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Afrique francophone : réformer la profession comptable pour améliorer la gestion des finances publiques

15 novembre 2016


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François Rakotoarimanana, ministre de Finances et du Budget, a prononcé le discours de clôture à la conférence sur la gestion des finances publiques à Antananarivo.

Diana Styvanley/Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • L’amélioration de la gestion des finances publiques en Afrique francophone réclame un effort concerté de tous les acteurs pour moderniser les services publics et optimiser les inspections et les audits.
  • Une conférence organisée à Madagascar a réuni 130 représentants de la profession comptable afin de discuter des domaines de réforme et échanger les meilleures pratiques.
  • Une collaboration plus étroite entre profession comptable et institutions publiques pourrait améliorer la qualité des informations financières et, ce faisant, influer sur les processus de décision, la transparence et le recouvrement des recettes fiscales.

ANTANANARIVO, le 15 novembre 2016 – Plus de 130 représentants de la profession comptable se sont retrouvés à Madagascar en octobre dernier pour assister à une conférence annuelle sur la gestion des finances publiques en Afrique francophone.

Les participants ont reconnu la nécessité de réformer la profession afin de renforcer les institutions de gestion des finances publiques dans la région. « Nous devons continuer de moderniser les services publics, les administrations fiscales, les institutions supérieures de contrôle, les inspections générales et les unités d’audit internes », a souligné François Marie Maurice Gervais Rakotoarimanana, ministre des Finances de Madagascar. « Nous devons également recruter davantage de comptables dans les administrations afin d’améliorer les services aux citoyens. »

Au cours de cette conférence, organisée par la Fédération panafricaine des experts comptables (PAFA) et la Fédération internationale des experts comptables francophones (FIDEF) avec le soutien de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de la Fédération internationale des comptables (IFAC), les délégués de 15 pays d’Afrique francophone ont identifié et discuté un certain nombre de mesures concrètes qui aideraient la profession comptable à améliorer la transparence et l’efficacité des institutions nationales de finances publiques.

L’une des solutions évoquées consisterait à développer les organisations comptables professionnelles de la région pour constituer un vivier de techniciens et de comptables professionnels capables de répondre aux attentes des secteurs public et privé. Les adhérents de ces organisations — comptables professionnels, auditeurs et techniciens comptables — assument en effet un large éventail de tâches comptables et respectent des normes élevées de qualité de service. Solides et efficaces, ces institutions qui œuvrent dans l’intérêt général et défendent une saine gouvernance institutionnelle et le respect de normes mondiales cohérentes contribuent à la création de valeur pour le bien commun dans le monde.

Hélas, les premiers constats d’une étude conduite par la Banque mondiale et l’IFAC sur le statut des informations financières et la profession comptable en Afrique francophone montrent que l’adhésion à ce type d’organisations est peu répandue : seuls les comptables spécialisés dans les audits y sont affiliés. C’est là une différence avec les pays anglophones, où techniciens qualifiés et comptables professionnels, quel que soit leur secteur d’activité, peuvent en faire partie. Les délégués ont donc décidé de remettre à plat les pratiques actuelles de ces organisations dans les pays francophones, afin d’élargir l’adhésion à tous les professionnels qualifiés. Le rapport signale également que, dans les pays francophones, ces organisations manquent de poids, faute de moyens, de connaissances et de compétences pour mener à bien leurs missions. Mais à condition d’élargir le profil de leurs membres, elles pourraient participer à la production d’informations financières de qualité et, ce faisant, au développement des secteurs public et privé, à la croissance économique et au renforcement de l’efficacité de l’aide internationale.

Les participants ont également réfléchi à des moyens pour tisser des liens plus étroits entre les comptables professionnels et le secteur public — liens qui, au vu des expériences partagées pendant la conférence, paraissent plutôt distendus. Ils ont recommandé aux comptables professionnels de consacrer davantage de temps à comprendre le fonctionnement du secteur public, nouer des relations avec le gouvernement et offrir des services et des produits adaptés aux besoins du secteur public, notamment pour améliorer les informations financières, la gouvernance et les systèmes de gestion financière. Le cas d’une organisation comptable professionnelle du Sénégal, qui soutient les institutions supérieures de contrôle pour former le personnel et effectuer des audits, a ainsi été cité en exemple. Les professionnels des pays francophones sont invités à s’inspirer de l’expérience des organisations professionnelles dans les pays anglophones pour instaurer de solides relations de travail avec le secteur public.

Les données et les expériences partagées pendant les débats ont montré que seul un petit nombre de comptables travaillent dans le secteur public. Les délégués ont insisté sur la nécessité pour les administrations de faire preuve d’innovation et de créativité afin de former, attirer et conserver des techniciens et des comptables professionnels. Pour cela, elles devraient proposer des plans de carrière aux jeunes comptables attractifs et stimulants, mais également reconnaître leur valeur ajoutée, récompenser leurs contributions et offrir des possibilités d’apprentissage et de réseautage en dehors de leur périmètre.

Les participants ont pris connaissance d’approches concrètes, à l’instar de celle conçue par la Confédération des comptables d’Asie et du Pacifique (CAPA) pour aider les administrations à repérer, attirer et s’attacher durablement les services de comptables professionnels et autres agents financiers indispensables. La multiplication du nombre de comptables qualifiés dans les institutions publiques pourrait améliorer la qualité des informations financières et, ce faisant, influer sur les processus de décision, la transparence et le recouvrement des recettes fiscales. « La profession comptable a un rôle clé à jouer pour aider les gouvernements à collecter un maximum de recettes », indique Mohamed Hdid, président de la FIDEF.

Chiara Bronchi, chef de service au pôle mondial d’expertise en gouvernance à la Banque mondiale, rappelle les différentes formes de soutien fourni aux institutions de gestion des finances publiques et souligne l’importance pour la profession comptable d’aider la société civile, les médias et le grand public à mieux comprendre les états financiers audités afin de satisfaire les attentes des citoyens en termes de meilleure gouvernance. « La Banque mondiale entend poursuivre sa collaboration avec la profession comptable et les autorités pour permettre le renforcement des institutions dans le but de mettre fin à la pauvreté et de promouvoir une prospérité partagée », conclut Chiara Bronchi.