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Des entrepreneurs ivoiriens tournés vers l’avenir

09 décembre 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Le « projet d’appui à la revitalisation des petites et moyennes entreprises (PARE PME) » vise à créer un environnement favorable au développement des PME
  • De nombreux entrepreneurs qui ont bénéficié d’un soutien financier dans le cadre de ce projet ont vu leur entreprise prospérer
  • Ce projet a contribué à hisser la Côte d’Ivoire sur la liste des dix pays ayant accompli le plus de réformes dans l’édition 2014 du rapport « Doing Business »

ABIDJAN, le 9 décembre 2013 --Rama Cereal, petite entreprise familiale créée à Abidjan en 2008,  spécialisée dans la transformation de céréales en semoule ou farine, vient de réaliser un joli coup. La bonne qualité de ses produits lui a valu d’être sélectionnée par un laboratoire Nestlé auquel elle livre désormais régulièrement des échantillons de ses produits.

Aramatou Coulibaly, la directrice de l’entreprise, attribue en partie ce succès à un prêt d’environ 30 millions FCFA (environ 60 000 dollars) obtenu dans le cadre du fonds d’appui à la revitalisation des entreprises (FARE PME)[i], financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par l’Association pour la Promotion des Exportations de Côte d’Ivoire (APEX-CI). Grâce à ce prêt, l’entreprise a pu notamment concevoir des emballages plus sophistiqués pour ses céréales, informatiser sa comptabilité et créer  un site Internet. Et surtout,  elle a pu  intégrer des règles d’hygiènes dans le processus de fabrication et améliorer les procédés de fabrication, un fait apprécié par Nestlé, multinationale qui règne sur le marché des céréales.

« Grâce à ce prêt nous avons décroché un marché dont nous n’aurions même pas osé rêver il y a quelques années », souligne Aramatou Coulibaly. L’acquisition de ce marché a notamment permis à l’entreprise de recruter quatre nouveaux salariés sur un total de vingt-trois. Mais les bénéfices d’une telle évolution ne se font pas sentir que sur le plan économique : «70% de nos employés sont des femmes analphabètes qui n’avaient aucune notion des mesures d’hygiène de base à adopter dans la transformation de céréales. Aujourd’hui, ces femmes ont toutes intégré de bonnes pratiques. Elles sont heureuses d’être plus éduquées sur les questions d’hygiène dans l’alimentation car elles se servent aussi de ces connaissances dans leur foyer », explique Aramatou Coulibaly.

L’impact de ces investissements fut tel que Rama Cereal  voit désormais grand. La PME souhaite désormais étendre ses capacités de production et ambitionne de conquérir  des marchés dans toute la sous-région ainsi qu’en Europe.  

La démarche qualité, c’est aussi le choix qu’a fait la polyclinique d’Abobo.  Quand ils apprennent l’existence du Fonds FARE, le docteur Ahui, directeur de la polyclinique, et son équipe voient en effet l’occasion d’élargir les activités de leur établissement. En 2010, ils ont ainsi investi 30 millions FCFA (dont 50% proviennent du FARE), dans un diagnostic qualité afin que l’établissement devienne conforme à la norme ISO 9001/2008 (norme internationale qui spécifie les exigences relatives au système de management de la qualité). « Le soutien du FARE a engendré une prise de conscience chez nous. Il nous a encouragé à poursuivre nos investissements l’année suivante qui ont été 10 fois plus élevés que l’aide initialement apportée par la Banque mondiale », raconte le docteur Ahui. L’amélioration de la qualité des services fournis par la clinique s’est traduite par une amélioration considérable de son chiffre d’affaires qui est passé de 25 millions FCFA (51 000 dollars) en 2010 à 56 millions FCFA (116 000 dollars) en 2012.

