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Les investissements dans les nouvelles technologies permettent d’augmenter les revenus des producteurs agricoles au Mali

10 novembre 2015


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Dans l’usine de transformation de mangues de l’entreprise Diallo, la capacité de production a triplé suite à un projet de la Banque mondiale en faveur de la compétitivité.

© Aby Toure / World Bank

LES POINTS MARQUANTS
  • L’amélioration des infrastructures destinées à transformer localement des produits agricoles tels que les mangues permet d’accroître la productivité.
  • Grâce au soutien apporté par le projet, les agriculteurs et entrepreneurs locaux peuvent offrir des emplois aux jeunes.
  • Pour accroître les chaînes de valeur agricoles du Mali, les efforts entrepris dans le cadre du projet visent à augmenter les investissements, renforcer les capacités et relier les agriculteurs aux marchés régionaux et internationaux.

BAMAKO, le 11 novembre 2015 – Après avoir roulé pendant 600 kilomètres sous une chaleur accablante, dans une région peu habitée du Mali, nous arrivons finalement dans un quartier résidentiel de Sikasso, une grande ville située au sud de Bamako. Nous voici au siège de l’entreprise Diallo, qui est également la maison à sa directrice, Mme Diallo Hadizatou Maiga. Elle nous accueille avec un grand sourire et nous raconte avec enthousiasme ce qui est devenu sa plus grande fierté….avec ses enfants, bien entendu !


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Les mangues transformées par l’entreprise Diallo sont vendues dans les supermarchés européens car elles sont conformes aux normes internationales.

© Aby Toure / World Bank

« Avant, nous produisions 20 kilos de mangues sèches par jour avec les anciennes machines. Aujourd’hui, nous en produisons entre 1,5 et 2 tonnes. Notre capacité de production a plus que triplé ! »

Diallo Hadizatou Maiga

Directrice de l’entreprise Diallo, une usine de transformation de mangues

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Alassane Koné bénéfice d’un nouveau système d’irrigation qui lui a permis de doublé sa productivité.

© Aby Toure / World Bank

L’histoire de Mme Diallo et la Banque mondiale commence en 2008, lorsqu’elle reçoit une subvention de 2,5 millions de francs CFA (dans le cadre d’un projet total de 5 millions de CFA) pour améliorer l’infrastructure de son entreprise de transformation de mangues. Avec le soutien du Projet de compétitivité et de diversification agricole (PCDA) du Mali, financé par la Banque mondiale, elle a acheté deux nouvelles machines à grande capacité de traitement afin d’agrandir son entreprise.

« Beaucoup de choses ont changé depuis », explique Mme Diallo. « Avant, avec les séchoirs Attesta, nous produisions 20 kilos de mangues séchées par jour. Aujourd’hui, nous en produisons entre 1,5 et 2 tonnes. Notre capacité de production a plus que triplé ! Non seulement nous avons amélioré la qualité du produit final mais, en plus, nous avons réduit les pertes de matières premières ».

Le PCDA fournit une assistance aux agriculteurs et aux entreprises privées afin qu’ils augmentent et diversifient leurs revenus et leurs perspectives économiques. Il soutient le développement d’une agriculture commerciale diversifiée et dynamique qui permettrait de sortir de l’agriculture de subsistance, souvent synonyme de pauvreté pour une grande partie de la population rurale.

En facilitant le développement du secteur privé, l’augmentation des investissements et l’accès au financement et à l’infrastructure commerciale, ce projet participe au renforcement des capacités de plusieurs niveaux de la chaîne de valeur de l’agriculture. Il permet également de relier les agriculteurs aux marchés afin qu’ils puissent commercialiser leurs produits, en établissant des partenariats avec des institutions régionales et internationales, un lien indispensable à toute réussite.

Alors qu’elles étaient auparavant vendues sur les marchés nationaux uniquement, les mangues séchées de l’entreprise Diallo sont désormais disponibles dans les supermarchés européens. « Nos produits sont conformes aux normes internationales et, grâce à la collaboration avec notre partenaire sud-africain, nous avons accès aux marchés internationaux. C’est cela qui a vraiment changé la donne », ajoute Mme Diallo.

