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Neuf pays se mobilisent pour renforcer la résilience climatique dans le bassin du Niger

27 octobre 2015


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Vue du fleuve Niger à Niamey.

World Bank/Sarah Farhat

LES POINTS MARQUANTS
  • Une des régions le plus exposée du monde au changement climatique, le bassin du Niger nécessite des investissements dans le renforcement des capacités d’adaptation pour préserver l'avenir de ses 112 millions d'habitants.
  • Les pays du bassin du Niger répondent à cette situation en élaborant conjointement un plan d'investissement ambitieux pour la résilience climatique.
  • Ce plan d'investissement expose 246 actions prioritaires, issues de documents de planification nationaux et régionaux, pour renforcer la résilience climatique.

WASHINGTON, le 27 octobre 2015 – Les eaux du Niger constituent une ressource précieuse pour neuf pays d'Afrique occidentale et centrale. Eau potable, irrigation, pêche, production d'hydroélectricité et transport : la majorité des 112 millions de personnes vivant dans le bassin du Niger (entre 65 et 70 % selon une estimation réalisée par la Banque mondiale en 2012) dépendent du fleuve. 


« Nous sommes convaincus que le PIC améliorera les conditions de vie des populations et contribuera à lutter contre la pauvreté dans le bassin du Niger. »

Nouradine Zakaria Toure

Président de la de la Coordination régionale des usagers des ressources naturelles dans les neuf pays du bassin du Niger

Avec des effets de plus en plus ressentis sur l'ensemble du continent africain, le changement climatique n'a pas épargné le bassin du Niger. Il constitue un défi majeur dans cette région. En aggravant une variabilité des précipitations déjà naturellement élevée dans le bassin et en exacerbant les phénomènes extrêmes tels que les inondations et les sécheresses, le changement climatique frappe durement les populations qui vivent des cultures pluviales, du pastoralisme et d'autres moyens de subsistance dépendants des ressources naturelles. À mesure qu'il accroît la concurrence pour l'accès à ces dernières, le changement climatique augmente également les risques de conflit. Les risques climatiques sont amplifiés par la vulnérabilité déjà élevée de la population du bassin, marquée par une forte pauvreté et des indicateurs sociaux et économiques alarmants.

Les pays du bassin ont engagé une collaboration historique pour lutter contre ces menaces climatiques qui ne font qu'aggraver les immenses problèmes de développement auxquels ils sont déjà confrontés. Lors de la réunion du conseil des ministres de l'Autorité du bassin du Niger qui s'est tenue le 30 septembre 2015 à Cotonou, au Bénin, et de la table ronde qui a réuni les ministres des Finances et du Développement économique des pays du bassin le 7 octobre 2015 à Lima, au Pérou, ces pays ont adopté un ambitieux plan d'investissement pour la résilience climatique (abrégé en Plan d'investissement climatique, PIC) et se sont engagés à défendre un programme d'appui technique et financier pour mettre en œuvre ses actions prioritaires axées sur la résilience. Le PIC a été élaboré par l'Autorité du bassin du Niger (ABN) et ses neuf États membres : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria et Tchad. Il s'appuie sur la coopération historiquement solide entre les pays du bassin et offre une réelle chance d'adopter une approche coordonnée pour renforcer la résilience climatique de la région.

Le changement climatique affecte l’accès à l’eau ainsi que sa quantité et sa qualité. Du fait de la mauvaise qualité des systèmes de surveillance et d'information dans le bassin du Niger, les populations sont incapables de se préparer et de réagir de manière appropriée aux événements climatiques extrêmes, ce qui les rend très vulnérables. Le manque d'infrastructures adéquates empêche les populations de stocker l'eau en prévision des pénuries. En raison des capacités de gouvernance limitées, il est difficile de gérer la variabilité du fleuve d'une manière qui réponde aux besoins des populations. Tous ces facteurs menacent la sécurité alimentaire et énergétique, le développement économique, la santé des écosystèmes et la stabilité dans le bassin du Niger.

