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La pauvreté a reculé dans le Maghreb, mais les inégalités persistent

17 octobre 2016


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LES POINTS MARQUANTS
  • L’extrême pauvreté recule dans l’ensemble du Maghreb, mais de larges pans de la population risquent de retomber dans la pauvreté, tandis que le chômage, particulièrement élevé chez les jeunes, reste un défi de taille.
  • Les taux de pauvreté et de chômage au Maghreb présentent d’importantes disparités selon l’âge, le sexe et les territoires, et ces inégalités constituent, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, un obstacle majeur à l’objectif visant à mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde d’ici 2030.
  • L’égalité d’accès aux opportunités économiques est une priorité pour les pays de la région, en particulier pour remédier au chômage des jeunes.

Même si les performances économiques de l’Algérie, de la Libye, du Maroc et de la Tunisie sont diverses, les quatre pays du Maghreb ont en commun les mêmes grands défis socioéconomiques, avec, au premier rang d’entre eux, les taux élevés du chômage chez les jeunes et la nécessité d’y remédier en développant le secteur privé pour créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

L’Algérie : un vaste territoire, du pétrole, et une population d’environ 39,7 millions d’habitants « économiquement gérable ». Le taux de pauvreté modérée s’établissait à 5,5 % en 2011, dernière année pour laquelle on dispose de données officielles. Le taux de pauvreté extrême est bien plus bas et s’élève à 0,5 %.  

Mais près de 10 % de la population algérienne (soit quelque 4 millions de personnes) se trouvent dans une situation précaire et risquent de basculer de nouveau dans la pauvreté. En cause, notamment, le chômage, qui dépassait la barre des 10 % en 2015 (11,2 % exactement). Au premier semestre de 2016, le chômage restait encore particulièrement élevé chez les femmes (16,6 %) et les jeunes (29,9 %).

En Algérie, près de 75 % des pauvres vivent dans les zones urbaines, où ils sont employés dans le secteur informel, ou pratiquent une agriculture de subsistance. Mais les disparités régionales sont fortes : la pauvreté est deux fois plus répandue dans le Sahara, et trois fois plus élevée que la moyenne nationale dans la région des steppes.

Tous ces facteurs, auxquels s’ajoute aujourd’hui le bas niveau des cours pétroliers, font de la lutte contre les inégalités un défi majeur en Algérie. En effet, les inégalités de consommation sont très élevées, avec un écart de 27,7 % entre les riches et les pauvres.

Et pourtant, il est indispensable de remédier aux inégalités pour pouvoir mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde d’ici 2030. Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale consacré à cette question, les inégalités économiques dans le monde sont en recul depuis 1990, mais le tableau est plus contrasté en ce qui concerne les inégalités au sein d’un même pays, qui s’aggravent globalement. Toutefois, depuis 2008, pour un pays où les inégalités se sont aggravées, deux ont progressé dans les mêmes proportions sur cette période.

En Libye, la baisse des prix pétroliers, conjuguée à la chute de la production liée à la situation d’impasse politique et de conflit dans laquelle est plongé le pays, contribuent à jeter dans la pauvreté une proportion importante d’une population peu nombreuse (6,3 millions d’habitants) qui dépendait auparavant des largesses de l’État.

S’il n’existe pas de statistiques officielles depuis plusieurs années, des estimations récentes des Nations Unies indiquent que la Libye comptait, à la mi-2016, 435 000 personnes déplacées et 1,3 million d’habitants en situation d’insécurité alimentaire ; en tout, plus d’un tiers de la population du pays, soit environ 2,4 millions de personnes, auraient besoin d’une aide humanitaire.

Le taux élevé du chômage en Lybie apparaît à la fois comme un facteur de l’instabilité actuelle et un enjeu clé du retour de la paix. L’aide de court terme apportée à ce pays devrait poser les bases d’une amélioration de l’administration et du secteur public, et ouvrir la voie au développement et à la diversification du secteur privé, qui sont la clé de la création d’emplois.

Le taux de pauvreté modérée correspond à la proportion de la population qui vit avec moins de 3,1 dollars par jour. Quant au taux de pauvreté extrême, il correspond à un seuil de 1,9 dollar par jour.

Au Maroc, les taux de croissance enregistrés ces quinze dernières années ont permis de faire reculer le taux de pauvreté de 8,9 % en 2007 (pour une population de 34,4 millions d’habitants) à 4,2 % en 2014. Si le taux d’extrême pauvreté est relativement bas (à 3,1 %), le taux de pauvreté modérée atteint 15,5 %. En outre, près de 19 % de la population rurale marocaine qui dépend de l’agriculture vit encore dans la pauvreté ou risque d’y plonger.

Les taux de pauvreté ne devraient pas reculer dans un contexte de ralentissement de la croissance économique, ni tant que le pays n’aura pas remédié à ses inégalités économiques et aux disparités dont souffrent certains régions.

Comme ailleurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le chômage est globalement élevé au Maroc, autour d’un taux de 9 %, et particulièrement important chez les jeunes en milieu urbain, où il atteignait 38,8 % en juin 2016. Le pays s’est doté d’une nouvelle stratégie nationale qui vise à ramener le taux de chômage à 3,9 % en dix ans. La réussite de cette stratégie, qui table sur la création de 200 000 emplois par an, pourrait résider dans l’adoption de réformes qui rendent le marché du travail plus favorable au secteur privé.

La Tunisie n’a publié aucune statistique officielle sur la pauvreté depuis 2010. Les projections de la Banque mondiale indiquent cependant que la pauvreté a augmenté à la suite de la révolution de 2011, avant de renouer, en 2012, avec son niveau d’avant les événements.

Le taux de pauvreté extrême a stagné à 1,9 % sur la période 2013-16, mais pourrait baisser à 1,5 % d’ici 2018. Pour faire véritablement une différence sur le plan de la pauvreté, la croissance économique tunisienne devra être répartie entre toutes les générations et les régions du pays.

Sur une note plus positive, les estimations indiquent une légère baisse de l’incidence de la pauvreté modérée, qui serait passée de 8,3 % en 2013 (sur une population totale de 11,1 millions d’habitants) à 7,9 % en 2015 ; ce taux devrait continuer de décliner légèrement jusqu’à 6,7 % à l’horizon 2018.

Dans un pays qui abrite une population jeune relativement bien formée, le chômage reste malheureusement élevé, en particulier chez les femmes (22 %), les jeunes diplômés (31,2 %) et chez les jeunes sortis du système scolaire et les autres catégories de jeunes (31,8 %).

L’égalité d’accès aux opportunités économiques est une priorité pour le nouveau gouvernement tunisien, à l’instar des autres gouvernements du Maghreb. Cet enjeu est particulièrement important au regard des populations jeunes et particulièrement nombreuses qu’abrite cette région et dont l’énergie et la créativité pourraient être un moteur de croissance. 


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