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Un master en genre et consolidation de la paix : une première en Afrique

26 février 2014

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Djenebou Diallo


LES POINTS MARQUANTS
  • Vingt-neuf jeunes Africains viennent d’obtenir un master en genre et consolidation de la paix, programme dispensé par l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) au Sénégal
  • Unique en son genre, ce programme est le fruit d’un partenariat entre l’UCAD, l’Université pour la paix au Costa Rica et l’ONG Femmes Africa Solidarité
  • Depuis 2012, la Banque mondiale finance ce programme à hauteur de 207 523 dollars, avec d’autres partenaires

DAKAR, le 26 février 2014 - C’est avec fierté que Charles Lauandino Vieira Sanches, jeune homme originaire de la République de Cabo Verde, affiche sur sa page Facebook les photos de sa remise de diplôme. Âgé de 33 ans, Charles fait en effet partie de la première promotion d’étudiants africains à être titulaire d’un master en « genre et consolidation de la paix », un tout nouveau cursus bilingue (français, anglais) offert par l’université Cheikh Anta Diop (UCAD), à Dakar, la capitale sénégalaise.

Le jeune diplômé est d’autant plus fier qu’il a eu l’honneur de recevoir son parchemin des mains de Bineta Diop, fondatrice et présidente de  Femmes Africa Solidarité  (FAS), ONG créée en 1996 afin d’œuvrer à la promotion et la consolidation du leadership des femmes dans les domaines de la prévention, de la gestion et résolution de conflits sur le continent africain.

Cette grande dame de 64 ans figurait en 2011 sur la liste publiée chaque année par Time Magazine des 100 personnalités qui font bouger le monde.  « Si à son âge, je fais partie de ce classement, ça serait déjà pas mal, non ? », précise Charles avec humour. 

Unique en Afrique, ce master est le fruit d’un partenariat entre FAS (à travers son centre panafricain pour le genre, la paix et le développement), la faculté des sciences juridiques et politiques de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et l'université pour la paix des Nations unies (UPEACE) au Costa Rica.

Le financement de ce partenariat est assuré depuis  2012 par la  Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique et la Banque mondiale. La contribution de la Banque Mondiale s’élève à 207 523 dollars sur une période de 3 ans. « À ce jour, 97 168 ont été déboursés pour l’achat de matériel informatique, la rénovation de la salle de classe et son équipement », indique John Mugisa, chargé de ce programme au Centre panafricain pour le genre, la paix et le développement. La Banque africaine de développement (BAD), l’UNESCO, et les gouvernements norvégiens et suédois soutiennent également ce programme.  

Vingt-neuf personnes (15 femmes et 14 hommes) venant du milieu universitaire et professionnel faisaient partie de cette première cohorte, remarquable de par la diversité d’origine de ses étudiants: Bénin, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Niger, Nigéria, Rwanda, Sénégal, Soudan, Togo et République de Cabo Verde : pas moins de 13 pays d’Afrique subsaharienne étaient représentés.


« L’Afrique ne peut pas avoir une croissance soutenue sans la paix et sans l’engagement des femmes qui constituent 50% de sa main œuvre. »
Vera Songwe

Vera Songwe

Directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal

Promouvoir les femmes dans le processus de paix

Selon ses initiateurs, le programme ambitionne de former une armada de spécialistes contribuant au processus de paix sur le continent, qui seront en mesure de prendre en compte la perspective de genre dans les efforts de paix.

 L'objectif est de «combler les lacunes dans la formation et répondre aux besoins de protection des droits des femmes dans les conflits armés », a déclaré Bineta Diop, la présidente de FAS. Le programme va constamment évoluer afin de mieux appréhender  les nouveaux risques et nouvelles menaces, en particulier dans la région du Sahel, a-t-elle également souligné.

Selon Vera Songwe, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal, ce programme contribue à la reconnaissance que « l’Afrique ne peut pas avoir une croissance soutenue sans la paix et sans l’engagement des femmes qui constituent 50% de sa main œuvre ». « La croissance et la prospérité de l’Afrique reposent sur les politiques qui sont mises en place par nos gouvernements pour construire une société équitable basée sur la paix et l’excellence», ajoute-t-elle.

Selon Charles Lauandino Vieira Sanches,  l’un des atouts de cette formation, outre le fait qu’elle soit bilingue et qu’elle s’attaque à une problématique cruciale, est la qualité de l’enseignement dispensé et la diversité des perspectives apportées. Les cours sont enseignés par des professeurs de l’UCAD et de l’UPEACE mais aussi par des experts externes à l’université. « Ceci permet d’allier la théorie à la pratique », explique Charles. « J'ai beaucoup aimé le cours sur l'initiation aux études du genre et de la paix qui était la base du master  ainsi que celui sur la justice transitionnelle» souligne Charles qui précise avoir également apprécié les méthodes interactives d’enseignement et l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC).

Djenebou Diallo, une jeune Ivoirienne de 27 ans, camarade de  promo de Charles souligne quant à elle avoir adoré  le cours "Gender Mainstreaming in Peacekeeping Operations". Co-enseigné par le professeur Mihir Kanade d’UNPEACE et  le colonel Birame Diop, chef d’État-major général adjoint de l’armée de l’air du Sénégal, ce cours insistait sur la nécessité de promouvoir la participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix.

 « Aujourd'hui, grâce à ce master, je suis devenue une autre personne avec de nouvelles ambitions pour l’Afrique en général et pour mon pays en particulier », confie la jeune femme. Son rêve ? Intégrer une ONG afin de mettre à profit toutes les connaissances acquises au cours de sa formation.