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Transformer l’économie pour réduire à zéro les émissions nettes de carbone

08 décembre 2014


LES POINTS MARQUANTS
  • Si l’on veut parvenir à stabiliser le réchauffement climatique à 2 °C, comme convenu par la communauté internationale en 2009, il est indispensable de réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre avant 2100.
  • La politique économique est la clé d’une riposte mondiale au changement climatique, a affirmé le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim dans un discours exposant l’action à mener sur ce front.

Dans un an, les délégations du monde entier seront à Paris pour finaliser un accord international sur le climat qui permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de ralentir les effets du changement climatique. Leur réussite dépendra fortement de la façon dont les dirigeants des pays parviendront à transformer leurs politiques économiques afin de faire face aux risques que fait courir le réchauffement planétaire.

Si l’on veut parvenir à stabiliser le réchauffement climatique à 2 °C, comme convenu par la communauté internationale en 2009, il est indispensable de réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre avant 2100. Et c’est dans la politique économique que résidera la clé de cette action mondiale, a affirmé aujourd’hui le président du Groupe de la Banque mondiale, dans un discours prononcé au Council on Foreign Relations, à Washington.

 « À la conférence de Paris, nous devrons sonner l’heure du ralliement pour une gestion efficace de l’économie au niveau local, national et mondial », a déclaré Jim Yong Kim, en soulignant que, « contrairement aux traités du passé, l’accord de Paris doit accorder autant de place à la transformation économique qu’aux objectifs chiffrés de réduction des émissions de carbone et de la pollution ».

Transformer l’économie

Dans l’année qui vient, les pays vont devoir présenter le contenu de leur contribution nationale à l’effort mondial de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique qui sera scellé dans l’accord de Paris. Leurs engagements devront être ambitieux pour pouvoir « décarboner» les économies du monde et les orienter sur une trajectoire qui permettra réduire à zéro les émissions nettes avant la fin du siècle.

« Nous comprenons bien qu’un grand nombre de nos clients sont toujours confrontés à d’énormes problèmes de développement, et que de nombreux pays atteindront leur pic d’émissions à des moments différents », a indiqué le président du Groupe de la Banque mondiale.

Et de poursuivre : « Ces pays doivent assurer une gestion économique qui leur permette de décarboner progressivement leur secteur énergétique tout en disposant de l’énergie nécessaire à leur développement, ce qui représente un défi auquel les pays développés n’ont pas été confrontés lors de leur industrialisation. Cela étant, chaque pays, quel que soit son stade de développement, peut s’efforcer de gérer efficacement son économie et de réduire ses émissions tout en mettant fin à la pauvreté et en promouvant une prospérité partagée. »

Les leviers des politiques économiques

Tous les pays devraient s’engager à donner un prix au carbone (a), a insisté Jim Yong Kim. Quelles que soient les options possibles — instauration de plafonds d’émissions et de mécanismes de marché et d’échange de quotas comme ceux développés en Chine, introduction de taxes carbone comme en Colombie-Britannique ou encore dispositifs de réglementation —, la tarification du carbone envoie aux entreprises le signal économique indispensable pour stimuler l’innovation et les investissements dans des technologies énergétiques propres.

D’autres instruments des politiques publiques doivent également être mis en œuvre qui concourront, avec le prix du carbone, à fournir aux investisseurs et aux entreprises le climat de certitude dont ils ont besoin pour recentrer leurs investissements vers les technologies propres, tels que l’établissement d’objectifs chiffrés en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables ou encore le renforcement des normes de rendement pour les bâtiments, les véhicules et les appareils électriques.

Jim Yong Kim a par ailleurs insisté sur la nécessité de supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles, en soulignant que ce chantier « n’a que trop tardé ». Les dépenses consacrées à ces subventions, connues pour profiter généralement bien plus aux riches qu’aux pauvres, pourraient être redirigées vers des systèmes d’aide ciblés sur ces derniers.

Mais la gestion efficace de l’économie, c’est aussi, outre les politiques de réduction des émissions, investir dans la résilience. Alors que les scientifiques nous avertissent qu’un réchauffement d’environ 1,5 °C est déjà inéluctablement à l’œuvre, l’adaptation au changement climatique et la généralisation de la gestion du risque de catastrophe revêtent désormais une importance essentielle. Aussi le président Kim a-t-il indiqué que le Groupe de la Banque mondiale allait utiliser son expérience en matière d’innovations financières pour trouver le moyen de procéder à une injection de capitaux ponctuelle et développer les programmes d’assurance de manière à renforcer immédiatement la résilience. 



