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Liban : un projet en faveur du patrimoine culturel relance l’activité économique et la dynamique des communautés

22 décembre 2016


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Les initiatives engagées pour relancer le port de Tyr améliorent le quotidien des pêcheurs locaux.

© Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • Depuis 2003, en partenariat avec le gouvernement libanais, le Groupe de la Banque mondiale l’Italie et la France soutiennent un ambitieux programme de redynamisation de cinq villes historiques
  • Densément peuplées, Baalbek, Byblos, Saida, Tripoli et Tyr recèlent des biens culturels mondialement reconnus.
  • Des quartiers entiers de ces villes légendaires ont été réhabilités avec succès, permettant à ces communautés de créer des emplois et de renforcer les solidarités.

Située sur la côte méridionale du Liban et baignée par la Méditerranée, Tyr est une cité millénaire idyllique au riche passé. Avant de céder aux assauts d’Alexandre le Grand, cette florissante cité phénicienne s’était constituée un patrimoine culturel extraordinaire grâce à une activité commerciale bâtie autour de sa flotte. L’ancien port est toujours utilisé par les pêcheurs locaux même s’il tombait en ruines après des années de conflit : pontons endommagés, friches en tout genre, chaussées défoncées et halle aux poissons en bout de course témoignaient tous d’une époque oubliée.

« Vu l’état du port, les pêcheurs avaient beaucoup du mal à gagner décemment leur vie, faute d’installations adaptées pour exercer ce métier ancestral », rappelle Ede Ijjasz-Vasquez, directeur principal du pôle mondial d’expertise en Développement social, urbain et rural, et résilience à la Banque mondiale. « Au terme de discussions avec les membres de la communauté locale, pour mieux cerner leurs attentes, le projet est venu redonner vie au port et aux quartiers historiques qui l’entourent, créant ainsi des lieux où les gens viennent se retrouver. »

La liste des améliorations apportées par le projet Patrimoine culturel et développement urbain (CHUD) dans la ville de Tyr est impressionnante : agrandissement des trottoirs et installation de nouveaux lampadaires pour la sécurité des piétons, réhabilitation des rues historiques, création d’une nouvelle place et d’une nouvelle halle où les vendeurs peuvent écouler en toute légalité leurs légumes, leurs vêtements et leurs produits carnés… tout cela favorise les rencontres et les échanges. Sans oublier l’élargissement et la prolongation des quais, la construction d’un nouveau quai, la réparation des installations ou encore la construction d’un nouvel entrepôt pour stocker les équipements peu utilisés, la remise en état de la station-service, où les pêcheurs peuvent s’approvisionner collectivement et réduire ainsi leurs dépenses de fonctionnement. L’ancien marché aux poissons a également été remplacé par une structure améliorée qui abrite également le bureau du syndicat des pêcheurs, un café et une nouvelle criée.

Lorsqu’elle sera totalement opérationnelle, cette nouvelle halle de vente améliorera encore un peu plus le quotidien des pêcheurs, actuellement liés par des contrats mensuels et rémunérés par des honoraires fixes, quelles que soient leurs prises. Grâce au système d’enchères, ils pourront écouler directement leurs produits et obtenir un prix équivalent à la valeur du poisson pêché.

« En améliorant l’environnement, ces aménagements ont transformé le travail des pêcheurs, leur permettant de bénéficier de revenus et d’une qualité de vie supérieurs », souligne Ayat Soliman, chef de service au pôle mondial d’expertise pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque mondiale. « Mais, surtout, le projet a radicalement transformé la dynamique des rapports entre la ville, son port et ses habitants. »

En jetant des passerelles entre l’espace public, le patrimoine culturel et l’activité commerciale privée, le projet a créé des espaces de vie et de détente, où chacun peut venir se promener. D’ailleurs, cafés et hôtels de charme se pressent désormais sur la corniche qui surplombe le port.

« Ces initiatives ont créé des emplois et des débouchés économiques pour les populations locales », se félicite Guido Licciardi, spécialiste senior du développement pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord et responsable du projet pour la Banque mondiale. « Avec le retour de la confiance et la foi en l’avenir, les propriétaires des bâtiments attenants se lancent eux aussi dans des travaux de rénovation et de réhabilitation. »

Tyr n’est pas la seule ville libanaise à avoir bénéficié des vastes retombées sociales de la revitalisation de son patrimoine historique.



À Baalbek, le projet a financé la conservation du temple de Bacchus, vestige incroyable de l’époque romaine. Cet été, le site a accueilli la 60e édition du Festival international de Baalbek, qui attire de nombreux visiteurs venus du reste du Liban et de toute la région. Les travaux de conservation ont procuré des emplois absolument nécessaires aux habitants des quartiers voisins — sachant que les réfugiés syriens représentaient 70 % de la main-d’œuvre.

À Byblos, la municipalité et la Byblos Bank ont créé un marché de Noël mettant en vedette des ONG locales en plein milieu de la voie romaine — autre site historique réhabilité grâce au projet. Dans les petites échoppes tarabiscotées, les visiteurs peuvent acheter des produits locaux et découvrir le travail de ces organisations. Toujours dans l’esprit de Noël, ils peuvent également faire des dons par SMS en faveur d’une cause humanitaire — un concept original lancé voici trois ans et dont le succès ne se dément pas.

Voilà comment, du pays tout entier.

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À l’initiative de la municipalité de Byblos et de la Byblos Bank, l’ancienne voie romaine de la ville — l’un des sites historiques couverts par le projet CHUD — prend des airs de marché de Noël pendant la période des fêtes tout en soutenant des activités caritatives (photo : Ramzi Semrani, avec l’aimable autorisation de la municipalité de Byblos).