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Les pays émergents d'Europe et d'Asie centrale doivent réformer en profondeur leurs régimes de retraite

21 février 2014


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LES POINTS MARQUANTS
  • Dans les pays émergents d'Europe et d'Asie centrale (ECA), le nombre de personnes âgées est en hausse, alors que, selon les projections, la population en âge de travailler devrait diminuer dans bon nombre d'entre eux. Il est par conséquent crucial de réformer en profondeur les régimes de retraite.
  • Une solution à long terme pourrait consister à rendre ces régimes de retraite moins « généreux », de façon à ce qu'ils ne couvrent que les 15 dernières années de vie des retraités, c'est-à-dire la période où les individus deviennent moins productifs, tout en privilégiant les droits à des prestations essentielles afin d'éviter aux personnes âgées de sombrer dans la pauvreté.
  • Repousser l'âge de la retraite et inciter les gens à travailler plus longtemps, tant qu'ils en sont capables et qu'ils sont en bonne santé, pourrait renforcer la viabilité financière des régimes de retraite et assurer un revenu de base aux personnes âgées.

Le 21 février 2014 – Dans les pays émergents d'Europe et d'Asie centrale, les régimes de retraite sont confrontés à des pressions croissantes du fait du vieillissement de la population et de la baisse du nombre d’actifs. Cette situation rend indispensable une refonte générale des pensions, l’enjeu étant d’adopter des réformes pérennes et socialement viables qui permettent de protéger les personnes âgées pauvres et les générations futures.

Les options disponibles sont multiples mais, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale intitulé The Inverting Pyramid, il est avant tout primordial de se pencher sur l'âge de la retraite et de repenser les normes sociales qui l’entourent.

Pourquoi doit-on se focaliser sur l'âge de la retraite ?

Les régimes de retraite ont évolué au fil du temps. Ils sont notamment devenus plus généreux et ont contribué à réduire les taux de pauvreté chez les personnes âgées. Le premier système mis en place en Allemagne accordait une pension aux plus de 70 ans. Aujourd’hui, on peut dans certains cas partir en retraite avant même l'âge de 55 ans, après 30 années d'activité.

Alors que les âges de retraite effectifs diminuaient ou restaient inchangés, l'espérance de vie, elle, augmentait. D’où un allongement de la durée de la retraite : en moyenne, les hommes et les femmes peuvent espérer passer, respectivement, 18 et 23,5 ans à la retraite.

Autrement dit, de nombreux adultes en bonne santé perçoivent une pension pendant une période désormais plus longue, et bénéficient de prestations équivalant à un montant parfois relativement proche de ce qu'ils gagnaient quand ils travaillaient.

Par le passé, ce système a pu être entretenu par l'accroissement du nombre de cotisants : cet essor est venu alimenter les caisses de retraite et a permis de verser des prestations toujours plus abondantes. Mais aujourd’hui, compte tenu de la baisse du nombre d'actifs par rapport à celui des inactifs, ceux qui cotisent sont moins nombreux et les États ne peuvent plus perpétuer des systèmes aussi généreux.

Aujourd'hui, pour de nombreux pays d'Europe et d'Asie centrale, les régimes de retraite constituent le poste budgétaire le plus important. Selon le nouveau rapport, si bon nombre de pays ont déjà commencé à réformer leurs régimes de retraite, ces efforts doivent être intensifiés de manière à remanier ces systèmes de façon durable tout en préservant leur objectif de protection des générations futures en général et des personnes âgées pauvres en particulier.

Des solutions adaptées au contexte de chaque pays

Même s'il n'existe pas de solution universelle pour mener cette refonte dans les différents pays de la région, le rapport met en évidence un certain nombre de mesures qui peuvent être mises en œuvre pour préparer l'avenir.

Tout d'abord, les pouvoirs publics peuvent augmenter l'âge de la retraite pour ramener la durée passée en retraite à 15 ans, ce qui permettrait de financer et préserver la structure actuelle des prestations — jusqu'à une période aussi récente que les années 1970, on passait en moyenne 15 ans à la retraite. Les pays peuvent également envisager des moyens de remodeler les prestations de retraite de manière à donner la priorité à la prévention de la pauvreté, tout en continuant à offrir aux actifs la possibilité de partir à la retraite à 65 ans. Associer ces deux approches constitue également une option intéressante, susceptible de rendre les changements moins brutaux.

Étant donné que les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé qu'auparavant, le marché du travail doit trouver des moyens d'aider et d'inciter les travailleurs les plus âgés à rester actifs. Il s’agit ainsi d’en finir avec une idée dépassée : celle d’un âge spécifique pour le départ en retraite. Le mythe selon lequel les travailleurs plus âgés prennent les emplois des jeunes ou sont moins productifs et apprennent plus lentement décourage souvent ces travailleurs de rester actifs au-delà de l'âge de la retraite. Des aménagements simples de l'espace de travail, des formations adaptées aux plus âgés et la promotion du travail à temps partiel peuvent aider ces travailleurs à rester dans l'emploi à un certain degré.

Parmi les autres mesures possibles figurent la promotion de l'immigration et la réduction du travail informel — et son corollaire, l’essor de la main d'œuvre formelle —, particulièrement dans des secteurs comme les soins de longue durée aux personnes âgées et les services de santé. Ces mesures, qui contribuent à augmenter le nombre de cotisants aux régimes de retraite, sont bénéfiques à court terme, car elles sont synonymes de cotisations supplémentaires. Mais elles ont également pour conséquence, à plus long terme, d’augmenter le nombre de retraités et donc le volume des prestations, ce qui aggrave le problème du financement. Ce sont néanmoins des stratégies qui permettront aux pays de la région de gagner du temps, avant de mettre en œuvre des réformes plus profondes.

Sur le volet financier, les États peuvent également envisager de compléter le financement des régimes de retraite par d'autres sources de revenus, notamment en transférant les cotisations salariales vers des taxes sur la consommation et la propriété. Les pensions seraient ainsi financées sur les recettes générales, selon un système garantissant des allocations de base aux personnes âgées. Toutefois, l'imposition est déjà très élevée dans la région, et la marge de manœuvre est peut-être insuffisante pour accroître le niveau des recettes fiscales.



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