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La gomme arabique favorise une croissance verte en Mauritanie

06 juillet 2016


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L’acacia, qui prospère dans le sud de la Mauritanie, est depuis longtemps considéré comme une source de gomme arabique. Photo: Shirin Wertime


LES POINTS MARQUANTS
  • La Mauritanie était autrefois le deuxième pays exportateur de gomme arabique, mais les sécheresses sévères des années 1970-1980 ont fait chuté la production de façon spectaculaire.
  • En Mauritanie, soixante-dix pourcent des pauvres vivent en communautés rurales dépendantes de précipitations rares et imprévisibles.
  • Le Programme Sahel et Afrique de l’Ouest (SAWAP) soutient la Mauritanie dans la régénération des arbres acacias et l’expansion de la production de gomme arabique, tout en aidant à restaurer les écosystèmes dégradés et à améliorer les moyens de subsistance ruraux.

D'est en ouest, l'Afrique subsaharienne est constituée essentiellement de zones arides, où réside la moitié de la population et les trois quarts des Africains les plus pauvres. Aujourd'hui, des sécheresses sévères et d'autres chocs environnementaux fragilisent les moyens de subsistance de millions d'individus sur le continent. Si rien n'est fait entre-temps, beaucoup d'autres seront exposés à des risques alors que le changement climatique menace d'étendre de 20 pourcent la superficie des zones arides.

Pour lutter contre cette menace, l'Union africaine a lancé en 2007 l'Initiative de la Grande muraille verte, un effort panafricain visant à combattre la désertification, la pauvreté et la dégradation des terres dans la région du Sahel-Sahara. Ce programme a tenu sa première conférence internationale à Dakar, au Sénégal, du 2 au 7 mai 2016. Plus de vingt ministres africains et partenaires au développement y ont confirmé leur engagement politique et financier en faveur de ce projet et ont préparé une feuille de route pour intensifier les actions sur le terrain.

Dans son discours d'ouverture, le directeur du développement durable région Afrique de la Banque mondiale, M. Jamal Saghir, a rappelé la nécessité de réaliser des investissements de grande ampleur pour renforcer la résilience des communautés et des paysages, condition indispensable pour relever les défis majeurs de la pauvreté, la sécurité environnementale et les crises humanitaires dans les zones arides africaines. 

La Mauritanie a été l'un des pays africains les plus durement touchés par la sécheresse et la désertification durant ces trente dernières années. Le ministre mauritanien de l'Environnement et du Développement durable, M. Amedi Camara, a conduit une délégation lors de la Conférence de la Grande muraille verte, et a activement souligné le rôle de la Mauritanie dans ce projet à travers des programmes plurisectoriels intégrés, bénéfiques tant aux populations qu'à l'environnement.

Rôle de la Mauritanie

Dans la région sahélienne de la Mauritanie, l'acacia, une ressource traditionnelle, est utilisé dans la lutte contre la désertification et la pauvreté rurale. Cet arbre, qui prospère dans le sud chaud et sec du pays, est depuis longtemps considéré comme une source de gomme arabique – une gomme naturelle constituée de sève durcie. Très polyvalent, cet ingrédient est utilisé depuis 4 000 ans. Utilisée comme stabilisant dans de nombreux aliments, boissons et médicaments, la gomme arabique est devenue un produit incontournable pour les industries agroalimentaires et pharmaceutiques.

Tout comme l'acacia dont elle est issue, la gomme arabique est profondément enracinée dans l'histoire de la Mauritanie. Cultivée et consommée en Afrique de l'Ouest depuis des siècles, elle est devenue à partir du XVIIe siècle un produit d'exportation important vers l'Europe. La Mauritanie était autrefois le deuxième pays exportateur de gomme arabique, avec une production annuelle moyenne record de 5 700 tonnes. Toutefois, ces chiffres se sont brutalement effondrés suite aux sécheresses sévères des années 1970 et 1980, et ont continué à chuter avec la migration de masse des populations rurales vers les zones urbaines. À l'heure actuelle, la Mauritanie ne produit plus que 500 tonnes de gomme arabique par an environ.


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En Mauritanie, soixante-dix pourcent des pauvres vivent en communautés rurales dépendantes de précipitations rares et imprévisibles. Photo: Shirin Wertime


Pour exploiter le potentiel socio-économique de la gomme arabique et la grande tolérance de l'acacia à la sécheresse, la Banque mondiale appuie la politique mauritanienne de régénération des acacias et de développement de la production de gomme arabique. Ce projet fait partie du Programme Sahel et Afrique de l’Ouest (SAWAP), doté de 1,1 milliard USD, mené conjointement par la Banque mondiale et le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) en appui à l'Initiative de la Grande muraille verte. Il vise à restaurer les écosystèmes dégradés et à améliorer les moyens de subsistance ruraux, tout en contribuant à freiner l'avancée du Sahara. D'après M. Boubacar Diop, coordinateur du projet au ministère de l'Environnement et du Développement durable, une attention particulière a été portée à « la vulnérabilité environnementale et socio-économique des populations rurales défavorisées afin de leur garantir les principaux bénéfices de la gomme arabique grâce à la promotion de techniques rationnelles et participatives de gestion durable des paysages ».

En partenariat avec le ministère mauritanien de l'Environnement et du Développement durable, les autorités locales et les communautés, le programme SAWAP vise à consolider la gestion durable des paysages dans 39 communes des régions méridionales du Trarza, du Brakna et du Gorgol. Situées à l'extrême sud du désert du Sahara, toujours en expansion, ces régions abritent des écosystèmes de production de la gomme arabique qui permettent de lutter contre la désertification et d'enrichir et retenir la terre et l'eau. L'étude récente de la Banque mondiale sur la croissance verte inclusive en Mauritanie a souligné la nécessité de développer des activités génératrices de revenus en lien avec les ressources naturelles renouvelables. Ce projet répond à cet objectif en proposant des formations et autres outils susceptibles de favoriser le développement d'une chaîne de valeur durable de la gomme arabique via une amélioration de l'accès aux marchés.

Ce projet visera des sites connus pour leur potentiel de régénération des acacias et leur proximité avec des villages—tel que Wabounde, dans la région du Brakna. En Mauritanie, 70 pourcent des pauvres vivent en zone rurale. Dans les villages comme Wabounde, les communautés luttent pour faire face à une faible productivité agricole et des précipitations rares et imprévisibles.

Une éventuelle collaboration autour de ce projet pourrait améliorer les moyens de subsistance de la communauté de Wabounde grâce à la production et la vente de gomme arabique. Les villageois savent que leur prospérité à long terme est étroitement liée à celle de la terre et aspirent à un avenir meilleur où, en subvenant eux-mêmes à leurs besoins, ils pourront contribuer à préserver la santé de l'écosystème pour les générations futures.