« Contrairement aux traités du passé, l’accord de Paris doit accorder autant de place à la transformation économique qu’aux objectifs chiffrés de réduction des émissions de carbone et de la pollution. »

Jim Yong Kim

Président du Groupe de la Banque mondiale


L’accord de Paris

Aux yeux de Jim Yong Kim, l’accord qui sera signé à Paris devra comprendre un certain nombre d’éléments indispensables qui exigeront des engagements ambitieux en vue de décarboner l’économie de demain. Le président du Groupe de la Banque mondiale a exposé dans son discours ces quatre éléments essentiels :

  • Un texte à caractère contraignant qui renforcera notre ambition collective et tracera clairement la voie vers la cessation complète des émissions nettes avant 2100. 
  • Des contributions nationales assorties de trains de mesures portant sur tous les moyens d’action budgétaires et macroéconomiques disponibles pour à la fois fixer les prix de l’énergie à un niveau approprié, augmenter l’efficacité énergétique et promouvoir la décarbonisation, tout en renforçant la résilience.
  • Un plan de financement reconnaissant que les fonds de développement publics et le financement de l’action climatique doivent être utilisés pour promouvoir de nouvelles formes de financement pour l’adaptation et l’atténuation. En effet, les flux financiers ne pourront atteindre les niveaux nécessaires dans les délais requis sans une forme ou une autre de marché du carbone intégré, celui-ci reposant sur les diverses initiatives qui commencent à voir le jour à travers le monde sous la forme de mécanismes du marché, de taxes ou de réglementations.
  • Des coalitions rassemblant, au-delà des ententes entre États, des entreprises privées, des pays, des villes et des organisations de la société civile œuvrant à la réalisation d’intérêts communs. On a assisté ces dernières années à l’éclosion de ce type de coalition « opérationnelle » en faveur de la tarification du carbone et de la réduction du déboisement, du développement de villes sobres en carbone ou encore de la diffusion de pratiques agricoles climato-intelligentes. Ces partenariats joueront un rôle capital dans la réussite des efforts entrepris pour réduire à zéro les émissions nettes de carbone.


Si chacun de ces éléments reflète « une ambition à la hauteur du défi », l’accord de Paris pourra « envoyer un signal fort aux acteurs économiques du monde entier », a déclaré Jim Yong Kim.                                                            

Sur le plan des financements

Même si les dispositions juridiquement contraignantes du prochain accord n’entreront en vigueur qu’en 2020, il faut agir dès maintenant sur le front de la résilience et de l’atténuation, avec des politiques publiques qui permettront de réduire durablement les émissions.

Mais, comme l’a relevé Jim Yong Kim, « nous devrons trouver des financements suffisants pour que ces efforts se conjuguent et réduisent à zéro les émissions nettes. Il s’agit là d’un élément essentiel de l’accord qui doit être conclu à Paris ».

À l’heure actuelle, les financements (a) en direction du développement des énergies propres et de l’ensemble des efforts d’atténuation et d’adaptation sont très largement en-deçà des quelque 700 (a) voire 1 000 milliards nécessaires chaque année (a). S’il est évident que les financements publics ne permettront pas à eux seuls de répondre à ces besoins, ils peuvent contribuer à mobiliser des fonds auprès du secteur privé, entre autres effets de levier.

Les Fonds d’investissement climatiques (a), par exemple, qui sont abondés à hauteur de 8,3 milliards de dollars, parviennent à mobiliser 7 dollars pour chaque dollar mis à contribution ; leur soutien aux projets se poursuivra dans le cadre du déploiement et de l’entrée en action du Fonds vert pour le climat.

Parmi les autres types de financements innovant, citons les obligations vertes, dont le montant total de titres émis est passé de 11 milliards de dollars l’année dernière à 35 milliards au moins pour l’année encore en cours, et qui ont pour effet d’élargir la base des investisseurs en faveur du développement propre.

Les enjeux pour le Groupe de la Banque mondiale

Pour le Groupe de la Banque mondiale, la cessation complète des émissions nettes avant 2100 exigera une réorientation continue de son portefeuille énergétique afin de promouvoir l’accès à l’énergie pour tous, les investissements dans les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie, a précisé son président.

Cette réorientation nécessitera de poursuivre le soutien apporté au développement de transports propres et de villes sobres en carbone et vivables (a), en particulier dans les métropoles en pleine expansion des pays en développement où le modèle de croissance d’aujourd’hui déterminera celui des décennies à venir. Elle impliquera également de favoriser une agriculture climato-intelligente (a) et de renforcer les initiatives d’innovation financière au sein du Groupe.

« Nous savons que nous n’avons aucun espoir de mettre fin à la pauvreté ou de promouvoir une prospérité partagée si nous ne nous attaquons pas au changement climatique », a déclaré Jim Yong Kim en ajoutant que « plus nous attendrons, plus le coût des mesures à prendre pour protéger notre planète et nos enfants sera élevé ».

Et de conclure : « Je ferai en sorte que notre institution et l’ensemble de ses capacités — financières, techniques et humaines — soutiennent cette transition en matière de développement, à laquelle nous devons tous apporter notre appui, afin de préserver notre planète pour toutes les générations futures ».