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À Oman, la gestion des pêches plonge dans le 21ème siècle

13 août 2015


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LES POINTS MARQUANTS
  • Le Sultanat d’Oman, désireux de sortir son économie du tout pétrole, prépare une refonte de son secteur halieutique.
  • La Banque mondiale travaille de conserve avec le pays pour dynamiser les pêches et améliorer leur gestion afin de faire progresser les moyens de subsistance et de pérenniser le secteur, dans le respect de l’environnement.

Depuis une quarantaine d’années, le Sultanat est devenu un pays à revenu intermédiaire. Sur les 130 nations évaluées dans le cadre du Rapport sur le développement humain de 2010 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), il a été classé premier dans les domaines de la santé et de l’éducation, par exemple. Toutefois, le pays demeure excessivement dépendant des revenus pétroliers, et les pêches ne rapportent plus autant qu’autrefois.

Le gouvernement d’Oman s’est engagé à transformer la gestion de ses ressources halieutiques, un secteur traditionnel qui, comme d’autres, est à la peine. L’industrie de la pêche est considérée comme un atout important pour l’avenir du Sultanat : bien gérée, elle peut représenter une ressource abondante et renouvelable et contribuer à la sécurité alimentaire de la population, en particulier les plus démunis. Aujourd’hui, les pêcheurs habitent pour la plupart dans de petits villages qui vivent également du travail de la pêche. Cependant, la santé de l’océan est fragile, les poissons sont migrateurs, et les stocks s’épuisent au fil du temps.

Le gouvernement omanais a, dans un premier temps, décidé de réorganiser le secteur des pêches, en demandant à la Banque mondiale de l’aider à élaborer un plan visant à développer des moyens de subsistance durables et la prospérité des communautés vivant de la pêche. « Le gouvernement entend améliorer chaque maillon de la chaîne de valeur : pêche, conditionnement, logistique et marketing », précise Banu Setlur, spécialiste principale de l'environnement au sein de la Banque mondiale.

La Banque mondiale a contribué à poser les fondements de cette dynamisation en apportant son expertise technique, ses bonnes pratiques internationales, et en incitant les parties prenantes à s’engager dans l’élaboration d’une vision commune pour donner un souffle nouveau à l’industrie de la pêche.


« Le gouvernement entend améliorer chaque maillon de la chaîne de valeur : pêche, conditionnement, logistique et marketing »

Michael Arbuckle

Spécialiste principale de l'environnement au sein de la Banque mondiale

Au cours d’une série d’ateliers qui se sont tenus en 2014, tous les participants (ministres, pêcheurs et chefs tribaux) ont aidé les formateurs techniques dans leur travail d’analyse détaillée sur l’état de l’industrie de la pêche omanaise. Ensemble, ils ont ébauché une vision pour l’avenir et imaginé les moyens de sa mise en œuvre. « Pour la première fois à Oman, divers acteurs, notamment des pêcheurs venus des sept gouvernorats côtiers, ont été associés au processus de décision », remarque Jamal Al-Kibbi, gestionnaire de programme pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au sein de la Banque mondiale.

L’expérience est tout aussi inédite pour la Banque mondiale, qui entend gagner une plus grande expertise dans le secteur des ressources bleues renouvelables : la pêche, les ressources des océans et l'aquaculture. « Le Service consultatif remboursable d’Oman est une grande première dans le secteur des pêches », indique Banu Setlur, par ailleurs chef d’équipe de la Banque mondiale pour la mobilisation du secteur halieutique à Oman. « La Banque mondiale a été chargée d’inscrire ce programme public d’investissement dans le cadre d’une politique soucieuse de laisser le secteur privé tirer la croissance, sans transiger sur la gestion durable des ressources naturelles », ajoute-t-elle. Les projets de Service consultatif remboursable offrent des solutions locales ciblées, sur la base d’une assistance technique spécifique.

« Nous voulions comprendre le savoir-faire des populations locales, ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. Elles veulent voir le secteur se développer, et nous travaillons avec elles afin de trouver un moyen de capturer de plus grands stocks de grande valeur au plus faible coût, précise Michael Arbuckle, membre de l’équipe de la Banque mondiale.

Ces deux années de travail consacrées au projet ont abouti à un programme stratégique « Vision 2040 » du gouvernement d’Oman pour les pêches et l’aquaculture, en faveur d’un secteur des pêches rentable et d’excellence mondiale, qui soit à la fois durable sur le plan écologique et un contributeur net à l’économie du pays.

Le Sultanat espère notamment y parvenir, en recherchant le consensus des parties prenantes, une démarche inédite dans sa culture, indique Jamal Al-Kibbi. « Oman s’est montré très reconnaissant de nos conseils et de notre analyse technique, précise-t-il. Mais je pense que ce qu’ils ont particulièrement apprécié, c’est notre capacité à mobiliser les plus hautes instances politiques et l’ensemble des parties prenantes, et à diriger les échanges de manière cohérente, en fonction de leurs besoins. »

La Banque mondiale participe également à la mise en œuvre d’un projet d’investissement tourné vers l’ormeau et la seiche, en conformité avec les bonnes pratiques internationales. Le programme de développement des stocks d’ormeaux envisage l’extension des activités d’élevage et l’amélioration de la conformité environnementale des installations dédiées. La gestion de ces stocks de mollusques de grande valeur sera progressivement confiée aux communautés de pêcheurs, assistées de services gouvernementaux scientifiques et consultatifs.

La Banque mondiale entend appuyer la gestion organisationnelle, le développement commercial, la formation à la gestion et la planification de la gestion des pêches à destination des nouvelles institutions créées autour des pêcheurs et d’autres acteurs clés. Ce projet ambitieux vise à renforcer la gouvernance du secteur en améliorant la collecte et la surveillance des données, le contrôle qualité, la stratégie de marque et le marketing. La nouvelle gestion permettrait aux autorités de répondre plus efficacement aux besoins des communautés vivant de la pêche. Elle contribuerait également à mobiliser les investissements privés dans le secteur.

L’objectif consiste à refaire des pêches une réelle ressource économique, à la fois ancrée dans la tradition, et disposant des dernières avancées pour un élevage à forte valeur.


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