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Violences urbaines : un problème d’ampleur épidémique

06 septembre 2016


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Photo: vitoj / Shutterstock

LES POINTS MARQUANTS
  • En Amérique latine et aux Caraïbes, 400 homicides sont commis chaque jour, soit quatre toutes les 14 minutes.
  • Ces statistiques, qui figurent dans un rapport que publiera prochainement la Région Amérique latine et Caraïbes de la Banque mondiale, soulignent la nécessité d’endiguer une véritable épidémie urbaine.
  • Avec un engagement de long terme et des politiques appropriées, il est possible d’endiguer les violences dans les villes. La Banque mondiale et ses partenaires s’y emploient en menant des travaux axés sur la collecte de données, des projets de prévention de la violence ainsi que des initiatives ciblant les populations jeunes très vulnérables.

Au début des années 90, Medellín, deuxième plus grande ville de Colombie, vivait dans la peur de la criminalité et de la violence. En 1991, la proportion d’homicides culminait à 381 pour 100 000 habitants, un chiffre ahurissant qui faisait de Medellín l’endroit le plus violent de la planète.

Vingt-cinq ans plus tard, le taux d’homicides est en net recul, à environ 20 pour 100 000 habitants. Medellín compte aujourd’hui parmi les villes d’Amérique latine qui innovent le plus et où il fait bon vivre. D’autres métropoles ont connu des améliorations similaires : c’est le cas de Cali en Colombie ou de Diadema dans l’État de São Paulo, au Brésil.

Cela n’a rien d’une coïncidence. Ces trois villes sont parvenues à diminuer considérablement la criminalité et la violence en mettant en œuvre des programmes adaptés à leur contexte et en cherchant à éradiquer les causes profondes de la violence.

À Medellín, les conditions de sécurité se sont améliorées après le démantèlement des cartels de la drogue et la mise en œuvre d’une série de projets urbains et sociaux novateurs favorisant l’intégration des quartiers pauvres des collines avec le reste de la ville.

À Diadema, des travaux ont montré qu’une proportion importante des crimes étaient perpétrés la nuit, dans des rues bien précises, et qu’ils étaient directement liés à la consommation d’alcool (a). Sur la base de ces résultats, les autorités ont ciblé leurs interventions dans les points sensibles, interdit la vente d’alcool dans les bars après 23 h et mis en place des interventions sociales. Trois ans plus tard, les agressions contre les femmes avaient chuté de 56 % et le taux d’homicides avait reculé de 45 % (soit plus de 100 vies épargnées par an).

Malheureusement, ces résultats prometteurs forment un contraste saisissant avec la situation qui prédomine dans de nombreuses autres métropoles. En dépit d’une croissance remarquable du PIB et une nette diminution de l’extrême pauvreté, l’Amérique latine et les Caraïbes affichent encore en moyenne un taux de 24 homicides pour 100 000 habitants.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un taux d’au moins 10 homicides pour 100 000 habitants est le signe d’une violence endémique. Ce qui signifie que, dans beaucoup de pays, la violence a effectivement atteint des proportions épidémiques.


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Si on considère la violence comme étant une épidémie, alors les jeuns sont de loin la population la plus vulnérable.

Photo : Proyecto 11-6 / Flickr Creative Commons

« Si les politiques sont adaptées et si la réduction de criminalité fait l’objet d’un engagement à long terme. »

Markus Kostner

Responsable du développement social, Région Amérique latine et Caraïbes de la Banque mondiale

La jeunesse : une population vulnérable

La jeunesse est de loin la catégorie de population la plus exposée à cette épidémie de violence. En Amérique latine, chez les hommes âgés de 15 à 24 ans, le taux d’homicides atteint les 92 pour 100 000 habitants, soit environ quatre fois plus que la moyenne régionale. Selon un rapport que publiera le bureau de l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Amérique latine et Caraïbes cet automne, les jeunes gens âgés de 25 à 29 ans, des hommes en majorité, sont par ailleurs les principaux responsables de la criminalité et de la violence.

