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Compter sur les investissements locaux pour créer de grandes entreprises africaines

11 avril 2014

Hubert Danso, PDG d'Africa Investor, en compagnie de Sidi Ould Tah, le ministre des affaires économiques et du développement mauritanien, lors d'une table ronde sur la création de larges entreprises "made in Africa". 

LES POINTS MARQUANTS
  • Compter sur les investissements locaux pour créer de grandes entreprises : tel était le sujet d’un débat réunissant des décideurs et spécialistes africains du monde des affaires
  • Vouloir créer de grandes compagnies en Afrique pour accroître les possibilités d’emploi, stimuler la croissance économique et éliminer l’extrême pauvreté est une entreprise louable mais complexe
  • À l’occasion des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, plusieurs personnalités se sont réunies pour partager leurs expériences sur les politiques et pratiques qui ont échoué et celles qui ont fait leurs preuves

WASHINGTON, 11 avril 2014 – Comment favoriser la création de grandes entreprises africaines en s’appuyant sur des investissements locaux ? Cette question a été l’objet d’un débat organisé ce vendredi à l’occasion des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI.

La discussion, qui réunissait des responsables des politiques commerciales, des chefs d’entreprise et des banquiers, était animée par Hubert Danso, directeur général et vice-président du groupe Africa Investor (Ai). Ce dernier a invité les participants au débat à faire part de leurs idées en s’appuyant sur leurs politiques et leurs expériences en gestion d’entreprises privées et d’organismes de prêt. 

Le panel était constitué de responsables politiques et de spécialistes du secteur privé et du monde des affaires, à savoir Jean Philippe Prosper, vice-président de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et les Caraïbes ; Sidi Ould Tah, ministre des Affaires économiques et du Développement de Mauritanie ; Dorothé Cossi Sossa, secrétaire permanent de l’OHADA ; Admassu Tadesse, président-directeur général de PTA Bank ; et Villa Kulild, directrice générale de l’Agence norvégienne de coopération au développement (Norad).

Lançant le débat, Jean Philippe Prosper a présenté un état des lieux des besoins du continent africain, ainsi que les solutions disponibles pour faire face à cette situation.

« Actuellement, l’Afrique ne compte pas assez de grandes entreprises pour accroître les possibilités d’emploi et satisfaire l’énorme demande de travail sur le continent ; cela représente un immense défi social qui relève de la responsabilité de tous et de chacun », a déclaré M. Prosper.

Et d’ajouter : « La réduction des barrières commerciales et du coût des échanges en Afrique attire actuellement des investisseurs dans la région. Au regard de ces besoins et de ce potentiel, la logique veut que le secteur privé africain donne naissance à de grandes entreprises sur le continent. »

Sidi Ould Tah, ministre des Affaires économiques et du Développement de Mauritanie, a pour sa part relevé la masse de compétences locales que son pays a constituée au fil des ans en matière de gestion du transport ferroviaire, et dont le continent pourrait tirer profit.

« Le rail est le moyen le plus abordable et le plus sûr de transporter des marchandises lourdes et de grands nombres de commerçants et de passagers », a-t-il indiqué. « Il peut contribuer à l’intégration africaine tout en rapportant des bénéfices aux investisseurs et en stimulant le commerce de produits agricoles et artisanaux. »

Selon le ministre, la Mauritanie dispose d’un large vivier de compétences dans le domaine ferroviaire, mais de trop peu d’usagers du rail pour optimiser les profits, d’où « la pertinence de partenariats et d’investissements transnationaux pour ce secteur ».

Le président-directeur général de PTA Bank, Admassu Tadesse, a évoqué l’importance pour les entreprises africaines d’avoir une assise locale. Il en est ainsi de la banque qu’il préside, la Preferential Trade Area Bank, plus connue sous le sigle PTA, qui est une institution de financement du commerce et du développement en Afrique et le bras financier du COMESA, mais est ouverte à d’autres États du continent et à d’autres actionnaires institutionnels.

Selon M. Tadesse, l’entreprise qu’il dirige « représente une solution pour remédier à l’étroitesse du marché des services financiers », un problème auquel la Mauritanie est précisément confrontée dans le secteur ferroviaire. En outre, « quand les entreprises ont une assise locale, leur délai d’exécution des décisions est très avantageux par rapport aux coûts ».

Villa Kulild, la directrice générale de l’Agence norvégienne de coopération au développement, a quant à elle souligné l’importance de la stabilité macroéconomique des pays et de la compétitivité des grandes entreprises africaines sur la scène internationale comme deux conditions essentielles à la rentabilité et la viabilité desdites entreprises.

Enfin, le secrétaire permanent de l’OHADA, Dorothé Cossi Sossa, a insisté sur les règles et les procédures de vigilance auxquelles doivent se conformer les investisseurs publics et privés en Afrique pour bénéficier des services de l’OHADA, un système de textes relatifs au droit des affaires et d’institutions chargées de leur mise en application adopté par 17 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Globalement, ont convenu les intervenants, si la demande d’emploi, la promotion de la croissance et la lutte contre la pauvreté en Afrique constituent des défis de taille, les possibilités de les surmonter existent tout autant : elles consistent en des investissements privés de grande ampleur, rentables et responsables, qui peuvent avoir des effets positifs multiples sous forme d’économies d’échelle et d’avantages associés pour les populations.