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Bassin du fleuve Sénégal : combattre le paludisme tout en gérant les ressources en eau

24 avril 2014


LES POINTS MARQUANTS
  • Le projet du bassin du fleuve Sénégal permet d’améliorer la gestion de l’eau et la sécurité alimentaire dans la région du Sahel, tout en prévenant le paludisme et d’autres maladies graves.
  • Au terme de la première phase du projet, 5,6 millions d'habitants de la région ont bénéficié de 3,1 millions de moustiquaires imprégnées d'insecticide à effet prolongé, qui sont l’un des moyens les moins coûteux de réduire l'incidence du paludisme et le nombre de décès de cette maladie.
  • La deuxième phase du projet vise à généraliser l’usage de moustiquaires et à protéger 2,1 millions d’individus contre des maladies tropicales négligées.

WASHINGTON, 24 avril 2014 — « Investir dans l’avenir, vaincre le paludisme » : le thème retenu cette année pour la Journée mondiale contre le paludisme entre en résonance avec les nouvelles qui nous viennent du Sahel. Dans cette région particulièrement vulnérable du continent africain, des millions de personnes sont désormais protégées du paludisme et de diverses maladies tropicales négligées et incapacitantes. Ces progrès sont le fruit d’une plus grande efficacité et d’une meilleure coordination des efforts de développement entrepris dans quatre pays — la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal —et grâce à une approche multisectorielle.  

En effet, tandis qu’elle travaille aux côtés de ces États à une meilleure gestion des ressources en eau du bassin du fleuve Sénégal, la Banque mondiale soutient également des activités de lutte contre les maladies liées à l’eau et à son utilisation dans l’irrigation. Les systèmes d’irrigation agricole, s’ils permettent de produire plus de nourriture et de lutter contre la pauvreté et la faim, sont malheureusement aussi propices à la reproduction des moustiques et donc au paludisme. Pour remédier à ce fléau, il est donc nécessaire d’agir à la fois au niveau du secteur de la santé et de celui de l’irrigation.

Au cours de la première phase du projet financé par la Banque mondiale dans le bassin du fleuve Sénégal, la distribution de 3,1 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticides à près de 5,6 millions de personnes a produit des résultats remarquables : le recours à ce moyen important de prévention des piqûres de moustiques est passé de 28 % en 2009 à 46 % en 2012, dans une région où résident essentiellement des agriculteurs pauvres et leurs familles.

L’utilisation des moustiquaires en hausse chez les femmes enceintes et les enfants

Signe encourageant, l’utilisation de moustiquaires est en hausse parmi les populations qui sont les plus vulnérables aux effets délétères du paludisme : dans le bassin du fleuve Sénégal, la proportion de jeunes enfants qui dorment sous ces moustiquaires a bondi de 58 % à 74 % entre 2009 et 2012 ; de même, chez les femmes enceintes, le taux a presque doublé durant cette période, passant de 33 % à 65 %.

Ces progrès sont d’autant plus significatifs que les habitants de ce bassin sont très exposés au risque de paludisme. Quelle que soit la période examinée, il ressort que près de 14 % des enfants et 9 % des femmes enceintes sont atteints de cette maladie qui frappe durement les familles pauvres. Le paludisme peut gravement affecter la santé des jeunes enfants, jusqu’à leur coûter la vie ; il peut provoquer des anémies aiguës chez les femmes enceintes et affaiblir la productivité des adultes qui travaillent.

On peut, à terme, s’attendre à une chute de la morbidité et de la mortalité associées au paludisme dans la région, sachant que ces interventions se poursuivront jusqu’en 2020, ce qui témoigne d’un investissement pragmatique pour l’avenir, tant dans le secteur de l’eau que dans celui de la santé.

Le projet ambitionne de protéger toute la population du bassin

L’actuel projet du bassin du fleuve Sénégal, d’un montant de 220 millions de dollars, correspond à la deuxième phase d’un programme décennal et comprend une composante sanitaire de 40 millions de dollars.

Le projet, qui vise entre autres objectifs à assurer une plus grande disponibilité en eau pour l’agriculture et la production alimentaire et à appuyer la gestion de l’aquaculture et de la pêche, entend généraliser aujourd’hui l’emploi de moustiquaires : près de 4,5 millions d’habitants de la région seront ainsi protégés, la plupart n’ayant pas été pris en charge dans la première phase du projet.

« Devant l’essor démographique du bassin du fleuve Sénégal et une population majoritairement très vulnérable aux maladies liées à l’eau, il convient d’assortir la mise à disposition de nouvelles infrastructures pour l’eau et l’irrigation de mesures d’atténuation des risques sanitaires », explique Shelley McMillan, spécialiste senior des ressources en eau à la Banque mondiale et chef d’équipe du projet.

Des progrès dans la lutte contre les maladies tropicales négligées et dans la santé scolaire

Outre la prévention du paludisme, le programme a également accompli de remarquables avancées dans la prévention des « maladies tropicales négligées », dont la transmission est également liée à l’eau ou aux sols.

Lors de sa première phase, le projet a permis l’administration de plus de deux millions de doses de praziquantel, pour traiter la bilharziose, et de sept millions de doses d’albendazole contre les vers intestinaux. Aujourd’hui, 80 % des enfants de la région sont protégés contre ces deux infections parasitaires. 

Dans sa deuxième phase, le programme s’attaquera également à l’onchocercose (ou cécité des rivières) et au trachome, deux maladies qui rendent aveugles, ainsi qu’à la filariose lymphatique (ou éléphantiasis). À l’avenir, plus de 2,1 millions d’enfants en âge d’être scolarisés et un million d’adultes bénéficieront d’un traitement annuel préventif contre ces maladies, grâce aux dons de compagnies pharmaceutiques.


« La Banque mondiale a depuis longtemps démontré son efficacité à la fois dans la prévention des maladies tropicales négligées et dans celle du paludisme. Voilà pourquoi il paraît judicieux de mener de front ces deux combats »

John Paul Clark

Spécialiste technique senior des maladies transmissibles à la Banque mondiale

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Des solutions de développement intégrées pour le Sahel

En novembre 2013, lors d’une mission conjointe au Sahel, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, et le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, s’étaient engagés à fournir à la région une aide de 1,5 milliard de dollars. La deuxième phase du projet du bassin du fleuve Sénégal constitue le premier financement alloué au titre de cette initiative.

« Nous redoublons d’efforts au Sahel et plus généralement en Afrique subsaharienne pour fournir des solutions intégrées qui soient à la fois transectorielles et transnationales », indique Colin Bruce, directeur des stratégies, des opérations et de l'intégration régionale pour la Région Afrique de la Banque mondiale. « Cette approche nous permet de protéger les populations vulnérables du bassin du fleuve Sénégal contre le paludisme et les maladies tropicales négligées, tout en améliorant leurs conditions de vie. »

Des investissements multisectoriels, qui s’attaquent à des pathologies multiples et ciblent les populations les plus vulnérables : ce sont autant d’actions qui viennent soutenir la détermination du Groupe de la Banque mondiale à mettre fin à la pauvreté et à favoriser une prospérité partagée.