L’entreprise embauche actuellement 25 personnes, dont 20 femmes. Par le biais du projet, Mme Diallo a pu obtenir des financements supplémentaires d’autres donateurs (Union européenne, coopération suisse) et, en collaboration avec l’Assemblée régionale, elle fait actuellement construire à quelques kilomètres de Sikasso une usine plus moderne, plus grande et dotée d’une meilleure infrastructure. « J’en rêvais depuis longtemps » dit‑elle. « Mon rêve s’est finalement réalisé et je suis extrêmement fière du chemin parcouru depuis les débuts modestes de l’entreprise dans l’arrière-cour de ma maison ».

La nouvelle usine devrait être opérationnelle courant 2016 et permettra à l’entreprise d’embaucher davantage d’employés permanents et saisonniers, en donnant la priorité aux jeunes sans emploi.

Pour cette entrepreneuse très dynamique, la transformation est indispensable, dans tous les sens du terme. Avec l’aide des donateurs, les gouvernements africains devraient davantage mettre l’accent sur la transformation locale et encourager les agriculteurs en prenant des mesures d’incitation comme le versement de subventions. S’ils augmentent leur capacité, les agriculteurs pourront alors embaucher plus d’employés, ce qui permettra non seulement d’aider des milliers de familles mais également de contribuer à la croissance économique de leurs communautés.

Des milliers d’agriculteurs bénéficient d’une assistance dans le cadre du PCDA pour la transformation de la mangue et de la noix de coco. Parmi eux, 80 % sont des femmes. Le projet aide également les agriculteurs à accroître leur productivité en améliorant les systèmes d’irrigation, en renforçant les capacités et en fournissant un soutien technique.

Alassane Koné est producteur de mangue à Sikasso. En 2010, il a reçu 10 millions de francs CFA du projet PCDA,  qu’il a utilisé pour mettre en place un système d’irrigation moderne sur sa ferme de cinq hectares.

« Avant, il me fallait une semaine pour irriguer tous les champs. Je faisais environ deux kilomètres à dos d’âne pour aller chercher de l’eau », explique M. Koné en montrant du doigt son âne, qui attend sous un arbre. « Maintenant, grâce au nouveau système d’irrigation, cela ne prend que quatre heures. Notre productivité a doublé, passant de 100 à 200 plantes par hectare. »

M. Koné est parvenu à s’affranchir de l’agriculture traditionnelle pour devenir un producteur commercial, avec plus de 1 054 arbres. Grâce à son système d’irrigation, il ne dépend plus de la saison des pluies pour l’irrigation de son verger. « C’est un grand soulagement et l’un des meilleurs investissements que j’aie jamais fait », déclare M. Koné en me montrant fièrement sa nouvelle installation. « J’ai désormais de l’eau pendant toute l’année et mon âne peut enfin se reposer », ajoute‑t‑il en riant.

Les mangues du verger de M. Koné et de bien d’autres exploitations de la région sont transformées dans la nouvelle usine de traitement de pommes de terre et de mangues de Sikasso. Construite et équipée en 2014 grâce aux fonds du projet, l’usine a une capacité de transformation de 66 tonnes (soit trois containers) de mangues de première catégorie par jour. La production est ensuite exportée dans les pays voisins ainsi qu’en Afrique du Nord et en Europe.

À la clôture du projet en juin 2015, plus de 16 000 bénéficiaires directs des régions de Mopti, Ségou, Sikasso, Koulikoro et du District de Bamako avaient profité des effets positifs du PCDA.

Lorsqu’on lui demande ce qui va désormais se passer et s’il existe des risques de perdre les bénéfices du projet, Mamadou Camara, le coordinateur régional du projet, se montre rassurant : « les entités publiques ont été formées pour prendre le relai et superviser les activités du projet. Nous nous sommes également associés avec des agences spécialisées afin de renforcer la capacité des agriculteurs et leur fournir des formations. À ma connaissance, rien n’empêche la poursuite du travail fructueux que nous avons commencé. » 


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