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70% de nos employés sont des femmes analphabètes qui n’avaient aucune notion des mesures d’hygiène de base à adopter dans la transformation de céréales. Aujourd’hui, ces femmes ont toutes intégré de bonnes pratiques. Elles sont heureuses d’être plus éduquées sur les questions d’hygiène dans l’alimentation car elles se servent aussi de ces connaissances dans leur foyer Close Quotes

Aramatou Coulibaly
Directrice de Rama Cereal

Une mutuelle pour alléger la dette des entreprises

Le PARE PME a également généré la création de la mutuelle de crédit et de financement des petites et moyennes entreprises (MCF). Son objectif ? Alléger le fardeau de la trésorerie des PME en rachetant les créances qu’elles détiennent sur l’État de Côte d’Ivoire. L’État rembourse par la suite le montant de cette dette directement à la Banque mondiale. Parallèlement, le double du montant de la dette est versé à la mutuelle qui se constitue ainsi un fonds propre. À la demande de l’entrepreneur adhérent à la mutuelle, la MCF peut consentir à un prêt permettant à celui-ci d’acquérir de nouveaux marchés.  

Monsieur Assohoun, directeur de l’entreprise ETCB, spécialisée dans le bâtiment, a vu ses affaires s’améliorer grâce à la création du MCF. Le principal commanditaire de son établissement, l’État ivoirien, n’avait pas payé ses factures depuis plus d’un an. L’entreprise ne pouvait donc pas procéder au remboursement de ses créances et, par conséquent, d’obtenir de nouveaux prêts. Grâce à la MCF, non seulement la dette de l’entreprise a été effacée mais elle a en plus bénéficié d’un prêt de 10 millions FCFA (environ 20 000 dollars). « Le rachat de la créance a été un vrai soulagement pour nous. Il nous a permis de satisfaire d’autres commandes en 2011 », explique Monsieur Assohoun. Aujourd’hui, ETCB doit malheureusement à nouveau faire face à un retard de paiement de la part de l’Etat.  Face à cette situation la MCF ne peut accorder de nouveaux prêts mais a tout de même choisi de restructurer les conditions de remboursement du premier prêt afin qu’elles soient supportables par l’entreprise.

Un tribunal de commerce « efficace et rapide»

Un autre volet essentiel du PARE PME est la création d’un tribunal de commerce. Avant cela, les différends liés à l’exécution d’un contrat étaient pris en charge par la chambre commerciale du Tribunal de Première instance. Cette situation rendait les délais de jugement trop longs. De surcroît, certains dossiers s’avéraient particulièrement complexes et nécessitaient d’être traités par des juges spécialisés dans le commerce, ce qui n’était pas le cas.

Depuis son ouverture en octobre 2012, le tribunal bénéficie d’une vraie crédibilité dans le milieu institutionnel et celui des affaires. Le Docteur François Komoin, président du tribunal, peut en témoigner : « Bien que les jugements rendus ne fassent évidemment pas que des heureux, la plupart des opérateurs économiques qui le saisissent se montrent vraiment contents de sa création. J’entends souvent dire que le travail est efficace et rapide», assure-t-il.

En outre, les décisions du tribunal sont publiées sur son site Internet, contribuant grandement à la transparence de son fonctionnement. Des performances appréciées par M. Komoin qui reste toutefois focalisé sur les nombreuses améliorations à apporter. Ce dernier souhaiterait en effet que le traitement des dossiers s’accélère sans que cela affecte pour autant la qualité des jugements. Selon lui, l’idéal serait de passer d’un délai actuel de deux mois à 30 ou 45 jours au maximum.    Fort de ce démarrage sur des chapeaux de roue, le tribunal entend bien continuer dans sa lancée. Dans cette perspective, un partenariat a été mise en place avec le Tribunal de Commerce d’Angoulême, en France, pour un échange d’expérience et de bonnes pratiques.


[i]  Parmi ses composantes se trouve le Fonds d’Appui à la Revitalisation des Entreprises (FARE) qui représente environ 1.2 milliards FCFA. Sa mise en place correspond à la volonté de redynamiser les entreprises ivoiriennes en renforçant leurs capacités dans les domaines de la gestion, des processus de production, des technologies et des activités marketing et commerciales. Au 31 Octobre 2013, 100 entreprises avaient obtenu un financement et 1168 emplois avaient été créés.  Les entrepreneurs candidats au FARE doivent définir les axes  de développement à financer prioritairement : participation à des salons internationaux relatifs à leurs domaines d’activité, achat de matériel, publicité, etc. Parmi les axes stratégiques récurrents se trouvet notamment la mise en place ou l’amélioration d’une démarche qualité.