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Crise syrienne : l’art de la résilience

08 avril 2014


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We Are Not Numbers (« Nous ne sommes pas des numéros »)
« Pour peindre ce tableau, j’ai rassemblé mes souvenirs de dessins d’enfants, en Syrie. Je voulais attirer l’attention sur le fait que les enfants n’appartiennent pas à la guerre, qu’il faut les protéger et ne pas encombrer leur mémoire des violences et de la cruauté des conflits armés. » – Heba Al Akkad

Heba Al Akkad


Désintégration psychologique, physique et sociale, lassitude, effusion de sang et nostalgie : toutes ces thématiques irriguent la sélection d’œuvres de peintres syriens qui seront exposées du 9 avril au 9 mai au siège de la Banque mondiale. 

Comme des millions de leurs concitoyens, les artistes syriens sont éprouvés par le conflit qui déchire leur pays depuis trois longues années. Les œuvres exposées à Washington, au siège de la Banque mondiale, expriment l’angoisse et le tourment que fait naître ce déchaînement de violences.

« Pour moi, ces peintures racontent l’enfer et les terribles destructions qu’il provoque », confie Essam Hamdi, l’un des 15 artistes syriens sélectionnés pour cette exposition.

« Nous avons le privilège aujourd’hui d’avoir un aperçu sur les conditions de vie des Syriens » a déclaré le Président du Groupe de la Banque mondiale, M. Jim Yong Kim. « Leur art nous éclaire sur ce qui se passe en Syrie – et nous démontre que le conflit ne se résume pas à des statistiques; c’est de personnes dont il s’agit qui souffrent chaque jour de leur existence »

Dans son collage We Are Not Numbers (« Nous ne sommes pas juste des numéros »), Heba Alakkad cherche à redonner vie aux êtres humains réduits à une litanie de statistiques en temps de guerre : « les martyrs, les prisonniers, les personnes disparues, les réfugiés, enfants et adultes, ne sont pas de simples numéros dans un dossier ».

En Syrie pourtant, les chiffres ont de quoi donner le vertige : selon les Nations Unies, plus de 9,3 millions d’habitants ont besoin d’aide et environ 6,5 millions ont dû quitter leur région d’origine. Sans parler des 2,6 millions de Syriens, au bas mot, qui sont partis chercher refuge dans les pays voisins, au Liban, en Jordanie ou en Turquie.

En prenant part l’an dernier au lancement du Groupe international d’appui au Liban, M. Kim avait parlé franchement de la situation en Syrie et de la nécessité d’apporter un appui aux pays limitrophes. Lors de la dernière réunion du Groupe tenue à Paris en mars, la Vice Présidente de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient Afrique du Nord, Mme Inger Andersen, avait indiqué que le renforcement de l’appui au Liban, pour l’aider à  faire face à l’impact de la crise syrienne, était « notre responsabilité collective ». La Banque apporte déjà son appui à la Jordanie dans ce sens.

À l’occasion de ses Réunions de printemps, la Banque mondiale expose une trentaine d’œuvres d’artistes syriens afin de sensibiliser autant que possible à la gravité de la crise qui se joue actuellement en Syrie. L’exposition, qui se déroule au siège de la Banque mondiale, à Washington, est ouverte aux visiteurs, sur rendez-vous, du 9 avril au 9 mai 2014 entre 10h et 17h.

Sont également exposées des photographies qui rappellent bien la portée régionale de la crise syrienne, dont une moitié a été prêtée par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). On peut notamment voir un exemplaire du célèbre cliché, pris en janvier dernier, des quelque 18 000 réfugiés palestiniens piégés dans le camp de Yarmouk, dans la banlieue de Damas. Les autres photos, de réfugiés syriens, sont celles du personnel de la Banque mondiale intervenant au Liban et en Jordanie, deux pays où l’institution aide les municipalités à maintenir, coûte que coûte, des services aux populations locales et aux réfugiés.

Fin 2011, lorsque les événements ont pris une tournure plus grave, plusieurs des artistes exposés à Washington ont rejoint Beyrouth, la capitale libanaise, où certains ont vivoté grâce à de petits boulots dans le bâtiment ou la restauration. D’autres ont préféré rester à Damas.


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The Red Part of a Second (« Seconde écarlate »)
« Mes toiles parlent d’événements qui ne durent qu’une petite seconde mais si longue que tout y devient possible. De fragments suspendus dans l’air, immatériels, sans rapport avec ce qui se passe normalement lors d’une explosion : des idées, des émotions, des rêves et des souvenirs, ou des projets inaboutis. » – Imadeddin Habbab

Imadeddin Habbab

Raghad Mardini, ingénieur et designer syrienne, s’est réfugiée au Liban où elle a retapé une ancienne écurie — son « filet de sécurité culturelle » — pour offrir un espace de travail et un refuge aux artistes syriens des deux côtés de la frontière.

Imadeddin Habab fait partie des artistes venus directement de Damas. Son tableau, The Red Part of a Second (« Seconde écarlate »), peut être interprété littéralement, comme captant l’explosion d’une bombe au milieu d’une foule, ou bien métaphoriquement. Pour lui, « [s]es toiles parlent d’événements qui ne durent qu’une petite seconde mais si longue que tout y devient possible. De fragments suspendus dans l’air, immatériels, sans rapport avec ce qui se passe normalement lors d’une explosion : des idées, des émotions, des rêves et des souvenirs, ou des projets inaboutis ».

De tous les tableaux, le général barbu de Mohamad Omran, dans The End (« La fin »), est celui qui évoque le plus clairement la militarisation de la société syrienne. Quant à Fadi Hamwi, qui expose une série de tableaux d’animaux passés aux rayons X, il cherche à révéler ce qui se cache derrière, « là où se terrent les instincts meurtriers les plus brutaux, et [à comprendre] comment la guerre les fait émerger… ».

Le conflit syrien a déjà fait plus de 130 000 morts et le lourd tribut moral et physique qui écrase les survivants saute aux yeux. Imadeddin Habbab était tellement épuisé quand il est arrivé à la résidence pour artistes de Raghad Mardini, à Aley, qu’il a dormi pendant 24 heures d’affilée. Quant aux enfants d’Hasko Hasko, autre artiste de Damas en résidence et en famille à Aley, ils n’avaient pas pu jouer librement et dehors depuis bien longtemps…                                                                                                                       


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