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Les droits des femmes dans le monde arabe : où en sommes-nous ?

07 mars 2016

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LES POINTS MARQUANTS
  • Les pays de la région MENA ne promeuvent généralement pas la participation des femmes à la vie parlementaire mais Djibouti, l’Égypte et la Jordanie ont fixé un quota de 10 % de sièges de députés réservés aux femmes, tandis que le Maroc et l’Iraq vont respectivement jusqu’à 15 et 25 %.
  • La représentation des femmes dans le système judiciaire est nettement plus faible que dans l’arène politique et le nombre de juges femmes est loin d’être proportionnel à la population féminine des pays de la région MENA.

Le tableau général est plutôt encourageant : de nombreux pays à travers le monde s’emploient à réformer l’accès des femmes aux débouchés économiques et à réduire le nombre de lois restreignant leur liberté d’action, avec des progrès remarquables d’année en année. La dernière édition du rapport de la Banque mondiale Les Femmes, l’entreprise et le droit recense ainsi 94 réformes adoptées dans 65 pays au cours des deux dernières années qui devraient améliorer la condition féminine.

La plupart de ces avancées sont le fait de pays « en développement » d’Europe, d’Asie centrale et d’Afrique et non de pays « développés ». Mais la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) est la lanterne rouge du classement, avec à peine 12 réformes, alors que l’on connaît l’impact des entraves juridiques et commerciales à la participation des femmes à la population active, avec des pertes de revenu estimées à 27 %.

Ci-après, un résumé des réformes en faveur des droits des femmes mais aussi des mesures discriminatoires à leur encontre.

Vie politique :

  • La plupart des pays de la région MENA n’ont pas de quotas dans leurs parlements. Mais Djibouti, l’Égypte et la Jordanie ont rendu obligatoires les quotas pour les femmes députés (10 % des sièges), de même que le Maroc (15 %) et l’Iraq (25 %).
  • En plus du quota de 10 % au parlement, l’Égypte vient d’imposer un quota de 25 % en faveur des femmes dans les conseils locaux.
  • En Tunisie, la nouvelle loi électorale impose que 50 % des membres d’une liste électorale soient des femmes. L’Algérie exige elle aussi la parité hommes-femmes dans les listes électorales.
  • Quant à l’Arabie saoudite, elle réserve désormais aux femmes 20 % des sièges à la choura, l’assemblée consultative.

Par rapport aux instances politiques, la représentation des femmes dans les systèmes judiciaires des pays de la région MENA est beaucoup plus faible. À l’échelle de la région, le nombre de juges femmes est sans commune mesure avec la part des femmes dans la population. Aucune femme n’exerce la fonction de premier magistrat dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (c’est aussi le cas en Asie du Sud). Et les lois tendent à être discriminatoires à l’encontre des femmes.

Droit :         

  • Tous les pays de la région MENA ont au moins une loi limitant le type d’activités professionnelles auxquelles les femmes peuvent avoir accès.
  • Le Maroc est le seul pays de la région où la discrimination à l’encontre des femmes pour l’accès au crédit est interdite par la loi.
  • Avec Djibouti, le Maroc est le seul pays à imposer par la loi une rémunération équivalente pour un travail équivalent et à interdire la discrimination sexuelle à l’embauche.
  • L’Algérie a elle aussi adopté le principe du salaire égal pour un travail égal.

Plus inquiétant, le fait que la région MENA soit l’une des moins bien armées, d’un point de vue juridique, pour protéger les femmes contre les violences familiales. Le Liban fait exception qui, avec la loi 293 visant à protéger la femme et les autres membres de la famille de la violence domestique, couvre les quatre formes de violences contre les femmes (physiques, sexuelles, psychologiques et économiques).


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Dans 18 des pays couverts par le rapport, il n’existe pas de différence juridique entre les hommes et les femmes. L’échantillon regroupe des pays riches et pauvres et des configurations sociales différentes, du Canada à Taïwan en passant par l’Espagne, la Hongrie, Malte, le Mexique, la Namibie, les Pays-Bas, le Pérou, la République dominicaine ou la Serbie. Cette diversité prouve que la suppression des différences juridiques entre les hommes et les femmes est un objectif accessible et que les pays du monde arabe peuvent améliorer le contrat social avec leurs citoyens.

Limiter les entraves liées au sexe donnerait aux femmes davantage de pouvoir pour infléchir les politiques publiques et, partant, optimiser les décisions en matière de dépenses. Des recherches menées aux États-Unis montrent ainsi que dans les douze mois suivant l’octroi du droit de vote aux femmes, l’évolution des comportements de vote a abouti à une hausse d’environ 35 % des dépenses publiques de santé.