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Donner une chance aux jeunes tunisiens

02 octobre 2014


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LES POINTS MARQUANTS
  • Parmi les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, la Tunisie possède l'un des taux les plus élevés de jeunes qui ne sont ni dans le système éducation, ni en formation et qui sont sans emploi.
  • Dans le milieu rural tunisien, 58% des jeunes gens et 85% des jeunes femmes sont affectés par cette situation, avec une légère amélioration dans les milieux urbains.
  • Un rapport récent de la Banque mondiale identifie les politiques et stratégies qui pourraient ouvrir de nouvelles opportunités pour les jeunes et qui leur permettront de jouer un plus grand rôle politique et social.

Lors du Printemps arabe de 2011, les jeunes gens à travers tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont joué un rôle fondamental en éloignant leurs communautés et leur pays loin de l’autoritarisme et les mettant sur la voie de la démocratie. Cependant, trois ans plus tard – compte tenu des économies hésitantes de leurs pays respectifs – 41 pourcent de jeunes hommes et jeunes femmes se retrouvent piégés entre le moment où ils terminent l’école ou l'université et où ils commencent à chercher du travail, ce qui est une proportion étonnement plus élevée que la moyenne mondiale d'environ un quart du total de population des jeunes.

Dans la région, la Tunisie a l'un des taux les plus élevés (environ 33 pourcent) de jeunes hommes et femmes âgés entre 15 et 29 ans qui n'ont ni emploi, ni éducation et n’ont pas de formation (NEET). Cet indicateur va au-delà de la définition commune du chômage des jeunes, en fournissant ce que les experts de la jeunesse et du travail croient être une évaluation plus précise de l'inactivité économique, qui englobe les jeunes découragés et inactifs qui ont plus ou moins renoncé à chercher du travail.

Ce type de découragement par rapport au marché du travail est particulièrement élevé dans les régions rurales de Tunisie, où plus de 58 pourcent des jeunes hommes et 85 pourcent des jeunes femmes sont affectés, ce qui représente une légère amélioration par rapport au milieu urbain tunisien où 46 pourcent des jeunes hommes et 42 pourcent des jeunes femmes sont touchés. Géographiquement, les jeunes tunisiens s'en sortent un peu mieux dans les zones côtières les plus développées du pays. Les jeunes des régions les plus pauvres du pays, telles que l'intérieur et le Sud, s'en sortent moins bien.

Sur le plan démographique aussi, la proportion de jeunes qui s'identifient comme «NEET» reflète les carences de la société patriarcale tunisienne et du système éducatif obsolète. Les jeunes femmes et les jeunes qui ont quitté l'école prématurément (sans distinction de genre), sont les plus touchés par le fléau du chômage de longue durée des jeunes ou le sous-emploi. Alors que les diplômés dont les universitaires doivent également faire face à des niveaux élevés de chômage, ils sont les moins susceptibles de se considérer comme des NEET. 



« Une personne au chômage n’est pas une personne, même la société ne l’accepte pas, Il ne fait pas partie du cercle de la société. … Dites-moi, quelle est l’utilité d’une telle personne? »


La stigmatisation sociale associée au chômage creuse davantage le fossé entre les jeunes,  la politique traditionnelle et la société civile. Selon un jeune diplômé tunisien : « Pour nous, le chômage est une sorte d’anathème, un chômeur n'est pas une personne, la société elle-même ne l'accepte pas, il ne fait pas partie du cercle de la société. ... Dites-moi, à quoi sert cette personne? » Les jeunes femmes sont confrontées à des obstacles supplémentaires, culturels, avec de nombreux types d'emplois considérés comme moralement inadaptés, notamment dans le Sud plus conservateur du pays.

Un récent rapport de la Banque mondiale et du Centre pour l'Intégration en Méditerranée intitulé « Surmonter les obstacles à l'intégration des jeunes », déclare que selon la nouvelle Constitution de la Tunisie - adoptée en Janvier de cette année - fournit un excellent cadre pour l'intégration des jeunes dans le développement de politiques et de programmes qui pourraient aider à les propulser dans le lieu du travail. Les personnes qui se considèrent comme des NEET, selon les  recommandations du rapport, ont besoin d’encore plus d'encouragement pour se remettre au travail que ceux qui se considèrent plus simplement comme nouveaux chômeurs.

Le rapport recommande que les programmes du marché du travail coûteux, conçus pour aider les diplômés, soient redirigés vers les jeunes ayant un faible niveau d'éducation. D’après le rapport, les vides laissés par l'effondrement de l'ancien parti-état devraient être comblés par de nouvelles organisations religieuses de bienfaisance, bien financées, capables de fournir des services tels que des bourses pour les étudiants du secondaire et des soins de santé, et démontre la nécessité d’avoir plus d’organisation non-gouvernementales ainsi que des organisations de la société civile afin de rapprocher les jeunes des institutions locales existantes.

Il conclut que les jeunes tunisiens ont besoin de plus d'orientation professionnelle que celle qui leur est donnée dans les universités et les écoles, avec une éducation formelle qui devrait s'étendre à l'extérieur des salles de classe et comprendre des compétences techniques et de la vie, et des langues étrangères. Selon les indications du rapport, la Tunisie est bien placée pour devenir un champion régional en matière d'innovation et d'esprit d'entreprise si elle reconnaît le potentiel de ses entrepreneurs en herbe.

Une meilleure couverture Internet pourrait aider les demandeurs d’emploi tunisien à utiliser les sites en ligne pour les recherches d'emploi, et de la technologie moderne simple qui faciliterait les démarches pour les jeunes femmes qui veulent se lancer dans les affaires. Faciliter l'auto-emploi chez les jeunes avec un accès plus facile au crédit bancaire pourrait aider le Gouvernement tunisien à réduire les disparités sociales et régionales à l'intérieur de ses frontières, ce qui était à la base du déclenchement du printemps arabe, et qui continue à tenir de façon disproportionnée une grande partie de la jeune population du pays dans un vide entre la fin de leur cycle d’étude et la recherche du travail.


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