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Financer le développement de demain

18 avril 2015

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Le président du Comité du développement, Marek Belka (au centre) s’entretient avec le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim (à droite), et l’un des participants à la réunion du Comité du développement.

Simone D. McCourtie/Banque mondiale

Alors que les Réunions de printemps 2015 du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) ont touché à leur fin, nous ne sommes qu’au début d’une année charnière pour le développement.

En septembre prochain, la communauté internationale se sera fixée une nouvelle série de cibles ambitieuses pour le développement, avec probablement en ligne de mire la fin de l’extrême pauvreté et de la faim d’ici 2030. Et, au mois de décembre, les dirigeants du monde entier se rassembleront pour sceller un front commun contre le changement climatique.

Les Réunions de printemps auront été l’occasion pour le secrétaire général des Nations Unies, les responsables des banques de développement et les ministres concernés d’aborder ses objectifs et leur corollaire : comment trouver les milliers de milliards de dollars nécessaires chaque jour pour financer leur réalisation ?

Car, en effet, comme le souligne le Comité du développement dans un communiqué publié au terme des Réunions, « la réalisation des nouveaux objectifs de développement durable exige une une vision porteuse de transformations qui combine toutes les sources de financement possibles » : aide publique au développement (qui se chiffre actuellement à 135 milliards de dollars), autres contributions d’origine publique mais aussi financements du secteur privé. Plusieurs mesures permettront d’exploiter et mobiliser au mieux toutes ces ressources, dont notamment l’intensification de la lutte contre les flux financiers illégaux, la promotion des financements et investissements privés et la coordination de l’action consacrée aux questions d’intérêt mondial.

Mais l’argent n’est que l’une des ingrédients du succès. Pour parvenir à atteindre ces objectifs, le Groupe de la Banque mondiale, le FMI et d’autres organismes multilatéraux de développement préconisent, dans une déclaration commune (a), un « changement général des mentalités, des approches et des responsabilités qui rende compte et permette de transformer un monde en développement aujourd’hui constitué de pays aux profils très divers ».

« Nous sommes engagés sur de nombreux fronts : santé, assainissement, égalité entre hommes et femmes, changement climatique, pollution, etc. », a rappelé le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim lors d’un rassemblement contre la pauvreté organisé samedi sur l’esplanade du National Mall, à Washington.

« Nous allons libérer le potentiel des investissements privés. Nous allons élever nos ambitions et là où nous aspirions à lever des milliards de dollars pour mettre fin à la pauvreté, nous lèverons des milliers de milliards de dollars. Il y a un milliard d’êtres humains dans le monde qui veulent avoir la perspective d’une vie meilleure. Ils continueront de revendiquer leur droit à une vie meilleure, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Et ils comptent sur nous. »

Le Comité du développement, qui se félicite des efforts entrepris en direction de « solutions novatrices aux problèmes d’envergure mondiale », appelle le Groupe de la Banque mondiale à « accroître son soutien au développement et au financement d’infrastructures durables, à la mise en place d’un environnement favorable à la mobilisation des financements privés à long terme en faveur de projets rentables, et au renforcement des partenariats publics et privés, grâce par exemple au Mécanisme mondial de financement des infrastructures (GIF) (a), récemment approuvé ».

Il invite également le Groupe de la Banque mondiale et le FMI à aider les pays à renforcer leur capacité d’adaptation aux chocs défavorables, à soutenir ceux qui sont durement touchés par la baisse des recettes d’exportation, des recettes fiscales ou des envois de fonds, et à dispenser des conseils sur la tarification de l’énergie et l’utilisation des énergies propres.

Le Comité félicite le Groupe de la Banque mondiale pour « sa détermination à prendre systématiquement en compte la problématique du développement à faible intensité de carbone ainsi que la gestion des risques de catastrophes tout en continuant de se concentrer sur sa mission consistant à mettre fin à la pauvreté ». Il l’encourage aussi à œuvrer en faveur de la conclusion d’un accord mondial sur le climat à la 21e Conférence des parties de la CCNUCC qui se tiendra à Paris. « Nous prenons note des travaux réalisés par le FMI et le Groupe de la Banque mondiale pour trouver des solutions appropriées, fondées sur les mécanismes du marché, et concevoir des réformes judicieuses en matière de politique énergétique », ajoute le communiqué.



« Il y a un milliard d’êtres humains dans le monde qui veulent avoir la perspective d’une vie meilleure. Ils continueront de revendiquer leur droit à une vie meilleure, pour eux-mêmes et pour leurs enfants.  »
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Jim Yong Kim

Président du Groupe de la Banque mondiale


S’agissant de la crise Ebola, le Comité salue « l’intervention rapide » du Groupe de la Banque mondiale, qui a « fortement contribué » à endiguer l’épidémie. La Banque a en effet débloqué une aide d’urgence en faveur des trois pays les plus touchés par Ebola (Guinée, Libéria et Sierra Leone) et engagé un montant total de 1,62 milliard de dollars pour soutenir leurs efforts de lutte contre l’épidémie et de redressement, dont une enveloppe de 650 millions annoncée durant les Réunions de printemps.

« À plus long terme, nous invitons le Groupe de la Banque mondiale à étudier, avec d’autres acteurs internationaux, les possibilités offertes par un mécanisme de financement de la riposte aux pandémies visant à mobiliser et à démultiplier l’impact des ressources publiques et privées (y compris les mécanismes d’assurance) pour mettre des fonds rapidement à la disposition des pays touchés par une épidémie en s’appuyant sur de solides plans de préparation à ce type de situation » indique aussi le communiqué.

Le Comité se réjouit par ailleurs de la création d’un mécanisme de financement mondial à l’appui de l’initiative « Toutes les femmes, tous les enfants » (a) dont le lancement aura lieu à Addis-Ababa au mois de juillet prochain, en notant « combien il est important de lutter contre la faim et la malnutrition ».

Un nouveau fonds, baptisé « The Power of Nutrition » (a) et dont la création a été annoncée cette semaine aux Réunions de printemps, vise spécifiquement à mobiliser jusqu’à un milliard de dollars pour aider des millions d’enfants à bénéficier d’une bonne nutrition et à se développer pleinement. Ouvert à des investisseurs privés, ce fonds indépendant est soutenu par la Children’s Investment Fund Foundation, l’UBS Optimus Foundation, le DfID (département britannique du développement international), l’UNICEF et le Groupe de la Banque mondiale.

Autre moment fort en marge des Réunions, la discussion entre Jim Yong Kim et des hauts représentants d’organisations religieuses a scellé une union autour d’un objectif commun — mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 — sous la forme d’une déclaration commune signée par une trentaine de responsables confessionnels qui s’engagent à soutenir cet « impératif moral » (a) en usant de tout leur poids et leur influence.

Le Groupe de la Banque mondiale s’est par ailleurs engagé à permettre à un milliard d’adultes actuellement exclus du système financier d’avoir accès à un compte courant (a). Enfin, sous son initiative, des dirigeants de grandes compagnies pétrolières se sont joints aux hauts responsables de plusieurs pays producteurs de pétrole pour prendre l’engagement, sans précédent, de mettre fin d’ici 2030 au plus tard au torchage de gaz systématique.

Forum conjoint du Groupe de la Banque mondiale et du FMI, le Comité du développement vise à favoriser l'établissement d'un consensus entre gouvernements sur les questions touchant au développement. Il a été créé en 1974 sous l'appellation officielle de Comité ministériel conjoint des Conseils des Gouverneurs de la Banque et du Fonds sur le transfert de ressources réelles aux pays en développement.