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Le prince William et Jim Yong Kim unis contre la corruption

08 décembre 2014


LES POINTS MARQUANTS
  • Le duc de Cambridge et le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim se sont adressés à plus de 300 responsables de la lutte contre la corruption à l'occasion de la réunion de l'Alliance internationale des traqueurs de corruption.
  • Le prince William a annoncé la création d'un nouveau groupe de travail ayant pour objectif de bloquer les routes qu'emprunte le commerce illégal d'espèces sauvages.
  • Cette réunion est aussi l’occasion de discuter des flux financiers illicites, de la corruption transnationale, des nouvelles techniques d'enquête, de la prévention de la corruption et de la collaboration avec le secteur privé.

Le prince William, duc de Cambridge, s'est rendu au siège de la Banque mondiale pour exhorter la communauté internationale à agir contre ce qu'il a décrit comme l'une des formes les plus insidieuses de la corruption : le commerce illégal d'espèces sauvages.                                                                

Cette forme de criminalité s'est fortement développée au cours de la dernière décennie : les groupes criminels « gagnent énormément d'argent en tuant et en capturant illégalement des espèces sauvages », jusqu'à 20 milliards de dollars par an, a affirmé le duc de Cambridge au cours d'une réunion de l'Alliance internationale des traqueurs de corruption. En valeur, ces activités viennent juste après le trafic de drogue, le trafic d’armes et le trafic d'êtres humains, a-t-il ajouté.

« La criminalité liée aux espèces sauvages est une question de sécurité véritablement centrale. Elle transgresse les frontières nationales aussi bien que les intérêts nationaux. Elle freine le développement économique, fragilise l'État de droit et exacerbe les conflits », a souligné le prince William, qui intervenait en sa qualité de président de l'organisation de protection de l'environnement United for Wildlife (a).

Pour le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim, la corruption menace effectivement le développement durable et s’oppose au double objectif qui vise à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée.

« La corruption est certainement l'une des expressions les plus flagrantes des inégalités qui touchent les sociétés humaines », a affirmé M. Kim, en notant que les flux financiers illicites sont supérieurs à l'aide internationale et aux investissements directs étrangers combinés.

Le prince William a annoncé la création d'un nouveau groupe de travail, présidé par le secrétaire d'État britannique William Hague, qui aura pour tâche de travailler avec les acteurs du secteur des transports pour fermer les routes qu'emprunte le commerce illégal d'espèces sauvages et de promouvoir une action mondiale contre ce fléau. Il a exhorté les 300 participants à la réunion issus de 130 pays à apporter leur soutien à cette initiative : « Vous êtes tous des experts du domaine ou de hauts responsables politiques et j’invoque aujourd’hui votre soutien. Je suis résolu à ne pas laisser les enfants grandir dans un monde où des espèces emblématiques et aujourd’hui en voie d’extinction auront été anéanties, pour notre malheur à tous ».

Jim Yong Kim a remercié le prince William pour sa détermination (a) à « débusquer et éradiquer les actes de corruption qui sous-tendent le commerce illégal d'espèces sauvages ».

« Vous faites partie d’un club très spécial, un club de personnes que la motivation éthique et morale amène à lutter contre la corruption afin de protéger les plus vulnérables, qu’il s’agisse des pauvres ou des espèces en voie de disparition », (a)a fait observer le président du Groupe de la Banque mondiale.

« J'invite tous les traqueurs de corruption à faire leur part. Gelez et confisquez les ressources volées pour mettre fin aux flux financiers issus de la corruption », leur a-t-il demandé.



« La criminalité liée aux espèces sauvages est une question de sécurité véritablement centrale. Elle transgresse les frontières nationales aussi bien que les intérêts nationaux. Elle freine le développement économique, fragilise l'État de droit et exacerbe les conflits.  »

Prince William

Duc de Cambridge


La réunion de l'Alliance internationale des traqueurs de corruption, qui se poursuit jusqu'au 10 décembre, a pour objectif de promouvoir la coopération et le partage des connaissances sur les cas de corruption au niveau national et international. Elle donnera lieu à plus d'une vingtaine de sessions axées notamment sur les flux financiers illicites, la corruption transnationale, les nouvelles techniques d'enquête financière, la prévention de la corruption, la collaboration avec le secteur privé et la criminalité liée aux espèces sauvages. 

Selon les estimations de l'organisme à but non lucratif Global Financial Integrity (a), jusqu'à 1 000 milliards de dollars se volatilisent chaque année dans les pays en développement. C'est à peu près la somme qui serait nécessaire pour combler l'immense déficit d'infrastructures qui empêche de résoudre certains des problèmes de développement les plus critiques dans le monde. 

« La corruption, l'évasion fiscale et la captation des recettes issues des ressources naturelles sont non seulement illégales mais aussi immorales car elles perpétuent la pauvreté », a déclaré Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale, lors d’une session consacrée aux liens entre corruption et flux financiers illicites. Le suivi des flux financiers a d’ailleurs été l'un des thèmes centraux de cette réunion, de même que la nécessité de mettre fin à l'impunité afin que tous ceux qui commettent des actes de corruption aient à en répondre.

De nombreux pays ont adopté des lois anticorruption mais « ils ne les appliquent pas suffisamment », a déploré Jean Pesme, directeur de l'équipe de lutte contre le blanchiment d’argent de la Banque mondiale et coordinateur de l'Initiative pour la restitution des avoirs volés (StAR). Il a d'ailleurs participé la semaine dernière à un tchat (a) organisé par la Banque mondiale concernant l'Alliance internationale des traqueurs de corruption. 

Cet état de fait peut notamment s'expliquer par l'incapacité à faire appliquer les lois en vigueur : « Vous pouvez avoir les meilleurs lois sur le papier, mais si vous n'êtes pas en mesure de les faire appliquer, elles ne serviront à rien », a-t-il expliqué.

À l'heure actuelle, la Banque mondiale consacre environ 50 millions de dollars par an à des projets de lutte contre le commerce illégal des espèces sauvages et des ressources naturelles. Elle mène également des initiatives visant à s'assurer que les infractions liées à l'environnement sont intégrées aux lois régissant la lutte contre le blanchiment d’argent dans le monde entier.

On pourrait néanmoins faire davantage pour arrêter le commerce frontalier, notamment en formant les personnels des douanes et en investissant dans des équipements spécialisés tels que des scanners, a souligné William Magrath, économiste principal spécialiste des ressources naturelles au sein de la Banque. « Il est très facile de pratiquer la contrebande, mais en faisant ce qu'il faut, avec les bons équipements et les bons systèmes, il est possible d’y mettre fin », a-t-il ajouté.

La corruption liée aux espèces sauvages et à l'industrie forestière fait l'objet d'un événement organisé mercredi en marge de la réunion de l'Alliance internationale des traqueurs de corruption.

Cette réunion est la troisième depuis que ce partenariat a été créé par la Banque mondiale en 2010 avec le soutien des gouvernements de l'Australie, du Danemark (a) et de la Norvège (a). Plusieurs entités apportent leur contribution, notamment la vice-présidence du Groupe de la Banque mondiale chargée des questions d’intégrité (a), le pôle Gouvernance, l'Initiative pour la restitution des avoirs volés (StAR) (a), le Service de l’intégrité des marchés financiers, et le groupe Risques, finances et stratégie de la Société financière internationale, sans compter les contributions d'experts et d'intervenants de tous les départements du Groupe de la Banque mondiale et du monde entier.