elle travaille avec les pays pour accroître leur résilience face à la montée des risques économiques, environnementaux et sociaux qui caractérise le monde d’aujourd’hui.  


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Photo: Flore de Preneuf / Banque mondiale

« L’investissement dans l’hydrométéorologie ne porte pas uniquement sur l’amélioration des techniques de prévision [...] Il s’agit non seulement de moderniser une infrastructure vétuste, mais aussi d’accroître les capacités et, in fine, d’améliorer la prestation des services. » »
Ede Ijjasz-Vasquez, Senior Director, Social, Urban, Rural, and Resilience (SURR) Global Practice, World Bank

Ede Ijjasz-Vasquez

Directeur principal du pôle Développement social, urbain et rural, et résilience, Groupe de la Banque mondiale

Depuis ans, et aux côtés de la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement (GFDRR) et de divers partenaires, la Banque mondiale mène des actions de sensibilisation aux enjeux des activités hydrométéorologiques et promeut les investissements dans ce domaine. L’équipe dédiée de la GFDRR et la Banque se sont ainsi associées à de grands services météorologiques nationaux, sur l’ensemble du globe, notamment en Autriche, en Chine, aux États-Unis, en Finlande, au Japon, au Royaume-Uni, en Suisse et en Suède, et collaborent avec l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

« On a pris conscience de la nécessité d’améliorer les services hydrométéorologiques dans les pays vulnérables, car leur modernisation permettra, entre autres, d’épargner des vies humaines », explique Petteri Taalas, secrétaire général de l’OMM. « C’est pourquoi, même s’il reste beaucoup à faire, les investissements dans ce domaine augmentent sensiblement. »

Loin de se limiter à une mise à niveau technologique, ces investissements renforcent les capacités institutionnelles pour mettre en place un système hydrométéorologique moderne. À elle seule, au cours des dix dernières années, la Banque mondiale a consacré plus de 400 millions de dollars à des projets hydrométéorologiques, et prône une approche intégrée pour la modernisation des systèmes.

« L’investissement dans l’hydrométéorologie ne porte pas uniquement sur l’amélioration des techniques de prévision », souligne Ede Ijjasz-Vasquez, directeur principal du pôle Développement social, urbain et rural, et résilience, au sein du Groupe de la Banque mondiale. « Notre approche part des besoins des utilisateurs pour promouvoir le dialogue entre les bureaux météorologiques nationaux et les secteurs clients. Il s’agit non seulement de moderniser une infrastructure vétuste, mais aussi d’accroître les capacités et, in fine, d’améliorer la prestation des services. »

Chaque dollar investi peut produire au moins le triple en termes de services météorologiques et climatiques ; tout le monde y gagne.

Ce financement provient de différentes sources, et les programmes revêtent une importance cruciale étant donné que plus de 100 pays doivent impérativement moderniser leur système hydrométéorologique. 

À ce jour, les trois quarts des pays les moins avancés et des petits États insulaires en développement ne disposent, au mieux, que de dispositifs d’alerte précoce très sommaires. En partenariat avec la France, la Banque mondiale, l’OMM et le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR), la GFDRR a lancé une initiative — baptisée CREWS (a) (pour Climate Risk Early Warning Systems) — qui finance des stations météorologiques, des radars et des dispositifs d’alerte précoce dans ces pays. 

En Afrique, près de la moitié des stations météorologiques terrestres et les trois quarts des stations d’altitude ne transmettent pas de données. Fruit de la collaboration entre la Banque mondiale et l’OMM, le programme « Africa Hydromet » (a) a pour objectif de permettre une planification à long terme au profit du développement, en s’attachant tout particulièrement à renforcer la résilience au climat.

 

Afin de soutenir cette planification à long terme, la Banque mondiale et la GFDRR contribuent au renforcement des capacités humaines nationales en facilitant le partage des connaissances entre pays. Elles s’y emploient notamment dans le cadre du salon annuel InterMET Asia (a), en organisant des rencontres entre les représentants de pays qui s’attachent à améliorer leurs services hydrométéorologiques face à des défis majeurs : outre les 300 millions de dollars nécessaires chaque année pour le fonctionnement des nouveaux systèmes, la modernisation requiert plus de 1,5 milliard de dollars (a) d’investissements supplémentaires.

Mais ces investissements peuvent avoir des répercussions économiques extrêmement bénéfiques. Au Myanmar par exemple, un projet de la Banque mondiale, avec l’appui de la GFDRR, aide à déployer un système d’alerte précoce. « Avec l’amélioration des prévisions et des alertes précoces, les agriculteurs subiront moins de pertes », explique May Khin Chaw, responsable adjointe de l’agro-météorologie au Myanmar, « et leurs moyens de subsistance seront préservés ». Le plus vaste bassin hydrologique de ce pays pourrait ainsi éviter plus de 8 millions de dollars de pertes par an et générer 200 millions de dollars de retombées économiques.

Grâce à ces effets positifs, conjugués à sa capacité à éviter les pertes humaines et économiques, l’hydrométéorologie devrait déclencher une pluie d’opportunités d’investissement.


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