ARTICLE

Vers une gestion durable des risques d’inondations dans la banlieue de Dakar

03 février 2016

Image

Une vue aérienne des ouvrages de drainage à Dalifort, dans la banlieue dakaroise. Plus de 18 000 personnes sont désormais à l’abri des inondations pendant la saison des pluies.

© Agence de développement municipal (ADM)/PROGEP

LES POINTS MARQUANTS
  • Depuis plusieurs années, les inondations sont récurrentes dans la banlieue de la capitale sénégalaise durant la saison des pluies.
  • En 2012, le gouvernement et la Banque mondiale ont lancé des travaux de drainage pour prévenir les risques d’inondations dans les quartiers les plus pauvres de Pikine et Guédiawaye.
  • Près de 100 000 personnes et 400 hectares de terres sont désormais protégés grâce à la construction de canaux et de bassins de stockage.

DAKAR, le 3 février 2016—Lorsque les pluies diluviennes se sont abattues sur Dakar en 2009, les habitants de la Cité Soleil, un quartier situé dans la banlieue de Dakar, avaient de l’eau jusqu’à la poitrine. Six ans plus tard, les traces du niveau de l’eau stagnante, qui avait atteint 1 mètre 50, sont encore visibles sur les murs. Les résidents se souviennent encore de la forte odeur des eaux pluviales mélangées à celles des eaux usées débordant des fosses septiques, ainsi que des cas fréquents de dysenterie et de maux de tête, notamment chez les enfants.

« Pendant la saison des pluies, les tempêtes nocturnes nous empêchaient de dormir car il fallait enlever sans cesse l’eau qui envahissait nos chambres. C’était épuisant. L’eau sale nuisait à notre santé et endommageait nos affaires », a déploré Fatou Gningue, habitante de Cité Soleil. 


« Pendant la saison des pluies, les tempêtes nocturnes nous empêchaient de dormir car il fallait enlever sans cesse l’eau qui envahissait nos chambres. C’était épuisant. L’eau sale nuisait à notre santé et endommageait nos affaires.  »

Fatou Gningue

Habitante de Cité Soleil

Image

Avant l’intervention du PROGEP, les inondations dévastatrices étaient récurrentes à Dalifort. 

© Agence de développement municipal (ADEM)/PROGEP

Les inondations qui frappent la plupart des villes du Sénégal, en particulier Dakar, Saint-Louis, et Kaolack, sont devenues récurrentes du fait de la pression démographique et de l’extension urbaine. L’exode rural vers les villes métropoles a entraîné le développement rapide de l’espace périurbain qui comprend de nombreuses zones humides non constructibles. Ces zones, souvent occupées par des populations démunies, se sont développées de manière informelle, sans système de drainage ou d’assainissement, sans planification urbaine et sans contrôle de l’occupation du sol. Les nombreux bâtiments, routes et aménagements empêchaient l’écoulement naturel des eaux jusqu’aux exutoires vers la mer pendant la saison des pluies. Les aléas du changement climatique sont venus aggraver cette situation, comme les pluies exceptionnelles d’août 2012 avec plus de 156 millimètres d’eau déversés en deux heures dans la banlieue de Dakar.  

Les inondations de 2012 ont été catastrophiques pour le pays, occasionnant de pertes humaines, de nombreux dégâts immobiliers et matériels ainsi qu’une baisse importante de sources de revenus. Les infrastructures publiques telles que les écoles, les structures de santé, les réseaux d’approvisionnement en eau potable et d’électricité ont également été fortement touchées, entraînant la suspension des services publics pendant plusieurs jours.

Cet évènement désastreux a également marqué un tournant décisif dans la politique de gestion durable des risques d’inondations avec l’adoption par le gouvernement sénégalais du Programme décennal de gestion des risques d’inondations (PDGI) totalisant plus de 700 milliards de francs CFA (1,4 milliard de dollars). Ce plan a bénéficié de l’appui de la Banque mondiale via le Projet de gestion des eaux pluviales et d’adaptation au changement climatique (PROGEP) qui a apporté 90,6 millions de dollars. Le Fonds Nordique de Développement a aussi contribué aux activités de ce projet à hauteur de 9 millions de dollars.  

Grâce à l’appui de la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et de relèvement (GFDRR), le gouvernement sénégalais ainsi que la Banque mondiale et d’autres partenaires ont pu mener une évaluation des besoins post catastrophe après les inondations de 2009, ce qui a permis de poser les bases pour la mise en œuvre du PROGEP. 

« Le PROGEP soutient ce programme national à travers des activités de renforcement de capacités, de planification urbaine, de construction d’ouvrages prioritaires de drainage, de gestion des zones humides, de promotion de l’engagement communautaire dans la réduction des risques d’inondation, de gestion des déchets et d’adaptation au changement climatique. On ne pourra pas trouver de solution durable permettant d’améliorer les conditions de vies des populations de la banlieue de Dakar sans renforcer tous ces aspects », explique Isabelle Céline Kane, spécialiste en gestion des risques et catastrophes au bureau de la Banque mondiale au Sénégal.

Après deux ans de travaux, les quartiers autrefois pollués et fortement exposés aux inondations, sont désormais propres et protégés contre les pluies torrentielles. Dès l’hivernage 2013, les travaux de drainage et la construction de plusieurs bassins de stockage à Dalifort et Thiourour ont permis de mettre à l’abri des inondations environ 18 500 personnes et 105 hectares de terres.

Au cours des années 2014 et 2015, la poursuite de ces travaux a permis d’assurer la protection de quelques 100 000 personnes et de plus de 400 hectares de terres, notamment pendant l’hivernage 2015 qui a enregistré des précipitations exceptionnelles. La deuxième phase du projet prévoit la construction d’ouvrages de drainage dès 2016 à Yeumbeul et Mbeubeuss, deux municipalités de la banlieue dakaroise situées à Pikine. 

Ces ouvrages ont été conçus pour drainer régulièrement la nappe phréatique dont le niveau élevé aggrave fortement le phénomène d’inondations. Grâce à ces nouveaux canaux de drainage, les eaux de la nappe phréatique et les eaux de pluie sont à présent évacuées tout au long de l’année.

La durabilité de ces ouvrages dépendra cependant de leur système d’exploitation et d’entretien car le réseau de drainage ne serait plus en mesure de fonctionner correctement si les canaux étaient obstrués. Le PROGEP mène à ce jour une étude institutionnelle et de viabilité financière pour l'exploitation et l’entretien du réseau afin d’assurer la durabilité des investissements sur le long terme. Il aide par ailleurs les autorités sénégalaises à élaborer le premier plan d'urbanisme du pays. Ce plan intègre la cartographie des zones inondables ainsi que les restrictions connexes en matière d’occupation du sol pour les communes de Pikine et Guédiawaye. Les inondations récurrentes et dévastatrices ne seront bientôt plus qu'un mauvais souvenir dans la banlieue de Dakar.