Les pays du bassin sont conscients de la nécessité d'intégrer les problématiques d'adaptation au changement climatique aux principaux efforts de développement. Ils savent aussi que, comme leurs cours d'eau et leurs réserves d'eau souterraine, les effets du changement climatique ne sont pas confinés aux frontières nationales. La nature commune des ressources en eau offre l'opportunité d'adopter une approche coordonnée à l'échelle du bassin afin d'obtenir des résultats qui auront un impact accru sur le renforcement de la résilience. De plus, la coordination entre les pays contribue à éviter les risques de mauvaise adaptation, ou les retombées négatives d'une intervention entreprise dans une partie du bassin sur une autre, par exemple l'inondation des communautés rurales situées en amont du fleuve en raison du stockage des eaux de crue dans un réservoir conçu pour éviter l'inondation des zones urbaines en aval.

L'importance et l'urgence d'adopter une approche coopérative a conduit les pays du bassin du Niger à élaborer le PIC, qui a pour but de renforcer la résilience climatique dans la région via des investissements hydriques régionaux et nationaux dans des systèmes d'information fiables, des institutions renforcées et des infrastructures durables. Bien qu'elle soit considérée comme une bonne pratique, cette approche est rarement mise en œuvre dans les pays en développement en raison de l'urgence des problèmes de développement ainsi que des contraintes en matière de ressources et de capacités.

Le PIC consiste en une sélection rigoureuse d'investissements axés sur le renforcement de la résilience qui sont issus des principaux documents de planification existants, notamment le Plan d'action pour le développement durable de 2007, le Programme d'action national aux fins de l'adaptation (PANA) et les Plans d'adaptation nationaux (PAN), ainsi que d'autres programmes nationaux et régionaux portant sur l'adaptation au changement climatique. Les investissements retenus appuient la résilience de différentes manières, dont voici quelques exemples : 

  • Fournir une assurance climatique aux agriculteurs au Burkina Faso
  • Adapter les calendriers agricoles et les types de cultures au nouveau contexte climatique au Bénin
  • Adapter la politique nationale en matière d'égalité hommes-femmes de manière à ce qu'elle réponde aux enjeux climatiques au Cameroun
  • Adopter des mesures de lutte contre l'érosion et l'ensablement afin de protéger les terres cultivables au Mali
  • Restaurer les terres en jachère et promouvoir l'agroforesterie au Niger
  • Réhabiliter les infrastructures de stockage d'eau au Nigéria

Chaque investissement du plan a fait l'objet d'un examen et d'une approbation par les États membres selon un processus de consultation approfondi, avec une participation multisectorielle, associé de manière stratégique à un renforcement des capacités au niveau local. « Le plan d'investissement pour le renforcement de la résilience du bassin du Niger est le fruit d'un processus consultatif inclusif qui a impliqué l'ensemble des parties prenantes, y compris les personnes qui exploitent les ressources naturelles du bassin », déclare Nouradine Zakaria Toure, président de la Coordination régionale des usagers des ressources naturelles dans les neuf pays du bassin du Niger. La préparation du plan d'investissement (y compris les processus consultatifs) a été effectuée par l'ABN, avec l'appui de la Banque africaine de développement ainsi qu'une étroite collaboration entre les pôles Eau et Environnement de la Banque mondiale et l'intervention de son Programme pour la coopération dans les eaux internationales en Afrique (CIWA).

Conscients de la quantité énorme de ressources nécessaires pour renforcer la résilience climatique, comme le montre le PIC, les pays du bassin du Niger entendent approuver ce plan lors du sommet des chefs d'État qui se tiendra en novembre 2015, puis le présenter à la communauté internationale dans le cadre de la conférence des Parties (COP21) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en décembre 2015 afin d'amorcer le processus de mobilisation des ressources financières requises.

Le montant total de 3,1 milliards de dollars pour les 246 investissements dans le bassin du Niger qui figurent dans le PIC pourrait s'avérer insuffisant par rapport à l'estimation d'un récent rapport du PNUE, selon lequel l'adaptation en Afrique subsaharienne nécessiterait un financement annuel de 14 à 15 milliards de dollars. Néanmoins, l'approche coordonnée adoptée par les pays riverains du bassin du Niger promet d'offrir une excellente rentabilité, et la coopération historiquement forte dans la région laisse augurer des retombées considérables que cette approche pourrait avoir pour les 112 millions de personnes qui vivent dans le bassin. « Nous sommes convaincus que le PIC améliorera les conditions de vie des populations et contribuera à lutter contre la pauvreté dans le bassin du Niger », souligne Toure.


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