L’étude à paraître, intitulée Stop the Violence in Latin America: A Look at Prevention from Cradle to Adulthood, consiste en une approche factuelle des politiques de prévention qui sont parvenues à réduire les comportements antisociaux chez les plus jeunes et les ressorts de la criminalité chez les jeunes et les adultes. L’étude met également en lumière la complexité du problème de la violence dans la région.

« Si les statistiques mondiales et régionales sont déprimantes, la réussite de Medellín, Cali et Diadema est porteuse d’un message clair : la violence chez les jeunes peut être évitée, si les politiques sont adaptées et si la réduction de criminalité fait l’objet d’un engagement à long terme », indique Markus Kostner, responsable du développement social pour la Région Amérique latine et Caraïbes de la Banque mondiale. « Nous disposons de précédents éprouvés, attestant que des stratégies de prévention bien pensées produisent des résultats tangibles et durables. »

Traiter la violence comme un problème de santé publique

Les interventions les plus efficaces traitent la violence comme une crise de santé publique. Ces politiques éprouvées, qui s’inspirent des principes épidémiologiques, considèrent la violence comme un phénomène sous-tendu par une combinaison de facteurs de risque, découlant de réalités individuelles et sociétales, comme l’exposition à la violence domestique pendant l’enfance, le haut niveau d’inégalité, l’inefficacité des systèmes éducatifs et l’absence de perspectives d’emploi, pour ne citer que ces exemples.

La violence est latente lorsque plusieurs de ces facteurs interagissent, en formant des combinaisons qui peuvent varier selon les pays, voire selon les villes.

« Voilà pourquoi les stratégies de prévention de la violence efficaces consistent presque toujours en des stratégies multisectorielles et propres à chaque situation », explique Chloë Fèvre, spécialiste senior du développement social à la Banque mondiale. « Elles doivent également prendre en compte les spécificités hommes-femmes et cibler avant tout les jeunes : plus les facteurs de risque sont neutralisés tôt, plus les chances de réussite sont élevées. »

Faire de la prévention de la violence une priorité du développement

Lutter contre la violence est un impératif de développement. Une violence endémique se traduit par une moindre productivité, une dégradation de la santé et un renchérissement du coût de la sécurité. Le coût cumulé de la violence est stupéfiant : jusqu’à 10 % du PIB dans certains pays, avec des conséquences néfastes à long terme sur le développement humain, social, économique et durable.

Le Groupe de la Banque mondiale encourage ses partenaires dans le monde à multiplier le nombre de travaux et de données portant sur la violence et à incorporer des stratégies de prévention dans le cadre des projets de développement. Citons par exemple :

  • Des travaux d’analyse sur l’importance de la prévention, qui fournissent une base de données factuelles solide pour l’élaboration des politiques. La Banque mondiale s’est inspirée de l’initiative Becoming a Man (a) de l’université de Chicago, qui cible de jeunes lycéens, pour en tester et en évaluer les principes au Mexique.
  • Des programmes de développement urbain et de proximité, prévoyant des composantes dédiées à la prévention de la violence, à l’instar du Projet intégré de développement des communautés en Jamaïque (a) et du Projet d’amélioration de la gouvernance municipale et de la qualité de vie à Teresina (a), entrepris au Brésil, qui comprend l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de prévention de la violence.
  • Le Projet pour des municipalités plus sûres au Honduras (a), première opération de la Banque mondiale portant exclusivement sur la prévention de la violence. Une de ses composantes, axée sur l’emploi des jeunes, fait actuellement l’objet d’une évaluation rigoureuse qui s’intéressera à la manière dont la formation professionnelle, les emplois temporaires et les thérapies comportementales et cognitives influent sur le quotidien des jeunes Honduriens.
  • La volonté de faciliter l’échange des connaissances entre les villes et les pays et de conjuguer les efforts de la Banque avec ceux d’autres partenaires, comme la fondation MacArthur, l’initiative 100 Resilient Cities de la fondation Rockefeller, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et le Laboratoire d’action contre la pauvreté du MIT.

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